Publié le 10 octobre 2025. Une découverte archéologique en Turquie pourrait éclairer l’histoire d’une maladie rare chez l’enfant. Des restes retrouvés sur le site d’Aphrodisias révèlent des déformations squelettiques inhabituelles chez un enfant du XIIe siècle, suggérant une pathologie peu fréquente dans ce contexte.
Des travaux menés par Duru Yağmur Başaran, doctorante, et publiés dans la revue *L’enfance dans le passé*, mettent en lumière une analyse approfondie d’un squelette d’enfant datant de plus de 900 ans. Les restes, découverts sur le site archéologique d’Aphrodisias dans le sud-ouest de la Turquie, proviennent d’une tombe du cimetière de Tetrapylon, datée entre le Xe et le XIIe siècle. L’étude se concentre sur le squelette étiqueté « 73A », appartenant à un enfant âgé de 2,5 à 3,5 ans au moment de son décès, qui présentait des anomalies squelettiques significatives.
Plusieurs pathologies ont été examinées afin d’expliquer ces déformations, notamment l’anémie hémolytique, le scorbut, le rachitisme, la tuberculose, les traumatismes et l’hyperostose corticale infantile (HCI). C’est cette dernière, également connue sous le nom de maladie de Caffey, qui semble le mieux correspondre aux observations faites sur le squelette. Cette affection rare, qui se manifeste généralement dès la petite enfance, se caractérise par un épaississement asymétrique des os dû à l’inflammation du périoste, la membrane qui entoure les os. Les parties du corps les plus fréquemment touchées incluent la mâchoire, l’avant-bras (cubitus), le tibia, la clavicule, l’omoplate et les côtes.
Le cubitus gauche de l’enfant d’Aphrodisias était particulièrement affecté, ayant presque doublé de volume par rapport à la normale. Des déformations ont également été notées sur la mâchoire, l’omoplate et d’autres os longs du bras gauche. Il est à noter que l’enfant montrait des signes précoces de guérison au moment de son décès, une caractéristique souvent observée dans les cas de maladie de Caffey, qui tend à régresser spontanément vers l’âge de trois ans.
L’hypothèse de l’HCI pourrait également expliquer l’écart constaté entre l’âge estimé à partir des os longs (1,5 à 2 ans) et celui basé sur les dents (2,5 à 3,5 ans). La maladie affectant la mâchoire peut rendre l’alimentation difficile, potentiellement entraîner une malnutrition et rendre les os plus sensibles aux facteurs de stress environnementaux.
Ce cas d’hyperostose corticale infantile dans un contexte archéologique est extrêmement rare. La maladie, dont les causes exactes et les mécanismes de guérison demeurent complexes à appréhender même en médecine moderne, se manifeste sporadiquement mais peut parfois avoir une composante familiale suggérant une prédisposition héréditaire. La cause du décès de l’enfant reste indéterminée, pouvant être liée à la maladie elle-même, à ses complications, ou à une tout autre affection indépendante.
Cette découverte contribue à enrichir la compréhension de la santé des jeunes individus dans la période byzantine moyenne à Aphrodisias et affine les méthodes de diagnostic de l’HCI dans les contextes historiques.