La tourmente informatique en santé : l’opposition réclame des comptes
Face aux dérapages coûteux et à la suspension de projets majeurs de modernisation numérique, les partis d’opposition à l’Assemblée nationale du Québec exigent la tenue d’une commission parlementaire. Ils souhaitent interroger les principaux responsables de Santé Québec et du ministère du numérique afin de faire toute la lumière sur ces dossiers sensibles.
Dans une missive adressée au président de la Commission de la santé et des services sociaux, Luc Provençal, l’opposition libérale demande l’autorisation d’un mandat d’initiative. L’objectif : se pencher sur la gestion des transformations numériques en cours dans le réseau de la santé, rassurer la population et prévenir de futurs dérapages financiers. « Nous croyons que les parlementaires doivent se pencher sur la gestion de ces importants projets de transformation numérique pour rassurer les Québécois et éviter des dérapages coûteux », peut-on lire dans la lettre cosignée par le porte-parole libéral en matière de santé, Marc Tanguay, et sa collègue en cybersécurité et numérique, Michelle Setlakwe.
La demande fait suite à l’annonce par Santé Québec de la suspension de deux initiatives cruciales : le Système d’information des finances et de l’approvisionnement (SIFA) et le projet pilote Dossier santé numérique (DSN). Ces deux projets, déjà en retard, ont vu leurs coûts estimés grimper à 700 millions de dollars, soit le double de l’autorisation initiale du Conseil du trésor.
Malgré ces déconvenues, Marc Tanguay souligne l’importance capitale de ces projets pour moderniser des systèmes informatiques devenus obsolètes, qui engendreraient eux-mêmes des coûts considérables à long terme s’ils ne sont pas mis à jour.
Des « top guns » et des dépassements de coûts dans le viseur
Les Libéraux ont clairement identifié les personnes qu’ils souhaitent voir comparaître : les responsables de Santé Québec, surnommés les « top guns », le dirigeant de l’information du ministère de la Santé, ainsi que le directeur principal de l’information du ministère de la Cybersécurité et du Numérique (MCN). Trois thèmes centraux sont proposés pour ces interrogatoires : les mesures préventives face à de nouveaux échecs, l’étendue des dépassements de coûts et des retards prévisionnels, et enfin, la synergie entre les experts du MCN et de Santé Québec.
Des enquêtes antérieures avaient déjà mis en lumière des tensions entre les ministères concernant le projet SIFA (anciennement SIFARH), le MCN plaidant pour sa suspension tandis que le ministère de la Santé s’y opposait. Il avait également été révélé que les coûts de formation du personnel avaient été omis dans les estimations pour le projet DSN. De plus, des informations circulaient sur la demande continue de fonds supplémentaires par le ministre Christian Dubé, avec des coûts d’exploitation du SIFARH atteignant 1,2 milliard de dollars, un montant supérieur à celui du projet SAAQclic, lui-même qualifié de fiasco.
« Le déploiement de SAAQclic a été un véritable fiasco, et il nous importe d’éviter que d’autres projets d’envergure pilotés par ce gouvernement ne subissent le même sort », précisent les députés libéraux dans leur lettre.
Un front commun des oppositions
Les Libéraux ne sont pas les seuls à réclamer des explications. Vincent Marissal, porte-parole de Québec solidaire en matière de santé, soutient également la convocation des responsables de Santé Québec devant la commission. Le Parti québécois a, quant à lui, annoncé vendredi qu’il joignait sa voix à cette demande.
L’issue de cette requête dépendra de la volonté de la Coalition Avenir Québec (CAQ) d’appuyer un mandat d’initiative. Bien que la majorité gouvernementale tende à refuser de telles propositions, des précédents existent où les députés de la CAQ ont soutenu des initiatives de l’opposition, à l’instar de la commission parlementaire sur les impacts des pesticides sur la santé publique et l’environnement, votée à l’unanimité en 2019 suite à des révélations de Radio-Canada.