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L’Uruguay a légalisé l’euthanasie lors d’un vote historique au Sénat

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Publié le 2025-10-16 14:37:00. Après un passage mi-figue mi-raisin à la Chambre des députés, le Sénat uruguayen a finalement adopté un projet de loi dépénalisant l’aide à mourir sous conditions strictes. Ce texte, baptisé « Mourir dans la dignité », positionne l’Uruguay aux côtés de nations pionnières en matière de fin de vie assistée, bien que des résistances subsistent.

  • Le Sénat uruguayen a approuvé la loi sur l’aide à mourir avec 20 voix pour et 11 abstentions.
  • Cette législation, issue d’une initiative du Frente Amplio (FA), instaure des conditions précises pour l’accès à l’euthanasie.
  • L’Uruguay rejoint ainsi le Canada, les Pays-Bas, la Nouvelle-Zélande et l’Espagne dans la liste des pays autorisant l’aide médicale à mourir.

L’initiative « Mourir dans la dignité », promue par la coalition gouvernementale Frente Amplio (FA), dépénalise l’aide à mourir dans un cadre réglementé. Après avoir été approuvé par la Chambre des députés en août, le texte a franchi une étape cruciale au Sénat mercredi, recueillant 20 voix favorables sur les 31 parlementaires présents. Cette avancée législative inscrit l’Uruguay dans un cercle restreint de pays qui ont légalisé l’aide médicale à mourir. En Amérique latine, seule la Colombie et l’Équateur avaient auparavant dépénalisé l’euthanasie par décision de justice, faisant de cette loi une première régionale approuvée par le parlement.

Pour bénéficier de l’aide à mourir, les conditions sont multiples. Le demandeur doit être majeur, citoyen ou résident, et jouir de toutes ses facultés mentales. Il doit également être atteint d’une pathologie incurable en phase terminale, ou souffrir de maux insupportables entraînant une grave détérioration de sa qualité de vie. Le projet de loi prévoit plusieurs garde-fous pour protéger les patients et les professionnels de santé. Un médecin peut refuser une demande, auquel cas le patient peut s’adresser à un autre professionnel. En cas de nouveau refus, une commission médicale pluridisciplinaire, composée de trois médecins et d’un psychiatre, sera saisie. Les établissements médicaux ont également la possibilité de refuser de pratiquer l’acte. Si le premier médecin accepte la demande, il doit impérativement soumettre le cas à l’avis d’un second médecin indépendant, après quoi la procédure peut être engagée. Le patient doit formaliser sa demande par écrit en présence de témoins et peut se rétracter à tout moment.

La loi instaure également une commission d’examen des dossiers qui rendra compte de ses activités annuellement. L’aide à mourir pourra être proposée par l’Administration nationale des services de santé (ASSE), les mutualistes (prestataires de santé privés à but non lucratif), les assurances privées, l’Hospital de Clínicas, ainsi que par les services de santé militaire et policier. Les cliniques privées ne pourront en revanche pas proposer ce service. Pour des raisons juridiques, les procédures d’euthanasie seront assimilées à des morts naturelles.

Florence Salgueiro, militante pour le droit à mourir dans la dignité et membre du groupe Empathy, souligne que le texte repose sur le respect de la volonté d’un adulte souhaitant mettre fin à ses souffrances. Son père, atteint de sclérose latérale amyotrophique (SLA), n’a pu obtenir l’aide qu’il souhaitait pour partir, décédant à 57 ans sans avoir vu son vœu exaucé. Les partisans du projet mettent en avant les garanties qu’il offre, s’inscrivant dans une tradition uruguayenne de lois progressistes, telles que la régulation du cannabis, l’égalité du mariage et la dépénalisation de l’avortement.

Un sondage réalisé en mai par Cifra Consulting révèle que 62% des Uruguayens soutiennent la légalisation de l’euthanasie, tandis que 24% y sont opposés. La Faculté de Médecine s’est montrée neutre, respectant la diversité des opinions de ses membres, mais a apporté des conseils afin de « garantir un maximum de sécurité pour les patients et les médecins », selon son président, Álvaro Niggemeyer. L’Église catholique a exprimé sa « tristesse » suite au vote. Par ailleurs, une douzaine d’organisations et plusieurs dizaines de personnes ont critiqué le projet, le jugeant « déficient et dangereux ».

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