Publié le 11 février 2026 à 23h03. Une nouvelle étude met en garde contre une sous-estimation systématique des risques climatiques par les modèles économiques traditionnels, tandis que le début de l’année 2026 est déjà marqué par une série d’événements météorologiques extrêmes à travers le monde.
- Les modèles économiques actuels ne reflètent pas adéquatement l’impact des risques climatiques, notamment les conséquences humaines et écologiques.
- Le début de l’année 2026 a été marqué par des vagues de chaleur en Australie, des incendies au Chili, une tempête hivernale en Amérique du Nord et des dégâts importants au Portugal.
- Des initiatives émergent pour mieux intégrer les risques climatiques dans les décisions financières et pour soutenir la transition vers une économie plus verte.
Une étude menée par l’équipe Green Futures Solutions de l’Université d’Exeter, en partenariat avec Carbon Tracker, révèle que les modèles économiques dominants négligent les conséquences réelles du changement climatique. L’étude, intitulée « Recalibrating Climate Risk », souligne que l’obsession du produit intérieur brut (PIB) occulte des dommages considérables, tels que les pertes de vies humaines, les inégalités croissantes, les déplacements de populations, la destruction des écosystèmes et les effets à long terme sur le bien-être et la productivité.
Les auteurs de l’étude avertissent que, sans une approche plus globale, les risques climatiques continueront d’être ignorés dans la planification macroéconomique.
« Sans mesures plus larges, les risques climatiques continueront d’être systématiquement pris en compte dans la planification macroéconomique. »
Auteurs du rapport Recalibrating Climate Risk
Le rapport met en évidence la complexité des risques climatiques, qui s’accumulent et interagissent, transformant des chocs ponctuels en crises systémiques que les modèles standards ne parviennent pas à anticiper. L’incertitude et la probabilité d’événements extrêmes augmentent considérablement au-delà d’un réchauffement de 2°C, rendant les prévisions de dommages de moins en moins fiables à mesure que les pertes potentielles s’accroissent.
Face à cette situation, le rapport formule des recommandations pour les régulateurs, les banques, les fonds d’investissement et autres acteurs économiques :
- Les autorités financières et les banques centrales doivent considérer le changement climatique comme une menace majeure pour la stabilité financière, et non comme un simple problème environnemental.
- Les investisseurs à long terme et les fonds de pension doivent privilégier une accélération de la transition écologique, qui réduit à la fois les émissions de gaz à effet de serre et les risques pour leurs portefeuilles.
- Les décideurs politiques, les régulateurs et les investisseurs doivent adopter des approches plus prudentes, plus robustes et plus transparentes, en abandonnant les scénarios simplistes basés uniquement sur le PIB.
Parallèlement, le début de l’année 2026 a été marqué par une succession d’événements météorologiques extrêmes à travers le monde, comme le souligne l’Organisation météorologique mondiale (OMM).
« Il n’est pas étonnant que les conditions météorologiques extrêmes figurent systématiquement parmi les principaux risques dans le rapport annuel phare du Forum économique mondial sur les risques mondiaux. Le nombre de personnes touchées par les catastrophes météorologiques et climatiques continue d’augmenter, d’année en année, et les terribles impacts humains de cette situation sont devenus évidents jour après jour en janvier. »
Celeste Saulo, Secrétaire générale de l’OMM
En janvier, l’Australie a été frappée par deux vagues de chaleur et des incendies, avec une température atteignant 49,5°C à Ceduna, en Australie-Méridionale, le 26 janvier. Au Chili, des incendies de forêt dévastateurs ont ravagé les régions de Biobío et de Ñuble, forçant des dizaines de milliers de personnes à évacuer. L’Amérique du Nord a subi une tempête hivernale majeure, perturbant le trafic aérien et provoquant des pannes de courant généralisées. Enfin, le Portugal a été touché par la tempête Kristin, qui a causé des dommages estimés à plus de 4,7 milliards de dollars.
Plusieurs initiatives prometteuses sont également en cours. Une équipe de l’Université de Hong Kong a développé un système de prévisions météorologiques basé sur l’intelligence artificielle, le modèle « DDMS », capable de prédire les conditions météorologiques extrêmes, telles que les orages et les fortes pluies, avec une précision améliorée de plus de 15 %, jusqu’à quatre heures à l’avance. La Malaisie a interdit l’importation de déchets électroniques, en raison de leur impact environnemental nocif. La Banque européenne d’investissement (BEI) s’engage à débloquer 3,5 milliards de dollars pour aider les gouvernements à protéger les populations les plus vulnérables face au nouveau marché du carbone de l’Union européenne, ETS2 (Emissions Trading System 2), qui entrera en vigueur en 2028. Enfin, Agrotools, une entreprise brésilienne spécialisée dans les données agricoles, construit une plateforme pour rémunérer les agriculteurs qui préservent les forêts indigènes, un projet qui pourrait permettre de protéger 30 millions d’hectares de terres agricoles et d’attirer 15 milliards de dollars sur cinq ans.
Lors de l’édition 2026 du Forum économique mondial à Davos, la crise climatique et les risques environnementaux ont été au cœur des discussions. Johan Rockström, directeur de l’Institut de Potsdam pour la recherche sur l’impact climatique, a souligné l’urgence de la situation :
« Nous nous trouvons à un moment vraiment très décisif. Le temps presse, mais il n’est pas trop tard. »
Johan Rockström, directeur de l’Institut de Potsdam pour la recherche sur l’impact climatique
Il a rappelé que la planète a bénéficié d’un climat stable pendant les 12 000 dernières années, mais que le seuil de 1,5°C de réchauffement pourrait être franchi dans les trois à cinq prochaines années, conduisant à un monde potentiellement « désastreux et ingérable » avec une température de 3°C d’ici 2075.