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Les prochaines phases du plan Trump pour Gaza deviennent plus difficiles

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Dans un climat d’euphorie mêlé de prudence, l’annonce de la fin d’une « guerre longue et difficile » a résonné à Jérusalem, le lundi 13 octobre. Le président Donald Trump, s’adressant à la Knesset, a salué un succès diplomatique et militaire aux retombées significatives pour Israël, bien que la route vers une paix durable reste semée d’embûches.

Le président américain, fidèle à son style, a ponctué son discours de remarques impromptues et d’exagérations, suscitant l’enthousiasme de l’auditoire composé de 120 membres du Parlement israélien, de dignitaires américains tels que l’envoyé spécial Steve Witkoff, Jared Kushner, le secrétaire d’État Marco Rubio, le général Dan Caine, et de nombreux autres invités. Cet élan d’optimisme était partagé par une grande partie de la population israélienne, soulagée et reconnaissante.

Cette liesse s’explique en grande partie par la libération, plus tôt dans la matinée, des 20 derniers otages israéliens détenus par le Hamas. Ces otages, enlevés dans des conditions brutales il y a 738 jours, ont été rendus à leurs familles grâce, selon le texte, au courage de l’armée israélienne et à la diplomatie singulière de Donald Trump, qui a su mobiliser huit pays arabes et musulmans. Le Hamas a également restitué quatre corps parmi les 28 otages décédés encore retenus à Gaza. Ces avancées sont perçues comme un renforcement des perspectives des Accords d’Abraham.

Cependant, la réalité sur le terrain demeure complexe. Israël évolue dans un voisinage périlleux, et l’État hébreu est loin d’avoir atteint une paix complète avec ses voisins, notamment le Hamas à Gaza. Le retour des otages et la mise en œuvre de la première phase du plan Trump ont été accompagnés de développements préoccupants et de concessions israéliennes douloureuses.

Depuis que le Hamas a accepté le 3 octobre de discuter du plan en plusieurs points proposé par Trump, une recrudescence de la violence a été constatée dans les rues de Gaza. Moins de 24 heures après le cessez-le-feu entré en vigueur le vendredi 10 octobre, les forces de sécurité du Hamas ont annoncé leur redéploiement. À la mi-octobre, le Hamas avait renforcé son contrôle sur Gaza, procédant à plus de 30 arrestations et à sept exécutions publiques.

L’accord conclu impose également à Israël la libération de 250 prisonniers de sécurité palestiniens purgeant des peines à perpétuité pour des actes terroristes, ainsi que d’environ 1 700 Palestiniens capturés par les Forces de défense israéliennes depuis les attaques du Hamas le 7 octobre 2023. L’inquiétude est de mise quant au retour de nombreux meurtriers et complices dans la lutte contre Israël.

De plus, le Hamas n’a pas entièrement honoré ses engagements de la première phase concernant les corps des otages décédés. Sur les 28 otages restants, seuls dix ont été restitués, auxquels se sont ajoutés deux corps non encore formellement identifiés le samedi. L’accord prévoyait leur rapatriement intégral.

Il n’est donc pas surprenant qu’à ce stade, la mise en œuvre du plan présidentiel, initialement présenté comme une proposition tout ou rien puis révisé en négociations par phases, rencontre des obstacles croissants. Il est difficile de faire confiance à une organisation capable des atrocités du 7 octobre 2023 pour négocier de bonne foi, tenir ses promesses ou agir dans l’intérêt de la paix, à l’instar des démocraties respectueuses des droits.

Les motivations derrière l’accord

La question se pose alors : pourquoi le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a-t-il accepté le plan Trump ? Selon David Sanger, correspondant de longue date du New York Times à la Maison Blanche, Trump aurait exercé une pression déterminante sur Netanyahu. Sanger suggère que seule cette pression garantirait la tenue du cessez-le-feu et la libération des otages.

Dennis Ross, négociateur expérimenté au Moyen-Orient et conseiller à l’Institut de Washington pour la politique au Proche-Orient, partage cette analyse. Il estime que Netanyahu craignait les conséquences d’un refus des propositions de Trump. Ross considère toutefois que le plan de paix de Trump offre une opportunité réelle de mettre fin définitivement aux hostilités.

Les défis de la phase 2

Dennis Ross reconnaît les défis considérables que pose la mise en œuvre de la phase 2 du plan. Celle-ci inclut le désarmement du Hamas, le retrait progressif d’Israël pour établir une zone tampon à l’intérieur de Gaza, le transfert de la responsabilité de la gouvernance à un conseil de paix et à un groupe technocratique palestinien, le déploiement d’une force internationale de stabilisation, ainsi que la reconstruction et les investissements dans la bande de Gaza. Plus ambitieux encore, la phase 2 prévoit une réforme profonde de l’Autorité palestinienne afin de préparer la réunification politique de Gaza et de la Cisjordanie, ouvrant la voie à l’autodétermination et à la création d’un État palestinien.

