Publié le 2024-11-07 18:02:00. La malnutrition liée à une maladie est insidieuse et peut aggraver significativement l’état de santé des patients. La Société espagnole d’endocrinologie et de nutrition (SEEN) lance une campagne de sensibilisation pour alerter professionnels de santé et grand public sur l’importance d’un diagnostic et d’une prise en charge précoces.
- Les premiers symptômes de la malnutrition induite par une maladie sont discrets, rendant capitale la détection des situations à risque.
- Ne pas traiter la malnutrition aggrave la maladie sous-jacente, entraînant une moins bonne tolérance aux traitements, plus de complications et une qualité de vie dégradée.
- La SEEN s’associe à la Semaine de sensibilisation à la malnutrition (MAW) et à la Semaine de la malnutrition (SDLD) pour éclairer sur cette pathologie.
La malnutrition liée à une maladie (MLM) survient lorsqu’une pathologie entraîne une carence d’apport ou une perte accrue de nutriments. Ses conséquences sont multiples : perte de poids et de masse musculaire, altérations cognitives et physiques, et dégradation globale des paramètres cliniques. Le Dr María Ballesteros, première vice-présidente de la SEEN, insiste sur la nécessité de sensibiliser à la prévention et au dépistage précoce afin de mettre en place un accompagnement médical et nutritionnel adapté.
Ainsi, un patient atteint de cancer mal nourri tolérera moins bien la chimiothérapie, tandis qu’un patient opéré souffrant de dénutrition sera plus sujet aux complications postopératoires. La SEEN s’unit une nouvelle fois à la Semaine de sensibilisation à la malnutrition (MAW) de la Société européenne de nutrition clinique et de métabolisme (ESPEN) et à la Semaine de la malnutrition de l’Alliance des plus nourris (SDLD), événements qui se déroulent du 10 au 14 novembre.
Le Dr Ballesteros rappelle que la détection des MLM est complexe. Elle appelle donc les institutions à adopter des mesures facilitant le diagnostic précoce, tant en milieu hospitalier qu’en soins de première ligne. « S’il existe des normes claires permettant à tout professionnel de santé, qu’il soit en hôpital ou en communauté, de détecter la malnutrition, ce sera un grand pas en avant pour améliorer le pronostic, la qualité de vie et la survie des patients gravement malades », explique-t-elle.
La spécialiste déplore que le diagnostic précoce de la malnutrition soit souvent négligé. Elle souligne l’importance d’une sensibilisation accrue, non seulement auprès des professionnels de santé mais aussi auprès des patients eux-mêmes, afin qu’ils comprennent que leur état de santé s’aggravera sans une prise en charge adéquate de la malnutrition.
Les patients les plus fragiles face à la malnutrition
Les personnes atteintes de multiples pathologies (pluripathologiques), et plus particulièrement les personnes âgées, constituent le profil le plus exposé à la malnutrition liée à une maladie. Ce phénomène touche jusqu’à 40 % des patients hospitalisés. Les données cliniques associées à la malnutrition révèlent un risque accru d’infections et de complications des pathologies existantes, une guérison plus lente, un recours accru aux traitements, une durée d’hospitalisation prolongée, une récupération plus difficile, un impact négatif sur la qualité de vie, des coûts de santé supérieurs et, in fine, une mortalité plus élevée.
Parmi les maladies favorisant la malnutrition, on distingue celles qui induisent une inflammation systémique et celles qui affectent le tube digestif, entravant l’assimilation des nutriments. Les cancers entrent dans la première catégorie, souvent accompagnés d’altérations gastro-intestinales qui aggravent la situation. D’autres pathologies inflammatoires comme les infections sévères (pneumonie) ou chroniques (bronchopneumopathie chronique obstructive, insuffisance rénale chronique) sont également des facteurs de risque.
Avancées diagnostiques et organisationnelles
Des progrès significatifs ont été réalisés, notamment avec l’adoption des critères de diagnostic GLIM (Global Leadership Initiative on Malnutrition). Ces critères permettent désormais une approche homogène et uniforme du diagnostic de la malnutrition à l’échelle internationale. Le Dr Ballesteros met en avant l’importance accordée par ces critères à l’évaluation de la masse musculaire, « critère phénotypique de malnutrition ». Par ailleurs, l’approbation par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) de nouveaux codes de diagnostic pour la malnutrition, effectifs dès 2027, devrait améliorer la reconnaissance de cette pathologie et optimiser l’allocation des ressources sanitaires.
Pour sensibiliser le public à l’importance de la malnutrition liée à la maladie, la SEEN propose une ressource pédagogique en ligne : le Cours Virtuel. Ce module couvre de nombreuses pathologies endocrinologiques et nutritionnelles, incluant des sections dédiées à la MLM et aux facteurs de risque associés. Les patients y trouveront également des conseils pratiques pour mieux gérer leur état de santé.
Formation et prise de conscience
L’endocrinologue insiste également sur la nécessité de renforcer la formation en nutrition clinique, déplorant que seuls 30 % des cursus médicaux dispensent des informations suffisantes sur la malnutrition. Elle souligne que la sensibilisation doit toucher l’ensemble des professionnels de santé, au-delà de ceux directement impliqués dans le diagnostic et le traitement de la malnutrition. « Si les professionnels qui traitent des maladies associées à la malnutrition ne la reconnaissent pas chez leurs patients, le traitement nécessaire ne pourra être mis en œuvre », affirme-t-elle.
Chaque année, un groupe de professionnels au sein de l’ESPEN est désigné pour promouvoir la prise de conscience. Cette année, la semaine de la malnutrition mettra un accent particulier sur les personnes âgées et les patients chirurgicaux, avec le soutien des associations de patients concernées.