Publié le 2024-06-17 17:17:00. Le président argentin Javier Milei a offert un spectacle musical de deux heures à Buenos Aires, mêlant rock et chants traditionnels, tout en promouvant son nouveau livre. Cet événement, largement salué par ses partisans, intervient dans un contexte de tensions politiques et de difficultés économiques pour le pays.
Au cours de cette prestation scénique, le président ultra-droit a chanté des classiques du rock argentin ainsi que la mélodie hébraïque traditionnelle « Hava Nagila ». Il a justifié cette dernière reprise par un hommage à Israël, qualifié de « bastion de l’Occident », et a rappelé les victimes de l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023, dont quatre ressortissants argentins.
Devant près de 15 000 personnes réunies à la Movistar Arena, Javier Milei a souligné son alliance avec des figures internationales telles que le président américain Donald Trump et le militant d’extrême droite Charlie Kirk, dont la présence a été acclamée par le public. Le président a également réitéré sa position ferme contre le « terrorisme et la gauche », les accusant de vouloir saper les fondements de la culture judéo-chrétienne occidentale.
« Israël est le bastion de l’Occident et c’est pourquoi les terroristes et la gauche sont paradoxalement ensemble car ils savent que la chute d’Israël détruit le monde occidental basé sur la culture judéo-chrétienne », a affirmé le président, qui s’est rendu à deux reprises à Tel-Aviv et à Jérusalem depuis le début de son mandat.
Milei a également condamné un récent acte d’antisémitisme survenu à Buenos Aires, déclarant : « Nous n’allons pas autoriser cette xénophobie que la gauche essaie d’installer », avant d’entonner « Hava Nagila », repris timidement par l’assistance.
Durant son intervention, sur fond d’images projetées de bombardements et de destructions, le président n’a fait aucune mention des quelque 67 000 victimes palestiniennes à Gaza, ni des milliers de déplacés et d’orphelins.
L’allocution s’est également démarquée par des références à Donald Trump, acclamé par la foule qui scandait « Milei, mon cher, le peuple est avec toi ». Le président argentin a lancé : « Vous entendez, Kirchneristes ? Vous pouvez gagner une manche, mais pas la bataille, encore moins la guerre. »
Le président a par ailleurs lié sa gouvernance à l’aide financière américaine. Au moment de son apparition sur scène, le ministre de l’Économie, Luis Caputo, se trouvait à Washington pour solliciter un soutien financier supplémentaire auprès des autorités américaines afin de stabiliser le peso face à la hausse du dollar. Le Secrétaire au Trésor américain, Scott, a déclaré sur les réseaux sociaux être « heureux d’accueillir Luis Caputo et la délégation argentine au Trésor américain » et de poursuivre des « conversations productives sur les différentes options préparées par le Trésor pour soutenir les politiques solides de l’Argentine ».
Cet événement festif intervient dans un contexte de turbulences politiques et économiques pour le gouvernement argentin. Le Congrès a récemment rejeté deux vetos présidentiels concernant le financement des universités publiques et des hôpitaux pédiatriques. Parallèlement, le gouvernement fait face à des accusations de corruption liées à la gestion des allocations pour handicapés, impliquant Karina Milei, secrétaire générale de la présidence.
Sa sœur était présente dans le public, semblant ignorer les révélations sur son implication présumée dans un système de pots-de-vin pour l’achat de médicaments publics.
À ces difficultés s’ajoute un revers électoral notable début septembre, avec la défaite du parti au pouvoir aux élections législatives dans la province de Buenos Aires. Ce revers a suscité des inquiétudes sur les marchés quant à la gouvernance dans la seconde moitié du mandat de Milei, la hausse du dollar étant seulement contenue par les promesses d’aide américaine.
Dans ce climat, Javier Milei a présenté son livre sur un « miracle » argentin, alors même que le pays attend un soutien financier du Trésor américain, s’ajoutant au prêt de 20 milliards de dollars du Fonds Monétaire International (FMI) convenu en avril. L’idée d’un « miracle » résonne ironiquement dans un pays dont la dette extérieure ne cesse de croître.
Bien que le président ultralibéral revendique une baisse de l’inflation et un excédent budgétaire, ces résultats ont été obtenus au prix d’une dévaluation du peso, d’un effondrement de la consommation et de coupes drastiques dans les secteurs clés de la santé, de l’éducation et de la science, ainsi que de milliers de licenciements dans la fonction publique.
Malgré ses efforts pour se présenter comme une rock star, Javier Milei est confronté à une crise politique accrue par la démission de son principal candidat aux élections législatives du 26 octobre, José Luis Espert, en raison de liens présumés avec le trafic de drogue. Cette démission survient après une semaine où le président avait tenté de soutenir son candidat, malgré les témoignages et documents émergents sur un possible complot lié à sa campagne de 2019.
À l’extérieur de la Movistar Arena, des manifestants se sont rassemblés pour protester contre Javier Milei et son gouvernement, dénonçant notamment les scandales impliquant sa sœur. Ils portaient des pancartes telles que « Karina Coimera » (Karina, la corrompue) et « Rendez l’argent des retraités et des handicapés ».
Les derniers sondages d’opinion dessinent un paysage défavorable pour le parti au pouvoir, « La Libertad Avanza », avec une image négative croissante de Javier Milei et une augmentation de son taux de désapprobation. Ces éléments n’ont cependant pas semblé affecter l’enthousiasme des spectateurs présents au spectacle « El León ».