Publié le 9 février 2024 22:52:00. Malgré les avancées thérapeutiques, l’aspergillose invasive reste une infection grave, en particulier chez les patients fragilisés. Une étude italienne récente compare l’efficacité de deux traitements de première intention : l’amphotéricine B liposomale et les triazoles.
- L’aspergillose invasive touche désormais un éventail plus large de patients, au-delà des cas traditionnels d’hémopathies malignes et de transplantations.
- L’étude n’a pas révélé de différence significative de mortalité entre les patients traités initialement par amphotéricine B liposomale et ceux traités par triazoles.
- Les taux élevés de changement de traitement soulignent l’importance d’une gestion attentive des antifongiques et d’une réévaluation précoce de la thérapie.
L’aspergillose invasive (IA) demeure une infection potentiellement mortelle, malgré les progrès réalisés dans le diagnostic et le traitement. Si les triazoles sont généralement recommandés en première intention, l’amphotéricine B liposomale continue d’être utilisée dans certains cas, notamment en raison d’interactions médicamenteuses, de problèmes de toxicité et de l’émergence de résistances aux azoles. Une nouvelle étude rétrospective multicentrique, menée dans deux hôpitaux universitaires du nord de l’Italie, apporte des données actualisées comparant ces deux approches thérapeutiques.
Les chercheurs ont analysé les données de 401 patients adultes atteints d’IA avérée ou probable, entre janvier 2013 et décembre 2022. L’objectif était de comparer les taux de mortalité toutes causes confondues à 90 jours chez les patients ayant reçu soit de l’amphotéricine B liposomale, soit des triazoles comme traitement initial. L’âge médian des patients était de 65 ans (écart interquartile : 56-74 ans), et 60,8 % étaient des hommes. La majorité des cas (96,0 %) ont été classés comme IA probables, les formes avérées ne représentant que 4,0 %.
L’affection prédisposante la plus fréquemment observée était une hémopathie maligne (37,7 %), suivie d’une aspergillose pulmonaire d’origine virale (29,9 %). Un traitement chronique aux corticostéroïdes et une maladie pulmonaire chronique étaient également présents chez 16 % des patients. Dans l’ensemble, 296 patients (73,8 %) ont reçu des triazoles, principalement du voriconazole (91,9 %), tandis que 105 patients (26,2 %) ont été traités par amphotéricine B liposomale. L’isavuconazole a été utilisé chez 8,1 % des patients sous triazole. Le traitement antifongique combiné était rare (4,5 %), mais plus fréquent dans le groupe amphotéricine B liposomale (9,5 %) que dans le groupe triazole (2,7 %).
Un changement de traitement a été observé plus fréquemment chez les patients initialement traités par amphotéricine B liposomale (62,9 % contre 15,5 % dans le groupe triazole). La raison principale de ce changement était le passage à des triazoles oraux (71,6 % des cas). Les modifications de traitement dans le groupe triazole étaient plus souvent dues à des effets indésirables (45,1 %).
Malgré ces différences dans la gestion thérapeutique, les taux de survie à 90 jours étaient similaires entre les deux groupes : 58,8 % pour les patients traités par triazoles et 53,3 % pour ceux traités par amphotéricine B liposomale. Une analyse statistique sophistiquée, tenant compte des biais potentiels, n’a pas révélé de différence statistiquement significative en termes de mortalité (rapport de risque ajusté de décès : 1,43 ; intervalle de confiance à 95 %, 0,87-2,33).
Pour les équipes de prévention des infections, ces résultats confirment que l’IA touche une population de plus en plus large, incluant des patients atteints d’infections respiratoires virales sévères et exposés à des traitements prolongés par corticostéroïdes. Ils suggèrent également que l’amphotéricine B liposomale peut constituer une alternative viable aux triazoles en première intention, avec des résultats comparables. Enfin, ils soulignent l’importance d’une gestion rigoureuse des antifongiques, d’une surveillance attentive des effets indésirables et d’une réévaluation précoce du traitement.
Les auteurs concluent que, bien que les triazoles restent le traitement standard, l’amphotéricine B liposomale offre une option thérapeutique valable pour certains patients. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour identifier les patients susceptibles de bénéficier le plus d’un traitement initial par amphotéricine B liposomale et pour évaluer l’impact du choix thérapeutique sur les résultats chez les différents groupes à risque d’IA. Vous pouvez consulter l’étude complète sur Open Forum Infectious Diseases.