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Pourquoi l’évaluation de la formation médicale tue la curiosité des résidents

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Une jeune interne en médecine a découvert à ses dépens comment la pression de l’évaluation peut étouffer la curiosité et l’esprit critique, au détriment de la formation et, potentiellement, des soins aux patients. L’expérience souligne un dilemme crucial dans l’enseignement médical : comment former des médecins compétents sans sacrifier leur soif d’apprendre et leur capacité à raisonner de manière autonome.

Sarah, une médecin expérimentée, encadrait June, une étudiante en première année confrontée aux défis de ses premières missions. Lors d’une tournée, June a suggéré une analyse d’urine pour un patient âgé souffrant de démence et présentant une agitation nouvelle.

« Pourquoi une analyse d’urine ? » a demandé Sarah, cherchant à comprendre le raisonnement de sa protégée.

« Les changements de comportement chez les personnes âgées peuvent parfois signaler une infection urinaire », a répondu June, avec assurance.

Sarah s’est sentie tiraillée. Elle aurait pu saisir l’occasion pour approfondir la discussion, explorer les nuances du délire et les fondements scientifiques des tests diagnostiques. Cependant, elle avait également pour mission d’évaluer les compétences de June et de déterminer si elle répondait aux attentes. Elle a opté pour l’évaluation.

Elle a posé une série de questions précises : quels étaient les symptômes exacts, quels examens complémentaires avaient été envisagés, que signifiait la bactériurie asymptomatique, quelles étaient les prochaines étapes appropriées. Les réponses de June se sont faites plus courtes, plus hésitantes.

Ce soir-là, June a mémorisé les réponses que Sarah semblait attendre. Elle était déterminée à mieux performer la prochaine fois. Mais en se concentrant sur l’évaluation, Sarah avait involontairement encouragé June à privilégier l’apparence de la compétence au raisonnement clinique.

Selon la psychologue Carol Dweck, cette situation illustre le piège des « objectifs de performance ». Lorsque l’évaluation est primordiale, les étudiants ont tendance à éviter de révéler leurs incertitudes, à s’en tenir aux règles établies plutôt qu’à comprendre les concepts sous-jacents, et à sacrifier leur curiosité pour se protéger. À terme, cela peut façonner leur approche de la médecine et limiter leur capacité à résoudre des problèmes complexes.

Dans le cas de June, la recherche de la performance l’a rendue plus susceptible d’apprendre les comportements qui signaleraient sa compétence à Sarah, plutôt que de chercher à comprendre les mécanismes en jeu. Les étudiants axés sur la performance ont également tendance à éviter les risques et à se décourager face aux difficultés, ce qui pourrait amener June à éviter les cas les plus complexes.

Cette situation a également eu un impact sur Sarah. Elle a ressenti une détresse morale face à la tension entre son désir de construire une relation de soutien et de croissance avec June, et son obligation d’évaluer formellement sa performance. Pour favoriser l’épanouissement de June, Sarah savait qu’elle devait lui donner les moyens de s’approprier son apprentissage et de se libérer de la peur constante de l’évaluation.

Au fur et à mesure de sa formation, June sera confrontée à de nombreux patients souffrant de délire et effectuera de nombreuses analyses d’urine. Chaque cas présentera ses propres nuances, et elle travaillera avec différents médecins traitants, chacun ayant ses propres attentes. Face à cette diversité, June pourrait être submergée et aspirer à des règles claires, devenant ainsi cognitivement rigide et moins encline à remettre en question ses certitudes.

La culture de l’évaluation peut également nuire aux relations entre les étudiants. Des recherches en pédagogie suggèrent que la notation peut favoriser une compétition malsaine, dans laquelle les étudiants se perçoivent comme des rivaux plutôt que comme des collaborateurs. Cela peut entraîner un isolement social, une diminution de l’empathie et une baisse de la qualité des interactions entre pairs.

Pour changer la donne, il faudrait repenser la dynamique de l’enseignement médical. Au lieu de se concentrer sur l’évaluation, Sarah aurait pu collaborer avec June pour définir des objectifs d’apprentissage clairs et encourager la curiosité et la recherche. L’évaluation devrait servir à établir un seuil de compétence, et non à réduire les étudiants à une simple note ou à un chiffre sur une échelle. Elle ne doit pas entraver la croissance, la motivation intrinsèque et la pensée adaptative.

Privilégier la croissance, l’autonomie, la curiosité et la sécurité psychologique est essentiel pour former des médecins compétents et épanouis, capables de fournir des soins de qualité à leurs patients. Une fois que l’évaluation devient un outil au service de l’apprentissage, et non une fin en soi, les possibilités de développement sont infinies.

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