Deux publications scientifiques récentes, l’une internationale et l’autre française, mettent l’accent sur la nécessité de réduire la consommation de viande, soulevant des interrogations quant à son avenir, notamment dans les assiettes des écoliers.
Un appel mondial à un « régime santé planétaire »
Une étude internationale publiée le 3 octobre par la prestigieuse revue The Lancet et l’ONG Eat, intitulée « Régime santé planétaire », préconise une alimentation majoritairement végétale. Selon leurs conclusions, une telle transition pourrait non seulement éviter jusqu’à 15 millions de décès prématurés par an à l’échelle mondiale, mais aussi alléger considérablement la pression sur les ressources naturelles.
Ce rapport ambitieux vise à promouvoir des « systèmes alimentaires sains, durables et équitables ». Il souligne que les modes de consommation actuels sont de puissants moteurs des maladies chroniques et de la dégradation environnementale, transgressant les limites planétaires. Les recommandations sont précises : la consommation de viande rouge ne devrait pas dépasser 15 grammes par jour, une nette réduction par rapport aux près de 100 grammes consommés quotidiennement dans les pays occidentaux. Elles privilégient ainsi les légumineuses, les noix, les graines et les céréales.
Parallèlement, la consommation de produits laitiers serait limitée à 250 grammes, celle de poissons ou fruits de mer à 30 grammes, tout comme les viandes blanches (volailles). La part belle est faite aux légumes (200 grammes), aux fruits (300 grammes) et aux céréales complètes (210 grammes) par jour.
Réactions des professionnels de la filière viande
Ces recommandations, déjà esquissées dans une première étude d’EAT en 2019 avec une limite de 0 à 28 grammes de viande rouge par jour, suscitent des réactions vives. Interbev, l’interprofession des viandes, a réagi dans un communiqué, soulignant que ces chiffres s’éloignent des recommandations officielles françaises qui fixent la limite à 500 grammes de viande rouge cuite par semaine. L’organisation affirme que 72 % des Français consomment déjà moins que ce seuil et qu’un tiers de la population est même composée de très petits consommateurs.
Interbev met en garde contre les risques de carences en nutriments essentiels (protéines de qualité, fer, zinc, vitamine B12, calcium, iode…) pour les « très petits consommateurs ». L’interprofession critique également les alternatives végétales, qui favoriseraient le développement de produits transformés et ultra-transformés dont les effets sur la santé sont sujets à débat. De même, elle s’inquiète d’une consommation jugée excessive de légumineuses et de fruits à coque, pouvant engendrer divers troubles chez certaines populations.
« Concilier santé et environnement ne doit pas passer par la stigmatisation de la viande rouge », insiste Interbev, rappelant le rôle de l’élevage français de ruminants dans l’entretien de 13 millions d’hectares de prairies permanentes, atout majeur pour le stockage de carbone et la biodiversité. Ce modèle, essentiel pour l’économie rurale, la souveraineté alimentaire et la transition écologique, ne devrait pas être diabolisé selon l’organisation.
Nouveautés en vue pour la restauration scolaire
En France, la discussion prend une tournure plus spécifique avec la publication attendue d’un avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) sur les recommandations nutritionnelles en restauration scolaire. Le cadre actuel, fixé par un arrêté de 2011, pourrait être revu, provoquant des tensions au sein des interprofessions (viande, lait, oléoprotéagineux, fruits et légumes) et des organisations de la restauration collective.
Dans une lettre ouverte adressée le 2 octobre dernier, des acteurs du secteur ont exprimé leur désaccord avec un avis jugé « discutable sur le fond ». Ils dénoncent un manque de prise en compte du travail déjà effectué et une remise en cause du principe de co-construction. Selon eux, cet avis, qui proposerait une baisse des recommandations concernant la viande et les produits laitiers, « ne paraît pas tenir compte de la couverture des besoins nutritionnels des enfants ». Sa publication et son intégration dans la révision de l’arrêté sont donc jugées « non concevables ».
Une réunion du groupe de travail Nutrition du Conseil national de la restauration collective est prévue ce mardi, coïncidant avec l’inauguration du Sommet de l’élevage à Cournon.