Alors que la campagne de vaccination contre le Covid-19 bat son plein à l’échelle mondiale, les chercheurs voient dans ces avancées une lueur d’espoir pour la lutte contre la dengue. Les nouvelles technologies, notamment les vaccins à ARN messager, pourraient-elles révolutionner la recherche de vaccins sûrs et efficaces contre cette maladie tropicale ?
Depuis l’arrivée du premier vaccin contre la dengue, Dengvaxia, par Sanofi Pasteur en 2015, le paysage évolue. En décembre 2018, l’Agence européenne des médicaments (EMA) avait approuvé Dengvaxia pour la prévention de la dengue chez les individus âgés de 9 à 45 ans, résidant dans des zones d’endémie et ayant des antécédents d’infection confirmée. Fin 2019, la Food and Drug Administration (FDA) américaine a donné son feu vert pour les enfants de 9 à 16 ans dans des conditions similaires. Dengvaxia bénéficie également d’autorisations dans plusieurs pays d’Amérique latine et d’Asie. Cependant, le développement de nouveaux vaccins progresse à un rythme soutenu.
Des candidats prometteurs en phase finale de développement
Parmi les avancées notables, le vaccin TAK-003 de Takeda est actuellement le candidat le plus avancé dans le pipeline. La société a annoncé début 2020 qu’il était en bonne voie pour un dépôt réglementaire imminent en Asie, en Amérique latine et dans l’Union européenne avant la fin de l’exercice fiscal 2020. Basé sur un virus DENV-2 atténué, ce vaccin tétravalent est administré en deux doses, espacées de trois mois.
L’essai de phase III « Tides » (Tétravalent Dengue Vaccine Efficacy Study) de TAK-003, lancé en septembre 2016, a recruté 20 100 enfants et adolescents âgés de 4 à 16 ans dans huit pays d’Amérique latine et d’Asie. Les résultats préliminaires publiés en novembre 2019 ont démontré une bonne tolérance et une efficacité globale de 80 % à 82 % contre la dengue chez les participants n’ayant jamais été infectés, et de 75 % chez ceux ayant déjà contracté la maladie, un an après la deuxième dose. Des données secondaires d’un suivi de 18 mois, publiées en mars 2020 dans The Lancet, ont montré une efficacité globale de 73 %, avec des taux spécifiques de 70 % pour DENV-1, 95 % pour DENV-2 et 49 % pour DENV-3 (les données pour DENV-4 étant insuffisantes).
Parallèlement, le vaccin TV003/TV005, développé par le National Institute of Allergy and Infectious Diseases (NIAID) des États-Unis, progresse également. Ces vaccins, basés sur un composant DENV-2 recombinant et atténué, sont conçus pour une administration en une seule dose, un avantage majeur pour les voyageurs. Le vaccin a été concédé sous licence à plusieurs fabricants pour le développement, notamment l’Instituto Butantan au Brésil, Vabiotech au Vietnam, et Panacea Biotec en Inde. L’Instituto Butantan mène actuellement un large essai communautaire de phase III sur le TAV003, impliquant près de 17 000 adultes et enfants au Brésil. L’achèvement de cet essai est prévu pour le premier semestre 2021, permettant une évaluation complète de la sécurité et de l’efficacité du vaccin.
Des essais de phase II et I ouvrent la voie à de nouvelles solutions
Des essais cliniques de phase II pour le TV003/TV005 sont en cours ou achevés dans plusieurs pays, dont la Thaïlande et le Bangladesh. Au Brésil, l’essai mené par l’Instituto Butantan devait se terminer fin 2020. À Taïwan, un essai de phase II mené par Medigen Biotech sur des adultes en bonne santé a montré une bonne sécurité et une réponse immunitaire contre les quatre sérotypes de la dengue. Un autre essai de phase II est en cours pour évaluer la sécurité et l’immunogénicité du TV005 chez les personnes âgées.
D’autres candidats comme le TDENV-PIV, issu d’une collaboration entre GlaxoSmithKline (GSK), le Walter Reed Army Institute of Research (WRAIR) et Fiocruz, progresse. Ce vaccin inactivé purifié est administré en deux doses espacées de quatre semaines. Un essai de phase II aux États-Unis, achevé en mars 2018, a montré une bonne tolérance et a suggéré que des rappels à un et six mois amélioraient l’immunité.
En phase I, plusieurs candidats explorent de nouvelles voies. Le V180 de Merck, un vaccin sous-unitaire recombinant, est administré en trois doses. Les essais de phase I aux États-Unis et en Australie ont évalué différentes formulations et doses, montrant une induction d’anticorps modeste contre le sérotype 1 de la dengue. Le US Naval Medical Research Center (NMRC) évalue un vaccin ADN ciblant les quatre sérotypes de la dengue. KM Biologics a achevé en juin 2020 un essai de phase I sur son vaccin vivant atténué tétravalent KD-382 en Australie. L’Institut sérique de l’Inde recrute actuellement en Australie pour un essai de phase I de son candidat vaccin denguil.
L’ARN messager : une technologie d’avenir ?
Par ailleurs, des recherches prometteuses émergent dans le domaine des vaccins à ARN messager. Une publication en 2019 dans *Frontiers in Immunology* a décrit comment un vaccin à ARNm a induit une réponse immunitaire puissante et une protection contre le DENV-1 chez la souris. Plus récemment, *Molecular Therapy* a rapporté qu’un candidat vaccin à ARNm a provoqué une forte réponse immunitaire et une protection partielle contre le DENV-2 chez la souris, ouvrant la voie au développement de vaccins tétravalents basés sur cette technologie.
Le pipeline de vaccination contre la dengue continue de se développer, offrant un espoir renouvelé dans la lutte contre cette maladie dévastatrice.