Publié le 24 février 2026 à 12h10. La neurologue Dagny Holle-Lee, directrice du centre ouest-allemand des maux de tête et des vertiges à Essen, dénonce le manque de compréhension entourant la migraine, une maladie neurologique souvent banalisée, et propose de nouvelles pistes thérapeutiques.
- La migraine est une maladie neurologique sérieuse, et non une simple excuse pour éviter des obligations, comme l’a récemment suggéré Dieter Bohlen.
- Les préjugés persistants concernant la migraine sont liés à son invisibilité et au manque de biomarqueurs objectifs pour la diagnostiquer.
- De nouvelles approches thérapeutiques, notamment les anticorps ciblant d’autres substances messagères et les thérapies numériques basées sur l’intelligence artificielle, sont prometteuses.
La neurologue Dagny Holle-Lee dirige le centre ouest-allemand des maux de tête et des vertiges de la clinique de neurologie de l’université de médecine d’Essen. Elle partage également son expertise sur Instagram sous le pseudonyme @migraene_doc et vient de publier un ouvrage intitulé « Migraine Doc », destiné à informer et conseiller les personnes touchées par cette pathologie.
Récemment, les propos de Dieter Bohlen, minimisant la souffrance de sa partenaire en raison de migraines, ont suscité l’indignation de la communauté médicale. « J’ai été choquée », déclare le Dr Holle-Lee. « Les migraines sont une fois de plus présentées comme une simple excuse, un vieux cliché que je pensais avoir dépassé. Ce qui m’inquiète le plus, ce sont les nombreux commentaires qui valident cette idée reçue. La migraine n’est pas une condition ou une excuse, mais une maladie neurologique grave qui impose d’énormes limites aux personnes qui en souffrent. »
Le Dr Holle-Lee souligne que la persistance de ce cliché est due à l’invisibilité de la migraine. « S’il existait un test sanguin ou une imagerie médicale montrant des changements objectifs, l’acceptation serait probablement plus grande. Mais à ce jour, il n’existe aucun biomarqueur fiable pour prouver objectivement la migraine. Il est donc difficile pour les personnes concernées de légitimer leur maladie. » Elle ajoute que la migraine touche majoritairement les femmes, dont les maladies sont souvent minimisées ou considérées comme d’origine psychologique.
Les progrès thérapeutiques ont longtemps été freinés par le manque d’intérêt de l’industrie pharmaceutique, la migraine n’étant pas considérée comme un domaine innovant. Cependant, la situation évolue avec l’introduction des anticorps anti-CGRP (Calcitonin Gene-Related Peptide), un neuropeptide qui favorise les crises de migraine en dilatant les vaisseaux sanguins et en transmettant des signaux de douleur. Ces anticorps bloquent ce peptide ou son récepteur et sont administrés régulièrement à titre préventif, généralement par injection.
Le traitement de la migraine repose sur une thérapie aiguë efficace pour stopper une crise dès son apparition. Pour les cas légers, des analgésiques classiques comme l’ibuprofène peuvent suffire. Pour les crises plus sévères, des médicaments spécifiques contre la migraine, tels que les triptans, sont utilisés.
Le mode de vie joue également un rôle important : l’exercice physique régulier, la relaxation, des repas équilibrés et des horaires de sommeil réguliers sont essentiels. Cependant, le Dr Holle-Lee met en garde contre les conseils simplistes et infondés qui circulent sur les réseaux sociaux, comme l’immersion des pieds dans l’eau chaude ou l’utilisation de pinces à cheveux sur les sourcils. « Ces conseils sont absurdes et donnent de faux espoirs », affirme-t-elle. « Ils banalisent la migraine et transfèrent la responsabilité aux personnes concernées. »
La migraine se distingue d’un simple mal de tête par sa nature neurologique et ses symptômes associés, tels que des nausées, une sensibilité à la lumière ou au bruit. Les personnes migraineuses possèdent un « cerveau migraineux », caractérisé par une sensibilité accrue aux stimuli. Elles perçoivent les impressions sensorielles de manière plus intense et peuvent être rapidement submergées par un environnement stimulant.
Chez les enfants, la migraine peut se manifester différemment, avec des symptômes tels que des mal des transports sévères, une forte sensibilité aux stimuli ou des douleurs abdominales récurrentes, parfois regroupées sous le terme de « migraine abdominale ». Le diagnostic peut être tardif en raison de l’absence de maux de tête typiques.
En dépit de sa complexité, la migraine peut également avoir des aspects positifs. La sensibilité accrue aux stimuli peut se traduire par une perception plus fine et une créativité accrue. De plus, la nécessité d’adopter un mode de vie sain pour gérer la migraine peut conduire à une meilleure hygiène de vie.
L’avenir du traitement de la migraine s’annonce prometteur, avec le développement de nouvelles thérapies ciblant d’autres substances messagères, comme le PACAP, et l’essor des thérapies numériques basées sur l’intelligence artificielle, qui permettent d’analyser les déclencheurs individuels et d’adapter les traitements de manière personnalisée.
« La migraine n’est pas une condition médicale, mais une maladie neurologique grave associée à d’énormes limitations. »
Dagny Holle-Lee, neurologue