Publié le 2024-02-29 10:00:00. Près de 40 % des cancers dans le monde pourraient être évités en agissant sur des facteurs de risque liés au mode de vie, révèle une étude exhaustive de l’Organisation mondiale de la santé. Tabac, alcool et infections sont pointés du doigt comme les principaux responsables.
- Quarante pour cent des diagnostics de cancer sont liés à des facteurs de risque modifiables.
- Le tabac reste le premier facteur de risque évitable, responsable de plus de 15 % des cas.
- Aucun niveau de consommation d’alcool n’est considéré comme sans risque par l’OMS.
Une nouvelle étude mondiale, menée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en collaboration avec des experts japonais et canadiens, met en lumière un potentiel considérable de prévention en matière de cancer. Publiée dans la revue Médecine naturelle, l’analyse des données de 185 pays révèle que 7,1 millions des 20 millions de nouveaux cas de cancer enregistrés en 2022 sont directement imputables à des comportements et des expositions évitables.
L’étude confirme que le tabac est de loin le principal facteur de risque modifiable, expliquant à lui seul 15,1 % des cas évitables. L’impact est particulièrement marqué chez les hommes, où le tabagisme est associé à 23 % des nouveaux diagnostics. Les infections occupent la deuxième place (10 %), suivies par l’alcool, responsable de 3,2 % des cas, soit près de 700 000 cancers par an. Le fardeau lié aux facteurs évitables est plus important chez les hommes (45 %) que chez les femmes (30 %).
Trois types de cancer – du poumon, de l’estomac et du col de l’utérus – concentrent à eux seuls près de la moitié des cas évitables. Le cancer du poumon est fortement lié au tabagisme et à la pollution atmosphérique. Le cancer gastrique est souvent associé à la bactérie Helicobacter pylori, tandis que le cancer du col de l’utérus est principalement causé par le virus du papillome humain (VPH).
« Il s’agit de la première analyse mondiale qui quantifie précisément l’ampleur du risque provenant de causes que nous pouvons empêcher. »
Dr André Ilbawi, équipe de lutte contre le cancer de l’OMS
Les spécialistes insistent sur l’importance d’arrêter de fumer, une décision déterminante pour réduire le risque de cancer. Selon le Dr José Luis Morero, de l’Institut Alexander Fleming, 84 % des cancers du poumon sont liés à un antécédent de tabagisme. Même une consommation modérée de cigarettes augmente le risque par rapport aux non-fumeurs. L’American Cancer Society souligne que les cigares, les pipes et les cigarettes dites « légères » ne constituent pas des alternatives sûres, et que les produits contenant du menthol peuvent même aggraver les risques.
Concernant l’alcool, l’OMS est formelle : aucun niveau de consommation n’est sans risque. L’éthanol et ses métabolites peuvent endommager l’ADN et perturber les équilibres hormonaux, augmentant ainsi le risque de cancers de la bouche, de la gorge, de l’œsophage, du foie, du sein et du côlon, entre autres. L’Association américaine pour la recherche sur le cancer confirme que 40 % des cancers sont liés à des facteurs modifiables, et que la limitation de la consommation d’alcool est une mesure clé.
Le rapport élargit la vision traditionnelle en identifiant 30 facteurs de risque, incluant l’exposition à des substances cancérigènes sur les lieux de travail, de nouvelles infections virales, la contamination environnementale et un allaitement maternel insuffisant.
« En Amérique latine et dans les Caraïbes, la situation est particulièrement préoccupante : environ 28 % des cas chez les hommes et 30 % chez les femmes sont liés à des causes évitables. »
Rapport de l’étude
Les experts soulignent la nécessité d’adapter les stratégies de prévention aux réalités sociales et économiques de chaque pays. La vaccination contre le VPH et l’hépatite B, le traitement des infections à Helicobacter pylori, la réglementation du tabac et de l’alcool, la promotion d’habitudes de vie saines, la lutte contre le surpoids et l’encouragement de l’activité physique sont autant de mesures à mettre en œuvre. Le renforcement des programmes de dépistage et de détection précoce, ainsi que l’investissement dans des systèmes de surveillance épidémiologique, sont également essentiels pour mesurer les progrès et ajuster les politiques publiques.
Selon le Dr Isabelle Soerjomataram, du Centre international de recherche sur le cancer, s’attaquer à ces causes évitables représente l’une des opportunités les plus importantes pour réduire le fardeau mondial du cancer. Le message est clair : le cancer n’est pas uniquement une question de fatalité génétique, mais est souvent lié à nos choix quotidiens et à l’efficacité des politiques de santé publique. La prévention, plus qu’un simple slogan, s’impose comme l’outil le plus puissant pour sauver des vies.