Publié le 24 octobre 2025. Une équipe de chercheurs de la Charité de Berlin a élucidé le rôle d’une protéine clé, la CLIC1, dans le fonctionnement des microglies, les cellules immunitaires du cerveau. Leurs découvertes pourraient ouvrir de nouvelles voies thérapeutiques pour lutter contre les maladies neurologiques.
- La protéine CLIC1 est essentielle à la mobilité et à la structure des microglies, permettant une surveillance efficace du tissu cérébral.
- Contrairement à son nom, CLIC1 agit comme une protéine structurelle et enzymatique, et non comme un canal ionique.
- Le contrôle de la libération de substances inflammatoires par les microglies via CLIC1 offre un potentiel thérapeutique pour freiner l’inflammation excessive dans le cerveau.
Les microglies, sentinelles du système nerveux central, jouent un rôle crucial dans la protection du cerveau. Ces cellules immunitaires innées patrouillent constamment le tissu cérébral grâce à des extensions cellulaires très mobiles, détectant les anomalies, éliminant les débris et les agents pathogènes, et maintenant ainsi l’homéostasie. Cependant, les mécanismes précis qui régissent leur mobilité et leurs réponses immunitaires face aux agressions restaient jusqu’à présent mal compris. C’est sur cette question fondamentale que s’est penchée une étude de la Charité de Berlin.
Pour mener leurs recherches, les scientifiques ont eu recours à la microscopie multiphotonique pour observer la motilité des microglies dans des tissus cérébraux de souris. Ils ont également utilisé un modèle de souris comportant des microglies humaines greffées, ainsi que du tissu cérébral humain obtenu lors d’interventions neurochirurgicales et mis à disposition pour la recherche. Par des analyses pharmacologiques et génomiques, l’équipe a identifié la protéine CLIC1 (Chloride Intracellular Channel 1) et a développé un modèle de souris déficient en CLIC1 afin d’en étudier le rôle dans la dynamique des processus microgliaux et la réponse immunitaire.
Les résultats ont mis en évidence que la CLIC1 est un régulateur majeur de la mobilité et de la ramification des prolongements microgliaux, jouant ainsi un rôle central dans la surveillance et la protection du tissu cérébral. Les chercheurs suggèrent que la CLIC1 agit comme une protéine d’échafaudage, conférant une stabilité structurelle aux prolongements cellulaires. De plus, elle régule la libération d’interleukine-1β, un messager pro-inflammatoire puissant, par les microglies activées. Ces observations ont pu être confirmées au niveau des microglies humaines.
Ce qui a particulièrement surpris les chercheurs, c’est la véritable fonction de la CLIC1. Malgré son nom évoquant un canal ionique transportant des ions chlorure, l’étude a démontré que, dans les microglies, la CLIC1 se comporte davantage comme une protéine structurelle et une enzyme, participant à la morphologie cellulaire et à la signalisation plutôt qu’au transport ionique transmembranaire.
Ces découvertes soulignent l’importance de la CLIC1 dans les cerveaux sains comme dans les cerveaux malades. Les microglies étant impliquées dans la quasi-totalité des pathologies neurologiques, et les processus inflammatoires jouant un rôle prépondérant, la compréhension du rôle de CLIC1 dans la régulation des médiateurs inflammatoires, spécifiquement au sein des microglies humaines, ouvre des perspectives thérapeutiques prometteuses pour cibler et limiter l’inflammation excessive dans le cerveau.
Référence de l’étude : Rifat & Bickel et coll. Le canal intracellulaire chlorure 1 (CLIC1) est essentiel à la morphodynamique microgliale et à la neuroinflammation. Science Advances, 22 octobre 2025. DOI : 10.1126/sciadv.ads9181