Music Canada et la Digital Media Association (DIMA) ont adressé une missive au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), suite aux récentes consultations sur le contenu canadien pour les services audio. Les deux organismes estiment crucial de rappeler une distinction fondamentale : la radio traditionnelle et les plateformes de diffusion en continu ne fonctionnent pas de la même manière.
La lettre, transmise suite aux échanges qui se sont déroulés du 11 au 18 septembre, vise à clarifier un point qui, bien que paraissant évident, a semblé être négligé lors des discussions. Music Canada, représentant les majors de l’industrie musicale (Sony Music Entertainment Canada, Universal Music Canada et Warner Music Canada), et la DIMA, porte-parole des géants du streaming, alertent le régulateur sur la tentative apparente d’appliquer les mêmes règles que celles qui régissent la radio à l’ère numérique.
« Nous ne sommes pas d’accord », affirment-ils dans leur courrier. Les deux organisations soulignent que la réglementation actuelle de la radio a été spécifiquement conçue pour un environnement canadien marqué par une vaste géographie, une dualité linguistique et les contraintes d’un système analogique. Ces règles prenaient en compte des facteurs tels que le nombre limité d’heures de diffusion, la centralisation croissante de la programmation, le format de diffusion en direct et un répertoire discographique relativement restreint.
Or, le paysage du streaming est radicalement différent. Axé sur les intérêts individuels de chaque auditeur, il offre une quasi-infinité d’heures d’écoute, un catalogue musical pléthorique, une multitude de langues et a transcendé les frontières géographiques et internationales. À titre d’exemple, la lettre rappelle que trois des dix titres les plus écoutés en Inde en 2022 étaient interprétés par des artistes canadiens, un phénomène impensable à l’époque de la création du système de radiodiffusion terrestre.
Le streaming permet non seulement aux artistes canadiens de toucher un public mondial, mais aussi de donner une visibilité à ceux qui peinaient à trouver leur place sur les ondes traditionnelles. Les chiffres cités par les organisations montrent d’ailleurs que les femmes et les artistes issus de minorités raciales bénéficient d’une plus grande diffusion sur les plateformes de streaming que sur les radios canadiennes.
Music Canada et la DIMA exhortent ainsi le CRTC à envisager les plateformes de streaming et leur interaction avec le public canadien pour ce qu’elles sont aujourd’hui, et non comme un simple prolongement d’un système de radiodiffusion datant du XXe siècle, lors de la mise en œuvre de la Loi sur la radiodiffusion en ligne.