Les fonds mondiaux d’obligations à haut rendement, investissant dans des titres considérés comme plus risqués que les obligations traditionnelles, ont pourtant surpris par leur résilience en affichant des performances notables face à un scepticisme persistant.
Ces fonds, qui arborent des taux d’intérêt plus élevés pour compenser le risque accru de défaut des émetteurs (sociétés ou parfois gouvernements notés BB/BA ou moins), ont montré leur capacité à générer des rendements significatifs, même lorsque le contexte économique suggérait une prudence accrue. L’année dernière, le scepticisme ambiant reposait sur l’anticipation d’une vague de refinancement d’entreprises sur les marchés à haut rendement, impliquant une hausse soutenue des taux jusqu’en 2029, une tendance qui semble toujours d’actualité si l’inflation se maintient à un niveau élevé.
Contre toute attente, le secteur n’a pas connu l’effondrement redouté. Sur les douze mois clos fin février, les fonds d’obligations à haut rendement mondiales ont généré un rendement respectable de 8,67 %, dépassant ainsi d’autres segments obligataires, y compris les obligations d’entreprises mondiales qui n’ont rapporté que 6,81 % sur la même période.
Cette performance interroge : était-ce une prudence excessive de la part des analystes, ou un optimisme démesuré face aux risques inhérents à cette classe d’actifs ? Le consensus du marché semble s’aligner sur la première hypothèse. Les flux entrants dans les fonds à haut rendement mondiaux ont été particulièrement maigres durant l’année, ne représentant que 84 millions de livres sterling (environ 98 000 €), une somme dérisoire de nos jours. Sur trois ans, malgré des rendements cumulés de 18,23 %, le secteur a même connu des sorties nettes de capitaux de 5,5 milliards de livres sterling (environ 6,4 milliards €).
Cependant, l’histoire économique a maintes fois démontré que le consensus peut se tromper. Si la sagesse des foules peut opérer lorsque les décisions sont indépendantes, elle peut s’avérer désastreuse en cas de comportement grégaire. Pour une vision plus équilibrée, il convient de considérer les arguments en faveur du secteur.
Malgré le pic de refinancement anticipé, les revenus des émetteurs à haut rendement demeurent robustes et la qualité de crédit s’est améliorée. En moyenne, 83 % des fonds de ce segment sont investis dans des crédits notés B ou BB, les deux échelons les plus élevés du haut rendement. La capacité de ces émetteurs à faire face à un refinancement dans un contexte de taux potentiellement élevés reste la question clé, dont seule l’évolution future apportera la réponse.
Dans un environnement mondial marqué par un ralentissement de la croissance économique, comme le prévoient actuellement le FMI, les obligations à haut rendement pourraient potentiellement surperformer les actions, traditionnellement considérées comme l’actif de croissance par excellence. Les émetteurs de ce type d’obligations n’ont pas nécessairement besoin de croître pour que leurs titres remplissent leur fonction dans un portefeuille ; ils doivent simplement honorer leurs engagements.
Dans ces conditions, le secteur présente un argumentaire solide, soutenu par des performances récentes encourageantes. Néanmoins, l’accroissement des risques économiques mondiaux impose de rester vigilant quant à leur impact potentiel sur les portefeuilles d’investissement.
Parmi les fonds les plus performants sur trois ans, on retrouve le fonds Pimco US Short Term High Yield Corporate Bond Index UCITS ETF USD Inc, qui se distingue par sa gestion passive et sa courte durée. Cette dernière caractéristique l’a rendu relativement moins sensible à la hausse des taux, bien que cela ne le protège pas d’une baisse. Son exposition aux crédits notés BB et au-dessus est passée de 83 % à 79 % l’année dernière, impliquant un risque de crédit légèrement accru par rapport à l’ensemble du secteur. Ceci est d’autant plus notable que la gestion passive est rarement privilégiée dans le domaine du haut rendement, en raison des risques intrinsèques à cette classe d’actifs.
Un exemple de cette particularité réside dans l’exposition aux émetteurs proportionnelle à leur endettement, ce qui peut conduire à une surpondération des entités les plus endettées. Les gérants actifs disposent de la flexibilité nécessaire pour éviter ce type d’exposition, ce qui est moins une préoccupation pour l’investissement passif en soi, mais représente un point de vigilance dans ce segment du marché, surtout si les taux d’intérêt restent élevés.
Il demeure donc crucial de garder un œil attentif sur l’évolution du pic de refinancement.
| Fonds d’obligations mondiales à haut rendement les plus performants sur trois ans (avec un historique d’au moins cinq ans) | ||
|---|---|---|
| Fonds | Rendement 3 ans | Rendement 1 an |
| Pimco US Short Term High Yield Corporate Bond Index UCITS ETF USD Inc | 22,54 % | 9,11 % |
| UBAM Global High Yield Corporate Bonds | 19,27 % | 8,88 % |
| JPMorgan Global High Yield Bond Fund | 17,52 % | 7,99 % |
| Vontobel Fund – Global High Yield Bond | 16,89 % | 8,32 % |
| Amundi Funds – Global High Yield | 16,55 % | 7,87 % |
Toutes les données au 28 février 2025 ; calculs en livres sterling (GBP).
Source : LSEG LIPPER