Inquiétudes croissantes pour les voyages de fin d’année : une fermeture prolongée du gouvernement américain et des pénuries de personnel dans le secteur aérien menacent de paralyser les déplacements pour Thanksgiving.
L’ancien gouverneur du New Hampshire, Chris Sununu, a tiré la sonnette d’alarme, alertant sur les conséquences potentiellement dévastatrices pour le secteur du transport aérien et l’économie américaine. Les difficultés actuelles sont exacerbées par une situation déjà tendue : les pilotes de réserve, habituellement mobilisés pour absorber les pics de fréquences lors des périodes de grands départs comme Thanksgiving, sont déjà sollicités en raison des retards persistants qui affectent le système aéronautique américain.
Selon Dennis Tajer, pilote chevronné et porte-parole de l’Allied Pilots Association (APA), le plus grand syndicat de pilotes indépendants aux États-Unis, cette mobilisation précoce des pilotes de réserve pose un problème majeur. « Ces pilotes sont soumis à des réglementations fédérales strictes quant au nombre d’heures de vol mensuelles », explique-t-il. « S’ils sont amenés à voler plus fréquemment dès le début novembre, cela signifie qu’ils n’auront plus de marge pour intervenir plus tard, lors de nos périodes d’activité les plus intenses durant la semaine de Thanksgiving. » Il ajoute avec gravité : « Nous sommes confrontés à la réalité des conséquences de cette fermeture, qui dévaste l’industrie du transport aérien à un moment où nous devons être au sommet de notre forme. »
La Federal Aviation Administration (FAA), confrontée à ces défis, a annoncé une mesure préventive : une réduction de 10 % du trafic aérien sur 40 marchés à forte densité. Cette décision, effective dès le vendredi suivant et augmentant progressivement jusqu’à 10 % la semaine suivante, vise à garantir la sécurité face à la fermeture du gouvernement, débutée le 1er octobre, et à la pénurie persistante de contrôleurs aériens. Ces réductions pourraient entraîner l’annulation de milliers de vols quotidiennement tant que la situation perdure.
Les compagnies aériennes s’efforcent de limiter l’impact de cette crise. Un pilote de réserve est, par définition, un membre d’équipage en attente, prêt à intervenir en cas de besoin : changements d’horaire, perturbations météorologiques ou de maintenance, maladie d’un collègue, ou encore pénurie d’équipage due aux limitations d’heures de service. Or, la multiplication des retards, imputables en partie à la fermeture gouvernementale, a conduit un nombre croissant de pilotes à atteindre leur plafond d’heures de vol réglementaires. Conformément aux règles de sécurité fédérales, ils doivent observer des périodes de repos obligatoires.
« En vertu de la loi, si vous volez 12 heures par jour et que vous subissez des retards d’une heure ou deux – selon le moment où vous avez commencé votre journée – vous avez atteint votre limite. Vous ne pouvez plus voler légalement, et ce, pour des raisons de sécurité. Nous soutenons pleinement cette disposition », précise Dennis Tajer.
Même lorsque les pilotes sont légalement autorisés à continuer, les retards peuvent entraîner la perte de vols de correspondance, aggravant le casse-tête logistique. Les compagnies aériennes sont alors contraintes de remplacer le pilote manquant, libérant un poste qui devra, à terme, être occupé par un pilote de réserve, alimentant ainsi un cercle vicieux. « Ce qui se passe, c’est que les compagnies aériennes doivent aujourd’hui grignoter la dinde de Thanksgiving », illustre Tajer. « Cela représente une menace pour la fiabilité du système, alors même que nous le poussons à sa pleine capacité durant la période des fêtes. »
L’APA soutient toute initiative visant à « préserver une marge de sécurité », estimant que ces réductions aideront les compagnies à ajuster leurs plannings plutôt qu’à subir des annulations de dernière minute. Néanmoins, le syndicat exhorte le gouvernement à mettre un terme à la fermeture, arguant qu’elle « compromet la capacité de fournir des services aériens de manière fiable ». Les propos de Tajer font écho à ceux du président de l’APA, Nick Silva, qui a appelé plus tôt dans la semaine le Congrès à travailler de manière bipartite pour adopter une loi de financement à court terme afin d’assurer la continuité du fonctionnement gouvernemental.