Publié le 16 février 2026 à 19h00. De plus en plus de parents millennials puisent dans leur propre enfance pour élever leurs enfants, une tendance qui, selon les experts, favorise un développement plus sain et une meilleure résilience.
- De nombreux parents millennials privilégient un temps d’écran réduit, davantage de liberté et des activités analogiques pour leurs enfants.
- Une éducation axée sur le jeu libre, les activités de plein air et la capacité à gérer l’ennui est considérée comme bénéfique pour le développement cérébral.
- Cette approche, appelée « parentalité rétro », vise également à renforcer la résilience des enfants en leur permettant de surmonter de petites difficultés par eux-mêmes.
Francfort – L’image d’enfants jouant seuls au parc, sans téléphone portable, et retrouvant leurs familles pour dîner à 18h00 évoque pour beaucoup l’enfance des années 1990. Cette nostalgie se traduit désormais dans les pratiques éducatives d’une génération de parents millennials. La tendance, baptisée « parentalité rétro », met l’accent sur la réduction du temps passé devant les écrans, l’augmentation de la liberté et la multiplication des expériences concrètes.

Paula Bleckmann, professeure d’éducation aux médias à l’Université Alanus, se montre globalement favorable à cette approche. Elle souligne notamment l’importance d’une utilisation modérée des écrans : « Le régime médiatique des années 1990 était nettement plus sain pour les enfants. » Selon elle, un accès tardif à la télévision, aux consoles de jeux et aux smartphones est plus adapté au développement infantile qu’aujourd’hui.
L’éducateur : les médias modernes satisfont « l’impatience, mais pas la curiosité enfantine »
Selon Mme Bleckmann, le divertissement numérique constant risque d’empêcher les enfants de développer de véritables centres d’intérêt et de les poursuivre. « Si tout est accessible instantanément, d’un simple glissement de doigt ou d’un clic, comme par magie, l’impatience enfantine est satisfaite, mais pas la curiosité », explique-t-elle.
Elle recommande donc de privilégier le jeu libre, les activités de plein air et la capacité à gérer l’ennui, des conditions « très propices à une croissance saine, en particulier au développement du cerveau ». Les parents devraient accorder plus de confiance à leurs enfants et leur permettre d’être plus indépendants, tout en passant davantage de temps en famille, loin des écrans.
La parentalité rétro vise également à améliorer la résilience des enfants en leur offrant la possibilité de surmonter de petites crises par eux-mêmes. Mme Bleckmann insiste sur l’importance de « moins de planification, plus de temps libre et davantage de rencontres réelles avec les autres », ce qui est bénéfique non seulement au sein de la famille, mais aussi à la crèche et à l’école.
Les bienfaits de cette approche sont également étayés par la psychologie du développement neurologique. Une « enfance médiatique rétro » mérite d’être imitée, car elle prend en compte trois principes fondamentaux : d’abord, privilégier l’analogique au numérique, ensuite, encourager la production avant la consommation, et enfin, favoriser la transparence plutôt que la « boîte noire ».
La tendance parentale s’appuie sur un « modèle familial où la mère était au foyer et le père gagnait sa vie ».
Cependant, Mme Bleckmann met en garde contre une glorification excessive des années 1990. « Un risque de la parentalité rétro serait de prendre du retard sur les progrès réalisés. » La société a évolué en matière d’égalité des chances, de sensibilisation à l’environnement et d’autres domaines. Une imitation aveugle du passé pourrait remettre en question ces avancées.
L’un des changements notables est l’évolution de l’image de la famille : l’enfance idéalisée des années 1990 reposait « en grande partie sur un modèle familial où la mère était au foyer et le père gagnait sa vie ». Il faut également tenir compte des contraintes financières qui peuvent rendre difficile l’augmentation du temps passé en famille, loin des écrans. Enfin, il existe un risque d’exclusion sociale pour les enfants qui ne possèdent pas de smartphone. Mme Bleckmann parle du « syndrome AADDA » : « Tout le monde est autorisé à faire ça. »
En fin de compte, le terme de « parentalité rétro » est trompeur, selon Mme Bleckmann. « Être parent prêt pour l’avenir » est une expression plus appropriée, car il s’agit de développer des compétences essentielles telles que la communication, la créativité et l’esprit critique. (Source : recherches propres)