Alors qu’octobre est traditionnellement le mois de mobilisation contre le cancer du sein, les professionnels de santé du Lot tirent la sonnette d’alarme : une augmentation notable des cas chez les femmes jeunes, parfois avant 40 ans, inquiète et pousse à réévaluer les stratégies de prévention et de dépistage.
Le cancer du sein, dont la lutte est symbolisée par le ruban rose en octobre, touche de manière croissante les femmes dans le département du Lot. Cette tendance nationale se manifeste par une hausse significative des diagnostics chez les patientes de moins de 50 ans, un phénomène qui interpelle le corps médical et incite à une vigilance accrue.
La préoccupation ne se limite pas au cancer du sein ni aux femmes. Le Docteur Slim Lassoued, rhumatologue à l’hôpital de Cahors, constate une tendance générale à l’augmentation des cancers chez les jeunes. « Sur les dix prochaines années, on anticipe plus de 50 millions de nouveaux cas dans le monde. En France, nous avons déjà dépassé les 450 000 nouveaux cas par an, ce qui est énorme. Et cela touche particulièrement les jeunes, entre 20 et 40 ans », explique-t-il. Dans ce contexte, le cancer du sein, le plus fréquent et le plus mortel chez la femme, connaît une « explosion », même si une bonne nouvelle pointe le bout de son nez avec une diminution de la mortalité.
Dans le Lot, cette réalité se confirme. Le Docteur Emir Ariane, chirurgien spécialisé dans le cancer du sein à l’hôpital de Cahors, observe une augmentation des cas chez les femmes de moins de 50 ans. « Sur 1 000 cas à Cahors, on est facilement à 10 % », précise-t-il. Depuis le début de l’année, il a opéré 50 femmes, sans compter celles prises en charge par chimiothérapie ou orientées vers Toulouse. « Il y a quelque temps, j’étais présent pendant l’opération d’une patiente à l’Oncopole, c’est important », souligne le Dr Ariane.
Les raisons de cette recrudescence sont multiples et encore à l’étude. Le Docteur Lassoued avance plusieurs pistes : « La malbouffe, la pollution, les comportements addictifs comme l’alcool ou la cigarette… Il peut également y avoir des susceptibilités génétiques. Cela fait trois grands chapitres : risques environnementaux, comportementaux et génétiques. »
Pour sa part, le Docteur Ariane évoque un lien potentiel avec le stress, une observation clinique qu’il relève fréquemment chez ses patientes, bien que non encore confirmée scientifiquement. « Nombre d’entre elles décrivent un état de stress majeur. Il faut savoir qu’on a tous des cellules cancéreuses dans notre corps, mais elles sont détruites. Après un événement stressant, le système est plus faible et il peut ne pas détecter la faille », détaille-t-il.
Face à cette tendance chez les plus jeunes, la question du dépistage se pose. Actuellement, le dépistage organisé par mammographie débute à 50 ans (plus tôt en cas d’antécédents familiaux lourds). Les médecins commencent à envisager d’avancer cet âge. « Chez les jeunes, ce sont en général elles qui font le diagnostic. Elles sentent quelque chose d’étrange. L’autopalpation, c’est vraiment très important. Il faut connaître les gestes », insiste le Dr Ariane. Il rappelle qu’il est possible de se faire accompagner par des professionnels de santé, tels que les sages-femmes, les médecins traitants ou les gynécologues.
Le parcours de soins dans le Lot est bien organisé. Après un diagnostic, la prise en charge peut se dérouler en grande partie dans le département, avec un accompagnement individualisé. La durée et la nature des traitements (chimiothérapie, hormonothérapie) varient selon les cas. « On a toute une structure et tout un savoir-faire ici », affirme le Dr Ariane. Des collaborations existent avec l’Oncopole de Toulouse pour les interventions complexes, notamment la reconstruction mammaire, une compétence qui pourrait bientôt être développée à Cahors. Des liens sont également établis avec Montauban pour des besoins spécifiques. Une équipe pluridisciplinaire, réunissant rhumatologues, kinésithérapeutes, psychologues et autres spécialistes, travaille de concert pour accompagner les patientes tout au long de leur parcours.