Ross mise sur une combinaison de logique géopolitique et de diplomatie assidue pour la réussite du plan. Il évoque une « constellation plus large de forces », incluant une Amérique influente, un monde arabe désireux de contribuer à la résolution du conflit, un Israël aspirant à la fin des combats, et une population palestinienne à Gaza en quête de normalité. Pour exploiter ces dynamiques, Ross recommande à Trump d’élargir son équipe diplomatique, de maintenir une concentration et un engagement constants, et d’exercer une pression continue sur tous les acteurs. Israël est appelé à collaborer avec les pays arabes pour établir une administration pacifique à Gaza, tandis que ces derniers doivent faire pression sur le Hamas et l’Autorité palestinienne pour qu’ils garantissent que le Hamas ne contrôle pas Gaza, directement ou indirectement, et pour qu’ils engagent des réformes substantielles.

Étrangement, Ross ne demande rien directement au Hamas et à l’Autorité palestinienne, les considérant comme des acteurs contraints par des pressions extérieures, potentiellement à l’encontre de leurs inclinations et de leurs intérêts propres. Il ne voit pas là de raison de tempérer ses attentes ou d’élaborer un plan B.

La stratégie de Netanyahu

À l’opposé, Benjamin Netanyahu semble avoir dès le départ modéré ses attentes quant à la mise en œuvre du plan. Lors d’une conférence de presse conjointe avec le président Trump, il a souligné les éléments cruciaux du plan : le désarmement et la démilitarisation du Hamas, le maintien par Israël de la responsabilité de la sécurité, y compris une zone de sécurité à proximité, et l’établissement d’une administration civile pacifique à Gaza, débarrassée du Hamas et de l’Autorité palestinienne. Le maintien de la responsabilité sécuritaire par Israël lui permettrait de réagir rapidement en cas de rupture du processus de paix.

Netanyahu a également mis en avant la « déclaration claire de Trump à l’ONU contre la reconnaissance d’un État palestinien ». Cependant, le plan de paix de Trump ne ferme pas la porte à la possibilité d’un État palestinien à l’avenir. Il stipule que le réaménagement de Gaza et la mise en œuvre des réformes par l’Autorité palestinienne pourraient créer les conditions d’une voie crédible vers l’autodétermination et la création d’un État palestinien. Le langage utilisé reste cependant prudent, suggérant qu’une telle voie ne serait pas garantie, même avec des réformes fidèles de l’Autorité palestinienne.

Le Premier ministre israélien a durci les termes du plan, insistant sur le fait que l’Autorité palestinienne ne pourrait jouer aucun rôle à Gaza sans une transformation radicale et authentique. Il a détaillé les mesures nécessaires : l’arrêt des paiements aux terroristes (« paiement pour tuer »), la modification des manuels scolaires prônant la haine, la fin de l’incitation à la haine dans les médias, l’arrêt des poursuites judiciaires contre Israël devant les tribunaux internationaux, la reconnaissance de l’État juif et de nombreuses autres réformes. Une telle transformation de l’Autorité palestinienne semble peu probable dans un avenir proche.

Contrairement à Sanger et Ross, Netanyahu a adopté le plan Trump car il lui offre la plupart de ses objectifs. En cas de mise en œuvre intégrale, Netanyahu atteindrait ses principaux objectifs de guerre : non seulement la libération des otages, mais aussi le désarmement et l’éviction du Hamas du pouvoir, la démilitarisation de Gaza et la déradicalisation de la population. Si, comme il s’y attend probablement, le plan échoue faute de coopération du Hamas à son propre démantèlement, Tsahal sera en position de reprendre les combats contre un Hamas considérablement affaibli.

Enfin, malgré les espoirs de Ross, les faibles chances de mise en œuvre des mesures substantielles du plan Trump permettent à Netanyahu de préserver son gouvernement précaire. La coopération avec les États-Unis et plusieurs pays arabes et musulmans lui offre une marge de manœuvre pour refuser des mesures extrêmes – telles que le transfert de Palestiniens hors de Gaza ou l’établissement de colonies israéliennes – proposées par ses partenaires ultra-nationalistes de coalition. Parallèlement, il peut satisfaire ces derniers en soulignant que les obstacles à la réalisation du plan finiront par le faire échouer, restaurant ainsi la liberté d’action d’Israël à Gaza.

Le Hamas, un obstacle majeur

Un obstacle majeur à la mise en œuvre du plan Trump réside dans la perception du Hamas, qui considère l’accord sur la phase 1 comme un simple repli tactique. Dans sa réponse du 3 octobre, le Hamas a qualifié le plan d’« appel à la fin de la guerre dans la bande de Gaza », présentant Israël comme l’agresseur et le peuple palestinien comme sa victime. Le Hamas n’a fait aucune mention de la fin de la guerre contre l’État juif, qu’il avait déclarée dans son manifeste de 1988 et qu’il mène depuis.

Les diplomates américains devraient reconnaître que si le Hamas et ses alliés djihadistes ont peut-être ralenti ou interrompu la guerre longue et difficile qu’ils mènent contre Israël, ils ne l’ont en aucun cas terminée.

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