Publié le 2026-02-16 21:00:00. Une entreprise indonésienne d’huile de palme est accusée de défricher illégalement une zone protégée de Bornéo, menaçant la biodiversité locale et les communautés autochtones. Cette destruction massive soulève des inquiétudes quant à l’engagement de l’Indonésie en faveur de la lutte contre le changement climatique.
- L’entreprise PT Equator Sumber Rezeki (ESR) a défriché près de 1 500 hectares (environ 15 km²) de forêt tropicale dans la province du Kalimantan occidental.
- Ce défrichage a lieu au sein de la réserve de biosphère Betung Kerihun-Danau Sentarum, un corridor essentiel pour la faune sauvage, notamment l’orang-outan de Bornéo, une espèce en danger critique d’extinction.
- Les communautés autochtones Dayak dénoncent un manque d’information et d’accord concernant l’inclusion de leurs terres dans le permis de défrichage.
La forêt tropicale indonésienne, l’une des plus riches en biodiversité au monde, continue de reculer face à l’expansion de l’agriculture industrielle, en particulier des plantations d’huile de palme. Selon une enquête menée par Mongabay, l’entreprise PT Equator Sumber Rezeki (ESR) est au cœur d’une nouvelle controverse pour la destruction à grande échelle d’une portion significative de la réserve de biosphère Betung Kerihun-Danau Sentarum, reconnue par l’UNESCO.
Le défrichage de près de 1 500 hectares (15 km²) de forêt primaire dans la province du Kalimantan occidental a des conséquences directes sur la faune locale et les populations autochtones Dayak qui dépendent de ces ressources pour leur subsistance. Les dirigeants Dayak affirment ne pas avoir été suffisamment informés, voire pas du tout, de l’inclusion de certaines de leurs terres dans le permis accordé à ESR.
« Nous voyons déjà souvent des ours près des maisons… Les petits ours noirs mangent des fruits comme le ramboutan et le durian. Les orangs-outans sont également de plus en plus vus sur la route. »
Banying, aîné d’une communauté locale Dayak Iban
L’impact sur l’orang-outan de Bornéo, une espèce déjà au bord de l’extinction, est particulièrement préoccupant. Une étude gouvernementale de 2016 avait estimé que les orangs-outans occupaient environ un quart de la superficie de la zone concernée. La destruction de leur habitat naturel pourrait accélérer leur disparition.
Au-delà de la perte de biodiversité, ce défrichage massif pose un problème environnemental majeur. Les forêts jouent un rôle crucial dans le stockage du carbone et la régulation des précipitations. La perte de ces écosystèmes contribue au changement climatique et met en péril la sécurité hydrique de la région. Selon les Nations Unies, la perte de biodiversité augmente le risque d’extinction des espèces et perturbe les écosystèmes essentiels.
Des organisations environnementales dénoncent également le fait que jusqu’à 80 % des autorisations de défrichage accordées à ESR concernent des forêts tropicales à haute valeur de conservation. Ce déboisement contredit l’objectif affiché par l’Indonésie de devenir un puits net de carbone d’ici 2030.
« Si la forêt est détruite, c’est nous qui souffrons. Si [les sources d’eau] sont remplacées par du palmier à huile, Kalimantan ne sera plus Kalimantan. Les sources ne seront plus des sources, mais des larmes. »
Bernadus Nandung, chef du hameau d’Ukit-Ukit à Labian
Face à cette situation, les écologistes, comme Phil Aikman de Mighty Earth, demandent au gouvernement indonésien de révoquer le permis d’ESR. Ils soulignent que le ministère des Forêts a le pouvoir d’émettre des ordres d’arrêt des travaux, comme il l’a déjà fait dans d’autres cas de déforestation. Cependant, la société mère d’ESR figure sur des listes de « non-achat » de certaines entreprises, mais son huile de palme continue d’alimenter les chaînes d’approvisionnement mondiales via des intermédiaires. La reconnaissance officielle des terres coutumières autochtones est donc essentielle pour stopper durablement le défrichage.
Les consommateurs sont également appelés à être vigilants face au greenwashing et à privilégier des produits issus de chaînes d’approvisionnement transparentes et durables.