Publié le 22 octobre 2025. Le journaliste Daniel Coronell relate son entretien tendu avec le président colombien Gustavo Petro, suite aux accusations du président américain Donald Trump. L’échange, marqué par des digressions historiques et des signes d’anxiété de la part du chef de l’État, a révélé une profonde préoccupation concernant la sécurité et l’isolement diplomatique.
- Une interview particulièrement difficile avec le président Petro, suite aux propos de Donald Trump le qualifiant de « chef du trafic de drogue ».
- Des réponses évasives du président Petro, privilégiant les discours historiques et les réflexions personnelles aux questions directes sur la crise diplomatique.
- Une paranoïa exacerbée chez le président Petro, notamment concernant sa sécurité personnelle et la vulnérabilité du palais présidentiel.
Daniel Coronell, journaliste expérimenté connaissant Gustavo Petro depuis 1988, a révélé ses impressions sur un entretien récent, qualifié d’« une conversation aussi difficile » qu’il n’a « jamais eue avec lui ». L’interview, initialement proposée suite à un message du président américain accusant le président Petro de « chef du trafic de drogue », s’est déroulée à la Casa de Nariño.
L’organisation de l’entretien a nécessité une logistique importante, avec l’arrivée d’une équipe technique de Univision dès le lundi matin pour installer un dispositif multi-caméras. Prévue pour 15 heures et d’une durée d’une heure, l’interview a débuté avec 34 minutes de retard. Le président Petro, malgré une demande de concision, a immédiatement dévié du sujet principal des relations avec les États-Unis.
Au lieu d’aborder les conséquences directes des propos de Donald Trump, le président Petro a initié une plongée dans l’histoire, évoquant des tableaux d’artistes comme Alejandro Obregón et Carlos Jacanamijoy, et faisant des parallèles avec des figures comme Bolívar et Santander. Cette tendance à l’élaboration de longs discours, abordant « l’histoire, la géographie, l’économie et les mathématiques », a rendu l’interaction journalistique compliquée.
Durant l’échange, des signes d’inconfort de la part du président Petro sont apparus, se traduisant par des mouvements et des gestes expressifs. Le journaliste a souligné une « verbosité imparable » qui a entravé la progression de l’interview. Le président a réfuté l’idée de ne pas avoir été laissé s’exprimer, insistant sur sa volonté de développer ses pensées.
Des préoccupations plus personnelles ont émergé, notamment concernant la sécurité du président. Le retrait par le gouvernement américain d’un système de protection anti-drone de la Casa de Nariño a accentué chez Petro un sentiment de vulnérabilité. Il a exprimé la crainte d’une possible attaque, suggérant qu’eux-mêmes (le journaliste et le président) auraient pu être « tués en quelques secondes » si tel avait été l’objectif.
Le président Petro a également semblé mal à l’aise face aux comparaisons avec d’autres dirigeants latino-américains comme Lula (Brésil), Sheinbaum (Mexique) et Boric (Chili), qui gèrent leurs relations avec les États-Unis avec succès. Il a esquivé les questions sur son approche plus critique envers María Corina Machado, lauréate du prix Nobel de la paix, comparée à son attitude envers Nicolás Maduro, qualifiant l’opposition vénézuélienne de « méprisable et traître » sans aborder directement le régime Maduro.
L’interview a atteint un point de tension lorsque Daniel Coronell a suggéré que le président « lie le sort de 50 millions de Colombiens à celui de satrapes comme Nicolás Maduro, Diosdado Cabello et Vladimir Padrino ». Gustavo Petro a réagi avec fermeté, déclarant « Je ne suis pas stupide, Daniel ». Un autre moment de nervosité a éclaté lorsqu’il a été question de son désir d’« être inoubliable », le journaliste lui reprochant de privilégier cette ambition aux « besoins immédiats des Colombiens ».
Alors que l’entretien, prolongé au-delà des deux heures prévues, touchait à sa fin, le journaliste a posé sa dernière question, rappelant que la mission du président n’était pas de changer Donald Trump, mais de « rechercher les meilleures négociations possibles pour préserver des millions d’emplois colombiens ». C’est dans ce contexte que Gustavo Petro a prononcé la phrase qui a fait la une de certaines agences et médias américains : « Le président des États-Unis doit être démis de ses fonctions ».
Daniel Coronell conclut en soulignant qu’il n’avait « jamais vu le président Gustavo Petro aussi bouleversé » qu’en ce lundi, et s’interroge sur le fait que ce ne soit pas « le meilleur état d’esprit pour gérer une crise » potentiellement majeure dans les jours à venir.