Publié le 16 février 2026 14h08. Une nouvelle étude menée par l’Université de Tokyo révèle que la résistance à l’insuline, bien connue pour son rôle dans le diabète, pourrait être un facteur de risque significatif pour au moins douze types de cancer différents. Grâce à l’intelligence artificielle, les chercheurs ont identifié ce lien à l’échelle de la population, ouvrant la voie à de nouvelles stratégies de prévention et de traitement.
- La résistance à l’insuline est associée à un risque accru de douze types de cancer, selon une étude utilisant l’IA.
- Un modèle d’IA, appelé AI-IR, permet de prédire la résistance à l’insuline à partir de paramètres médicaux courants.
- L’AI-IR offre une alternative plus précise à l’indice de masse corporelle (IMC) pour évaluer le risque métabolique.
Des chercheurs de l’Université de Tokyo ont mis au jour un lien préoccupant entre la résistance à l’insuline et le développement de plusieurs cancers. En exploitant la puissance de l’intelligence artificielle (IA) et en analysant les données de près d’un demi-million de participants à la biobanque britannique, ils ont pu démontrer que cette condition, souvent associée au diabète de type 2, pourrait jouer un rôle bien plus large dans l’oncogenèse.
La résistance à l’insuline se manifeste lorsque l’organisme ne répond plus efficacement à l’insuline, l’hormone chargée de réguler le taux de sucre dans le sang. Elle est reconnue comme un facteur clé dans le développement du diabète de type 2 et est également liée à des maladies cardiovasculaires, rénales et hépatiques. Si une association entre résistance à l’insuline et cancer avait déjà été suggérée, le manque de preuves à grande échelle constituait un obstacle majeur à sa confirmation.
AI-IR : un outil de prédiction innovant
Pour surmonter cette difficulté, l’équipe de recherche a développé un modèle d’IA baptisé AI-IR. Ce modèle est capable de prédire la résistance à l’insuline en se basant sur neuf paramètres médicaux couramment mesurés lors des bilans de santé. « Nous avons récemment développé un outil, AI-IR, pour prédire la résistance à l’insuline chez les individus à partir de neuf données médicales différentes. Il s’est avéré efficace et nous a incités à explorer son application à des questions connexes », explique le chercheur Yuta Hiraike de l’hôpital de l’Université de Tokyo. Les résultats de cette recherche ont été publiés dans la revue Nature Communications.
Grâce à l’AI-IR, les chercheurs ont pu établir que la résistance à l’insuline est indépendamment associée à un risque accru de douze types de cancer différents. Cette découverte est d’autant plus significative que l’indice de masse corporelle (IMC) est souvent utilisé comme indicateur de la santé métabolique. Or, l’IMC peut s’avérer trompeur : certaines personnes en surpoids peuvent présenter un métabolisme sain, tandis que d’autres, de poids normal, peuvent être résistantes à l’insuline.
« Bien qu’un lien possible entre la résistance à l’insuline et le cancer ait été suggéré précédemment, les preuves à grande échelle ont été limitées par la difficulté d’évaluer cliniquement la résistance à l’insuline. »
Yuta Hiraike, chercheur à l’hôpital de l’Université de Tokyo
« Avec l’AI-IR, nous fournissons pour la première fois à l’échelle de la population des preuves que la résistance à l’insuline est un facteur de risque de cancer », ajoute-t-il.
Validation et perspectives
Des études de validation ont confirmé que l’AI-IR est fortement corrélée aux mesures directes de la résistance à l’insuline, généralement réalisées uniquement dans des cliniques spécialisées dans le diabète. Le modèle offre ainsi une alternative accessible et évolutive pour l’évaluation des risques à grande échelle.
« L’AI-IR permet de détecter une résistance à l’insuline qui ne peut être expliquée uniquement par l’IMC », souligne M. Hiraike. Les chercheurs poursuivent leurs travaux en explorant les influences génétiques et en intégrant les données à grande échelle des patients à la recherche en biologie moléculaire, dans l’espoir de développer des stratégies de prévention et de traitement plus efficaces.
L’IA au service de la gestion de l’insuline
L’intelligence artificielle s’impose également comme un outil précieux dans la gestion thérapeutique de l’insuline. L’année dernière, des chercheurs de l’École de médecine Icahn du Mont Sinaï ont développé GLUCOSE, un modèle d’IA conçu pour aider les médecins en soins intensifs à ajuster la posologie de l’insuline chez les patients après une chirurgie cardiaque. Les fluctuations de la glycémie sont fréquentes dans cette phase post-opératoire et peuvent entraîner des complications graves. GLUCOSE utilise l’apprentissage par renforcement et analyse les données des patients en temps réel pour fournir des recommandations de dosage personnalisées.
Les études ont démontré que le modèle est aussi performant, voire supérieur, aux réanimateurs expérimentés, et ce, sans recourir à un historique médical complet. Selon les chercheurs, cela illustre le potentiel de l’IA en tant qu’outil d’aide à la décision sûr et fiable, susceptible d’améliorer les résultats cliniques et la sécurité des patients. Bien que le système soit encore en phase de recherche et ne prenne pas en compte, par exemple, l’apport nutritionnel, les perspectives d’intégration au dossier médical électronique sont encourageantes.