Une nouvelle étude parue dans The Lancet Oncology suggère que l’intégration de marqueurs génétiques clés pourrait améliorer la classification du risque et la prédiction de la mortalité chez les patients atteints de cancer papillaire de la thyroïde.
- L’analyse de données internationales révèle que le statut des mutations des gènes BREF et TERT modifie la stadification du cancer papillaire de la thyroïde selon l’AJCC (American Joint Committee on Cancer).
- Ces marqueurs génétiques améliorent la précision de l’évaluation du risque de décès spécifique à la maladie.
- L’étude remet en question la pertinence exclusive des critères cliniques actuels pour cette classification.
La classification standard du cancer papillaire de la thyroïde, telle que définie par l’AJCC, repose traditionnellement sur des facteurs cliniques. Cependant, cette approche présente des limites en termes de précision, comme le souligne l’équipe de recherche. Une étude rétrospective multicentrique internationale, regroupant des données de 15 centres médicaux répartis dans 10 pays entre janvier 1979 et juillet 2023, a examiné l’impact de l’intégration des mutations des gènes BREF (spécifiquement la mutation V600E) et TERT (mutation du promoteur, TERTp) dans le système de stadification. L’étude a inclus des patients ayant subi une thyroïdectomie totale ou une hémithyroïdectomie, avec ou sans dissection des ganglions du cou, et ayant reçu un traitement postopératoire à l’iode radioactif. Le critère d’évaluation principal était la mortalité liée au cancer papillaire de la thyroïde.
Sur une cohorte de 4 746 patients (dont 48,6 % d’origine asiatique et 47,6 % d’origine caucasienne, avec une prédominance féminine à 76,1 % et un âge médian de 48 ans), l’analyse a mis en évidence des corrélations significatives. La présence conjointe des mutations BREF V600E et TERTp a été associée à un risque de mortalité accru, même aux stades précoces de la maladie, comparativement à la 7ème édition de la classification AJCC (AJCC7). Les patients sans ces mutations (« type sauvage ») présentaient des courbes de survie plus stables, en particulier aux stades I à III de l’AJCC7 et I à II de l’AJCC8. Les analyses statistiques ont montré un risque de mortalité multiplié par 5,94 pour les patients doublement mutés par rapport au stade II de l’AJCC7 (P = 0,015), et par 4,04 par rapport au stade III (P = 0,00037). La mutation isolée de TERTp augmentait également ce risque, notamment par rapport au stade IV de l’AJCC7 (HR = 3,57, IC à 95 % = 2,01–6,37, P < 0,0001).
« L’intégration des statuts génétiques des BREF et TERTp dans le système AJCC modifie les stades de risque initiaux du système AJCC et améliore considérablement la précision de sa classification du risque de mortalité pour le cancer papillaire de la thyroïde. »
Mingzhao Xing, MD, PhD, Université des sciences et technologies du Sud, Shenzhen, Chine
L’auteur correspondant de cette étude publiée dans The Lancet Oncology est le Dr Mingzhao Xing, du Département de pharmacologie de l’École de médecine de l’Université des sciences et technologies du Sud à Shenzhen, en Chine. L’étude a bénéficié du soutien financier de diverses institutions, dont l’Institut national sur le vieillissement et les National Institutes of Health.