Le COVID-19 pourrait accélérer le vieillissement des artères, particulièrement chez les femmes, selon une nouvelle étude. Les scientifiques estiment ce vieillissement à environ cinq ans, augmentant le risque de maladies cardiovasculaires.
Une infection par le COVID-19, même légère, pourrait avoir un impact significatif sur la santé cardiovasculaire, entraînant un vieillissement prématuré des vaisseaux sanguins. C’est ce que révèle une recherche publiée le 18 août dans l’European Heart Journal. Les artères, naturellement sujettes à un durcissement avec l’âge, sembleraient subir une accélération de ce processus suite à une contamination par le virus. Cette rigidité accrue est un facteur de risque connu pour des pathologies graves telles que l’accident vasculaire cérébral (AVC) et l’infarctus du myocarde.
Menée par le Professeur Rosa Maria Bruno de l’Université Paris Cité, l’étude s’est penchée sur les conséquences à moyen terme du COVID-19 sur le système vasculaire. « Depuis la pandémie, nous savons que de nombreuses personnes souffrent de symptômes persistants pendant des mois, voire des années », explique le Professeur Bruno. « Nous cherchons encore à comprendre les mécanismes biologiques à l’origine de ces symptômes. » Les chercheurs avancent l’hypothèse que le virus peut affecter directement les vaisseaux sanguins, provoquant un « vieillissement vasculaire précoce ». Ce phénomène, caractérisé par des vaisseaux sanguins plus rigides que l’âge chronologique, accroîtrait la vulnérabilité aux maladies cardiaques.
L’enquête a inclus 2 390 participants originaires de 16 pays différents. Pour évaluer l’âge vasculaire de chaque individu, les chercheurs ont utilisé un appareil mesurant la vitesse de propagation de l’onde de pression artérielle entre l’artère carotide (dans le cou) et les artères fémorales (dans les jambes). Cette mesure, appelée vitesse d’onde de pouls carotido-fémorale (PWV), est un indicateur de la rigidité artérielle : plus la valeur est élevée, plus les artères sont rigides et plus l’âge vasculaire est avancé. Ces mesures ont été effectuées à six mois et douze mois après l’infection par le COVID-19.
Les analyses, prenant en compte des facteurs démographiques tels que le sexe, l’âge et d’autres éléments influençant la santé cardiovasculaire, ont révélé que les personnes ayant contracté le COVID-19, y compris dans sa forme légère, présentaient des artères plus rigides que les individus non infectés. L’effet s’est avéré plus prononcé chez les femmes et chez les personnes ayant manifesté des symptômes prolongés du « COVID long », tels que l’essoufflement et la fatigue.
Chez les femmes, l’augmentation moyenne de la PWV était de 0,55 mètre par seconde pour les cas légers de COVID-19, 0,60 m/s pour celles hospitalisées, et atteignait 1,09 m/s pour les patientes admises en soins intensifs. Les chercheurs précisent qu’une augmentation d’environ 0,5 m/s est considérée comme « cliniquement pertinente » et équivaut à un vieillissement d’environ cinq ans, augmentant significativement le risque de maladies cardiovasculaires chez une femme de 60 ans.
Par ailleurs, l’étude suggère que la vaccination contre le COVID-19 pourrait être associée à une moindre rigidité artérielle. Sur le long terme, le vieillissement vasculaire induit par l’infection a semblé se stabiliser, voire s’améliorer légèrement.
« Plusieurs explications sont possibles quant aux effets vasculaires du COVID-19 », commente le Professeur Bruno. « L’inflammation corporelle et les réponses immunitaires, bien qu’essentielles à la défense contre l’infection, pourraient également jouer un rôle. » La différence observée entre les sexes pourrait s’expliquer par des variations dans la réponse immunitaire : les femmes, bénéficiant d’une réponse immunitaire généralement plus rapide et robuste, pourraient subir des dommages vasculaires accrus suite à l’infection initiale.
« Le vieillissement vasculaire est un indicateur facile à mesurer et peut être pris en charge par des traitements largement disponibles, comme des changements de mode de vie, ou des médicaments visant à réduire la tension artérielle et le cholestérol », ajoute le Professeur Bruno. « Pour les personnes présentant un vieillissement vasculaire accéléré, il est crucial de tout mettre en œuvre pour minimiser les risques d’infarctus et d’AVC. »
Le Professeur Bruno et son équipe prévoient de suivre les participants sur plusieurs années afin de confirmer si ce vieillissement vasculaire accéléré se traduit effectivement par une augmentation du risque d’événements cardiovasculaires futurs. Dans un éditorial accompagnant l’étude, le Dr Behnood Bikdeli de la Harvard Medical School et ses collègues soulignent l’importance de ces recherches dans la compréhension des séquelles du COVID-19, notamment le syndrome de COVID long. Ils mettent en évidence les différences frappantes observées chez les femmes, suggérant la nécessité d’identifier des cibles thérapeutiques pour prévenir et atténuer les conséquences du vieillissement vasculaire induit par le virus.