Home Accueil L’héritage de Rafael López Aliaga dans le MML ? Ce que le Conseil fiscal a mis en garde concernant ses obligations | ÉCONOMIE

L’héritage de Rafael López Aliaga dans le MML ? Ce que le Conseil fiscal a mis en garde concernant ses obligations | ÉCONOMIE

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Publié le 15 octobre 2025. La municipalité de Lima, sous le mandat de Rafael López Aliaga, a vu sa dette presque tripler, atteignant plus de 3,755 milliards de soles. Cette situation soulève des inquiétudes quant à la capacité des futures administrations à investir et à maintenir les services publics.

  • Trois opérations d’endettement ont considérablement accru la dette de la MML.
  • Le Conseil Fiscal (CF) met en garde contre un risque d’étouffement des futurs investissements.
  • Les prochaines municipalités pourraient devoir réduire la qualité des services ou augmenter les impôts.

La gestion de Rafael López Aliaga à la tête de la Municipalité Métropolitaine de Lima (MML) a été marquée par une explosion de l’endettement. Via trois opérations financières distinctes, la MML a contracté des engagements dépassant les 3,755 milliards de soles (environ 900 millions d’euros). Selon le Conseil Fiscal (CF), cette stratégie laisse les futures administrations dans une position précaire, potentiellement incapables de lancer de nouveaux projets d’envergure.

Si l’intention affichée par Rafael López Aliaga était de financer des infrastructures jugées cruciales pour lutter contre l’insécurité et la congestion routière, les experts consultés par Gestion redoutent des conséquences négatives. Les prochains édiles pourraient se voir contraints de procéder à des coupes budgétaires drastiques, affectant notamment la qualité des services offerts à la population.

Aucune marge de manœuvre budgétaire

Dans un rapport technique publié en juillet 2025, le CF a consacré un chapitre entier à l’analyse des finances de la MML. L’organisme y détaille que les trois émissions d’obligations ont été réalisées sans garantie de l’État national, mais adossées à un fonds fiduciaire. Ce mécanisme engage 61% des revenus historiques de la MML, puisque le fonds sera alimenté par l’intégralité des recettes provenant de l’impôt foncier (alcabala), de la taxe sur les véhicules, du Fonds de Compensation Municipale (Foncomun), de la taxe foncière et des impôts sur les jeux de casino et machines à sous.

Les projections du Service Technique du Conseil Fiscal (STCF) indiquent que le solde total de la dette pourrait s’approcher des 5 milliards de soles (environ 1,2 milliard d’euros), soit près de 400% de la limite légale fixée par la règle budgétaire. Pire encore, le service de la dette sur les trois prochaines administrations municipales (2027-2038) est estimé à une moyenne de 470 millions de soles par an. La municipalité entrante devrait supporter la charge la plus lourde, avec des paiements annuels moyens de 538 millions de soles.

La MML a réagi par voie de communiqué, affirmant que ces émissions d’obligations avaient été approuvées par le Conseil municipal, sur la base de projections de flux de revenus et pour des périodes déterminées. La municipalité souligne que son budget annuel, supérieur à 1,5 milliard de soles, permettrait de faire face au paiement de la dette (environ 538 millions de soles, soit près de 30% du budget), sans compromettre les services publics, grâce à une réduction des dépenses courantes et une augmentation des revenus.

Quels risques pour l’avenir de la MML ?

Interrogé par Gestion, Jaime Reusche, vice-président du département Risques Souverains chez Moody’s Investor Services, reconnaît la nécessité d’investissements pour Lima, mais met en garde contre les risques d’un endettement excessif.

« Il est compréhensible que la ville ait besoin d’investissements, car la congestion limite l’activité économique, mais d’un autre côté, comme le souligne à juste titre le CF, l’accumulation importante de dettes peut paralyser le potentiel de réaliser davantage d’investissements futurs par la MML. »

Jaime Reusche, vice-président du Sovereign Risk Group chez Moody’s Investor Services

Carlos Casas, chercheur au Centre de Recherche de l’Université du Pacifique (UP), ne doute pas que la MML finira par être incapable de honorer ses paiements, ce qui entraînera des coupes budgétaires sévères.

« À un moment donné, cette dette devra être assumée par le gouvernement national. Premièrement, il pourrait y avoir une réduction des services, ce qui nous expose à une mauvaise qualité des services et également à un faible entretien des infrastructures. Cela génère une détérioration de la qualité de vie. Ce sont les résultats auxquels on s’attendrait dans ce cas-ci. »

Carlos Casas, chercheur au Centre de Recherche de l’Université du Pacifique

Pour Juan Carlos Odar, directeur de Phase Consultores, le recours à l’émission d’obligations n’était pas la meilleure option.

« Il y a une situation doublement compliquée pour les administrations suivantes. Premièrement, elles n’auront pas de ressources gratuites, et deuxièmement, le coût auquel les émissions ont été réalisées est assez élevé. Y avait-il une possibilité d’améliorer ce qui a été obtenu ? Je pense que oui. »

Juan Carlos Odar, directeur de Phase Consultores

Parmi les projets majeurs financés par ces obligations figurent des infrastructures routières telles que le contournement de Las Torres Prialé et l’autoroute Próceres-Wiesse.

Une licence spéciale pour s’endetter

Déjà exemptée de certaines règles budgétaires depuis 2017, la MML a bénéficié d’un assouplissement de la limite d’endettement en mars 2025, grâce au ministère de l’Économie et des Finances (MEF) dirigé par José Arista.

Ce feu vert a été accordé alors que la MML avait déjà procédé à une première émission obligataire de 1,205 milliard de soles. Les nouvelles règles ont permis les deux émissions suivantes : 1,250 milliard de soles en septembre 2025 et 1,300 milliard de soles supplémentaires en juin de la même année.

La nouvelle limite d’endettement pour les gouvernements infranationaux exigeait une note de crédit d’au moins BBB+, soit 3,5 fois l’épargne de leur compte courant. La MML respecte ce critère avec des notations AA- et AA, respectivement d’Apoyo y Asociados et Pacific Credit Rating (PCR). Le CF a cependant noté des écarts importants entre ces notations, et souligné que ces émissions impliquaient une garantie implicite de l’État national en cas de défaut de paiement, malgré leur émission sans garantie formelle.

Moody’s avait d’ailleurs attribué à la municipalité une note de Bba1 avec garantie étatique, et Ba2 sans ce soutien, la plaçant dans la catégorie spéculative. Carlos Casas estime que cette situation constitue un risque important pour les futurs gouvernements, les engagements de paiement s’étendant jusqu’en 2045.

« Elle se trouve dans une situation similaire à celle de Petroperú. Les gens qui achètent ses obligations prennent le risque car ils savent que l’État finira par le sauver. La même chose se produira avec la MML. Peu importe combien elle subit une réduction, le soutien souverain sera toujours derrière elle. La MML est trop grande pour pouvoir faire faillite. »

Carlos Casas, chercheur au Centre de Recherche de l’Université du Pacifique

Juan Carlos Odar suggère que la seule issue pour la MML serait de refinancer sa dette en échangeant les obligations actuelles contre d’autres avec des échéances plus lointaines. Cela permettrait de reporter le paiement des intérêts et de dégager une marge de manœuvre pour les dépenses à court terme.

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