Publié le 14 octobre 2025. L’utilisation de dispositifs d’assistance ventriculaire gauche (DAVG) percutanés, en particulier les modèles de plus grande taille et pour des durées prolongées, pourrait accroître le risque de régurgitation aortique (RA) chez certains patients. Une nouvelle étude appelle à une vigilance accrue sans susciter d’alarme disproportionnée.
- Une étude monocentrique a révélé que 13 % des patients développent une nouvelle RA ou une aggravation de leur RA préexistante après le retrait d’un DAVG.
- Les durées de soutien plus longues et l’utilisation de dispositifs de plus gros calibre sont associés à un risque accru de RA.
- Les chercheurs suggèrent une potentielle fibrose ou inflammation des feuillets aortiques due au contact prolongé avec le dispositif.
De nouvelles données suggèrent qu’un dispositif d’assistance ventriculaire gauche percutané (DAVG) peut, dans certains cas, augmenter le risque de régurgitation aortique (RA) ultérieure. Ce risque semble particulièrement élevé lorsque le soutien est nécessaire pendant une période prolongée.
L’étude, menée au Houston Methodist Hospital et publiée dans JACC: Cardiovascular Interventions, a analysé les données de 98 patients ayant bénéficié d’un DAVG entre 2014 et 2024. La durée médiane de soutien était de 7 jours. L’analyse des échocardiographies transthoraciques, réalisées avant l’implantation et en moyenne 83 jours après le retrait du dispositif, a révélé que 13 % des patients présentaient une RA nouvelle ou aggravée. Si la majorité de ces cas étaient d’intensité légère, 3 % ont évolué vers une RA modérée à sévère.
Le Dr Maan Malahfji, auteur principal de l’étude, a souligné auprès de TCTMD que, bien que la RA post-DAVG soit un événement connu, son incidence n’a pas été systématiquement examinée. « Nous avons observé des patients qui ont développé une RA après s’être rétablis de leur insuffisance cardiaque et le retrait du DAVG. Un patient sous DAVG permanent a développé une RA significative qui a finalement nécessité une procédure valvulaire par cathéter », a-t-il précisé. L’usage croissant de dispositifs d’assistance mécanique de plus grande taille, comme l’Impella 5.5 (Abiomed), chez les patients en insuffisance cardiaque avancée justifie selon lui une attention particulière.
« Il n’y a pas lieu de s’alarmer pour l’instant, mais nous devons en être davantage conscients et étudier ce phénomène dans une cohorte plus large, idéalement de manière prospective, avec des échographies en série au fil du temps », a recommandé le Dr Malahfji. Il suggère une surveillance pendant l’hospitalisation initiale et au cours de l’année suivant le retrait du dispositif.
L’étude a inclus des patients d’un âge médian de 63,8 ans, dont 32 % de femmes. La raison principale de l’assistance était le choc cardiogénique (55 %), suivi par le choc lié à un syndrome coronarien aigu (SCA) (24 %), l’arrêt cardiaque (15 %) et les procédures à haut risque (6 %). Avant la mise en place du DAVG, 69 % des patients n’avaient pas de RA, 30 % présentaient une RA légère et 1 % une RA modérée avec des jets centraux. Aucun cas d’anévrisme de la racine aortique ou de dilatation annulaire n’a été identifié.
Les patients ayant développé une RA nouvelle ou aggravée n’ont pas montré de prédisposition particulière aux complications lors de l’implantation ou du retrait du DAVG. Parmi les cas de RA modérée à sévère, deux patients sont décédés suite à une défaillance multiviscérale, et un tiers des patients concernés reste sous surveillance.
Les chercheurs ont constaté que les patients présentant une RA nouvelle ou aggravée avaient des durées de soutien significativement plus longues (médiane de 12 jours contre 6 jours ; P = 0,032) par rapport à ceux qui n’en développaient pas. Cette association était également présente pour les cas de RA modérée à sévère (médiane de 51 jours contre 6 jours ; P = 0,046). De plus, l’utilisation de dispositifs de plus grand calibre (Impella 5.0 et 5.5) par rapport aux modèles plus petits (Impella CP et 2.5) était liée à un risque accru de progression de la RA (P = 0,033).
Il est à noter qu’environ un tiers des cas de RA nouvelle ou aggravée étaient associés à un arrêt cardiaque comme indication du DAVG.
Concernant les mécanismes potentiels de cette régurgitation, le Dr Malahfji a indiqué qu’aucune lésion visible des feuillets valvulaires n’a été observée à l’imagerie et qu’aucune évaluation chirurgicale des valvules n’a été réalisée. « C’est une hypothèse, mais il est possible que le contact prolongé avec l’Impella entraîne une fibrose sous-jacente ou une inflammation de bas grade des feuillets, menant à une coaptation réduite une fois le dispositif retiré », a-t-il suggéré.
Le Dr Malahfji a rappelé l’importance de respecter les recommandations d’utilisation de l’Impella, notamment concernant la durée maximale de support, et d’exercer une prudence accrue chez les patients présentant une RA modérée ou sévère préexistante. « Très souvent, les DAVG sont utilisés dans des situations extrêmes où le patient n’a pas d’autres options », a-t-il constaté. « Il est donc fréquent que les patients nécessitent un soutien prolongé. Nous devons être conscients que si un patient présente une dilatation annulaire sous-jacente ou une RA légère préexistante, et que l’on sait qu’il aura besoin d’un soutien prolongé, une surveillance continue est indispensable une fois le dispositif retiré et le patient rétabli. »