Publié le 25 février 2026. L’Irlande va renforcer sa coopération maritime avec la France et le Royaume-Uni face aux menaces croissantes en mer, notamment la flotte pétrolière russe et la protection des infrastructures sous-marines. Cette intensification s’accompagne du lancement d’une nouvelle stratégie nationale de sécurité maritime.
L’Irlande va approfondir sa collaboration navale avec la France et le Royaume-Uni, autorisant potentiellement leurs navires à patrouiller dans ses eaux et à assurer une protection pendant la présidence irlandaise de l’Union européenne en juillet prochain. Cette coopération accrue s’inscrit dans le cadre d’une nouvelle stratégie nationale de sécurité maritime, dévoilée ce mercredi, qui vise à protéger les intérêts maritimes irlandais et à garantir la sécurité en mer.
La stratégie met l’accent sur une coopération renforcée avec les alliés européens, tant au niveau bilatéral qu’au sein d’organisations comme l’OTAN. L’Irlande entend notamment tisser des liens plus étroits avec la Joint Expeditionary Force (JEF), une alliance dirigée par le Royaume-Uni axée sur la sécurité maritime. Bien que non membre à part entière, l’Irlande rejoindra le format « JEF+ », lui permettant de participer à des exercices et opérations spécifiques selon ses besoins.
Cette participation au JEF+ offrira à l’Irlande l’opportunité de « tirer des leçons de ses expériences et de ses meilleures pratiques », selon le document stratégique. Le ministère irlandais de la Défense s’engage à engager rapidement des discussions avec les États membres de la JEF pour faciliter l’accès de ses forces de défense.
Un objectif majeur de cette coopération est de contrer la menace posée par la « flotte fantôme » russe, un ensemble de centaines de navires utilisés par Moscou pour transporter du pétrole sanctionné. Ces navires pénètrent fréquemment dans la zone économique exclusive irlandaise (ZEE), parfois au-dessus des câbles sous-marins, et sont considérés comme un risque environnemental en raison de leur état de délabrement.
L’Irlande s’engage également à maximiser les opportunités de collaboration avec l’OTAN pour accroître la « sensibilisation au domaine maritime » et protéger les infrastructures sous-marines. Elle soutiendra également les efforts internationaux et ceux de l’Union européenne pour contrer la flotte fantôme, notamment par de nouvelles sanctions et une « participation à des initiatives opérationnelles pertinentes ».
La stratégie prévoit également la nomination d’officiers de liaison auprès des agences de sécurité maritime françaises et britanniques. Des sources de sécurité indiquent que cette coopération facilitera le stationnement de navires français et britanniques dans la ZEE irlandaise, y compris des patrouilles et le déploiement de frégates pour assurer la défense aérienne pendant la présidence irlandaise de l’UE.
Une telle décision, bien que non explicitement mentionnée dans la stratégie, ne devrait pas être controversée, selon une source de sécurité, citant l’exemple de l’Allemagne qui avait fourni des moyens de défense aérienne au Danemark lors de sa présidence l’année précédente.
Cependant, cette coopération pourrait être contestée sur le plan juridique. L’article 15 de la Constitution irlandaise stipule qu’aucune force militaire autre que celle levée et entretenue par l’Oireachtas (le parlement irlandais) ne peut être levée ou maintenue. Une solution pourrait être que les navires français et britanniques restent en dehors des eaux territoriales irlandaises (s’étendant sur 12 milles marins), mais à l’intérieur de la ZEE.
La stratégie prévoit également d’améliorer la capacité de surveillance maritime de l’Irlande, notamment par le déploiement d’un programme de radar militaire et d’un programme de bouées sonores. L’Irlande étudiera également la possibilité d’héberger ou de participer à un « centre de surveillance régional de l’UE » pour la protection des infrastructures sous-marines.
D’autres mesures incluent la création de « bases d’opérations avancées » pour le service naval sur les côtes est et ouest, et le développement d’une unité de forces spéciales dédiée aux missions maritimes. « La première stratégie nationale de sécurité maritime fournit une feuille de route pour les cinq prochaines années afin de sauvegarder les intérêts maritimes souverains de l’Irlande, de garantir la sécurité des mers et de promouvoir et de soutenir le droit international dans le domaine maritime », conclut le document.
Les propositions d’expansion du service naval et les projets de remise en service de navires supplémentaires seront détaillés dans un document séparé, le Plan de régénération du service naval, qui sera publié dans les semaines à venir.