Mode de vie et risque cardiovasculaire : un impact plus marqué chez les femmes, selon une étude
Une nouvelle étude révèle que les facteurs liés au mode de vie et à la santé influencent davantage le risque cardiovasculaire chez les femmes que chez les hommes. Ces conclusions, présentées lors de la session scientifique annuelle de l’American College of Cardiology (ACC.25), suggèrent la nécessité d’évaluer le risque cardiaque de manière différenciée selon le sexe, afin de mieux encourager l’adoption d’habitudes saines.
Longtemps, les liens entre le mode de vie et les maladies cardiaques ont été établis. Alimentation, exercice, tabagisme, tension artérielle : ces éléments sont reconnus comme des indicateurs clés du risque cardiovasculaire. Cependant, cette recherche est la première à démontrer que l’influence combinée de ces facteurs est significativement plus forte chez les femmes.
« Pour un même niveau de santé, notre étude montre que l’augmentation du risque [liée à chaque facteur] est plus élevée chez les femmes que chez les hommes. Il n’y a pas de solution universelle », explique le Dr Maneesh Sud, cardiologue interventionnel au Sunnybrook Health Sciences Centre de Toronto et auteur principal de l’étude. « C’est une découverte nouvelle, qui n’avait pas été observée dans d’autres travaux. »
L’étude s’est penchée sur huit facteurs de risque : l’alimentation, le sommeil, l’activité physique, le tabagisme, l’indice de masse corporelle (IMC), la glycémie, le profil lipidique et la tension artérielle. Globalement, les femmes présentaient moins de facteurs de risque négatifs et plus de facteurs positifs comparativement aux hommes. Néanmoins, lorsque les femmes cumulaient des facteurs de risque négatifs, leur risque d’infarctus, d’accident vasculaire cérébral (AVC) ou d’autres événements cardiovasculaires augmentait de manière plus spectaculaire que chez les hommes présentant un profil similaire.
« Nous avons constaté que les femmes tendent à avoir une meilleure santé globale, mais l’impact sur les résultats est différent », précise le Dr Sud. « La combinaison de ces facteurs a un effet plus important sur les femmes que sur les hommes. »
Les chercheurs ont analysé les données de plus de 175 000 adultes canadiens, issus de l’Étude sur la santé Ontario, entre 2009 et 2017. Initialement, aucun participant ne souffrait de maladie cardiaque, et près de 60 % étaient des femmes. Chaque individu a été classé selon huit facteurs de risque : soit une santé idéale, soit une mauvaise santé pour chacun d’eux. Ces scores ont ensuite été agrégés pour déterminer un profil global : mauvais (moins de cinq facteurs positifs ou plus de trois négatifs), intermédiaire (cinq à sept facteurs positifs) ou idéal (huit facteurs positifs).
Sur une période de suivi médiane d’un peu plus de 11 ans, les scientifiques ont documenté l’incidence de sept affections cardiaques – crise cardiaque, AVC, angine de poitrine instable, maladie artérielle périphérique, insuffisance cardiaque, revascularisation coronarienne et décès cardiovasculaire – au sein de chaque groupe.
Dans la cohorte étudiée, les femmes étaient nettement plus nombreuses à afficher une santé idéale : 9,1 % des femmes contre 4,8 % des hommes ont obtenu un score parfait de 8 sur 8. Les femmes étaient également moins susceptibles d’être classées en mauvaise santé (21,9 % contre 30,5 % pour les hommes). Concernant les facteurs individuels, les femmes présentaient plus souvent un régime alimentaire, une glycémie, un taux de cholestérol et une tension artérielle idéaux. Elles étaient toutefois légèrement moins actives physiquement que les hommes.
Après ajustement en fonction de l’âge, les participants des deux sexes voyaient leur risque de maladie cardiaque augmenter en cas de santé médiocre ou intermédiaire par rapport à une santé idéale. Cependant, cette augmentation était plus prononcée chez les femmes. Les femmes en mauvaise santé présentaient un risque de maladie cardiaque près de cinq fois supérieur à celui des femmes en santé idéale, tandis que ce risque était multiplié par 2,5 chez les hommes en mauvaise santé par rapport à leurs homologues en santé idéale. Les femmes en état intermédiaire faisaient face à un risque 2,3 fois plus élevé, contre 1,6 fois pour les hommes.
Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour élucider les mécanismes biologiques ou socioculturels expliquant ces différences d’impact des facteurs de risque entre hommes et femmes. Les scientifiques envisagent également d’étudier ces variations selon les groupes ethniques et raciaux, ainsi que chez les femmes avant et après la ménopause.