Australie : Réforme fiscale des retraites, un million d’épargnants mieux lotis
Le gouvernement australien a opéré un virage à 180 degrés dans sa politique fiscale concernant les fonds de retraite. Face aux critiques, la réforme initialement prévue pour alourdir significativement la taxation des plus grosses sommes a été assouplie. L’objectif affiché est de rendre le système plus équitable et durable, tout en garantissant un gain substantiel pour une large part des retraités.
Initialement, le projet visait à doubler le taux d’imposition à 30 % pour les comptes de retraite excédant 3 millions de dollars australiens (AUD). La nouvelle mouture, qui devrait entrer en vigueur en juillet 2026 si elle est adoptée par le Parlement, maintient le seuil de 3 millions AUD. Cependant, une nouvelle tranche est introduite : les fonds supérieurs à 10 millions AUD seront désormais taxés à 40 %.
Autre ajustement majeur, ces deux seuils seront désormais indexés sur l’inflation. Cette mesure vise à protéger les ménages aux revenus plus modestes, dont les économies ne seront pas pénalisées par l’érosion monétaire au fil des années. Environ 80 000 personnes détiennent actuellement des fonds de retraite supérieurs à 3 millions AUD, bénéficiant actuellement du taux standard de 15 %.
Le Trésorier Jim Chalmers a défendu ces ajustements, affirmant que les réformes rendraient le système de retraite « plus fort, plus juste et plus durable ». « Nous prenons toujours les retours au sérieux… nous avons trouvé une autre voie pour atteindre les mêmes objectifs », a-t-il déclaré lundi aux journalistes à Canberra.
Au-delà de la taxation des plus fortunés, le gouvernement a également annoncé une amélioration significative pour les revenus faibles. L’aide fiscale aux pensions de retraite (Superannuation tax offset), destinée aux travailleurs modestes, verra sa compensation passer de 310 à 810 AUD. De plus, l’éligibilité à ce dispositif sera étendue à toute personne percevant un revenu annuel supérieur à 45 000 AUD. Ces modifications devraient prendre effet à partir de juillet 2027, coïncidant avec d’autres allègements fiscaux prévus par le parti travailliste.
L’Association des fonds de retraite d’Australie (Australian Retirement Funds Association) salue ces changements, estimant qu’ils pourraient ajouter environ 15 000 AUD à l’épargne-retraite des travailleurs à faible revenu. « Ces changements feront une différence significative pour les perspectives de retraite de 1,3 million d’Australiens », a précisé la directrice générale Mary Delahunty dans un communiqué.
Le projet initial du gouvernement avait suscité une vive opposition. Des économistes avaient critiqué le seuil fixe de 3 millions AUD, non indexé sur l’inflation, arguant qu’il finirait par toucher un nombre croissant de retraités au fil du temps. L’opposition fédérale avait également exprimé des inquiétudes quant à l’imposition des « gains sur papier », c’est-à-dire les plus-values non encore réalisées. La nouvelle proposition répond en partie à ces deux critiques par l’indexation et l’engagement à étudier les gains non réalisés.
Cependant, le chemin parlementaire s’annonce semé d’embûches pour Jim Chalmers, qui devra convaincre soit la Coalition, soit les Verts pour que cette réforme soit adoptée. Des discussions ont eu lieu avec les Verts, mais leur sénatrice Sarah Hanson-Young a indiqué que son parti examinerait les réformes avec attention. Elle a réitéré la demande des Verts pour un abaissement du seuil à 2 millions AUD, estimant que le gouvernement faisait preuve de « faiblesse » face aux plus riches. « Pour chaque riche qui ne paie pas sa juste part d’impôt sur sa retraite, un enfant dans une école n’obtient pas les ressources dont il a besoin », a-t-elle martelé.
Du côté de l’opposition, le trésorier fantôme Ted O’Brien a qualifié le recul du gouvernement de « victoire pour la coalition du bon sens » et a déclaré que son parti examinerait les détails avant de prendre position.