Publié le 19 février 2026. À Singapour, un jeune passionné de transports en commun s’est donné pour mission d’améliorer l’orientation des usagers, allant jusqu’à installer des panneaux non officiels pour pallier les lacunes du système.
- Vareck Ng, 23 ans, a installé une centaine de panneaux d’orientation improvisés à travers l’île depuis 2020.
- Il critique le manque de clarté des nouveaux panneaux de signalisation dans le métro, privilégiant les chiffres au texte.
- Il plaide pour une meilleure intégration du vélo dans les plans de transport et une plus grande accessibilité aux données en temps réel.
Vareck Ng ne se contente pas d’emprunter les transports en commun de Singapour, il les observe attentivement. Pour ce jeune homme de 23 ans, l’orientation ne se limite pas aux panneaux officiels : il guette les « chemins de désir », ces sentiers tracés par les usagers eux-mêmes pour contourner les itinéraires les moins pratiques. Il considère ces itinéraires improvisés comme un indicateur clair des besoins non satisfaits des voyageurs.
« C’est l’un des signes les plus évidents que la communauté réagit à quelque chose qui a été construit pour elle », expliquait-il au Straits Times en janvier. Musicien dans la vie, M. Ng prend l’habitude de retirer ses écouteurs pour aider les passagers hésitants, perdus face aux itinéraires complexes. Il perçoit ces moments de confusion comme des signaux d’alarme, des preuves que le système d’orientation doit être amélioré.
Son initiative a débuté en 2020, avec un simple panneau en papier A4 collé sur un poteau près du pont rouge de Lorong Halus. Il indiquait aux cyclistes les directions vers Pasir Ris, Punggol et Sengkang, à un carrefour dépourvu de signalisation. Ce connecteur du parc Lorong Halus, long de 3 km, relie les quartiers de Pasir Ris et Punggol et traverse une ferme locale.
Si un panneau s’avère utile et n’est pas retiré, M. Ng le renforce progressivement, passant du papier ordinaire à des feuilles plastifiées, puis à des matériaux plus résistants. Son intérêt pour la signalisation a été particulièrement stimulé par l’ouverture de la première phase de la ligne Thomson-East Coast, entre Woodlands North et Woodlands South, la même année. Les nouveaux panneaux de sortie, axés sur les numéros plutôt que sur le texte, l’avaient laissé désorienté.
« Sur les lignes plus anciennes, je pouvais choisir une sortie directement depuis le quai. Mais avec le nouveau système, il fallait parfois monter dans le hall pour savoir où menait chaque sortie. »
Vareck Ng
Il estime qu’un design minimaliste ne doit pas se faire au détriment de la clarté, comparant la situation à la signalisation routière : « Si vous conduisez sur l’autoroute et que vous avez un panneau de sortie qui indique simplement ‘Sortie 9’, cela sera très déroutant pour les conducteurs. Pourtant, c’est le cas pour les transports publics. » Selon lui, les panneaux de MRT devraient hiérarchiser l’information : transferts vers d’autres lignes en premier, puis sorties, et enfin les commodités comme les toilettes.
M. Ng utilise régulièrement le vélo pour repérer les problèmes d’infrastructure et d’orientation qui pourraient échapper aux cartes. Il a notamment installé de nombreux panneaux dans l’ouest de Singapour, alors qu’il était étudiant à l’Université technologique de Nanyang, où les arrêts de navette du campus étaient souvent mal indiqués.
Autodidacte en Photoshop, il compare un bon design à une chaise : « Quelque chose que l’on utilise instinctivement, sans avoir à réfléchir. » Il estime que les transports en commun devraient être tout aussi intuitifs. Il s’inspire de villes comme Tokyo, où des mélodies distinctes aident les passagers à se repérer dans le métro, et de militants de Jakarta qui ont été sollicités pour concevoir le système d’orientation de leur ville.
M. Ng est membre des Amis du transport terrestre de la Land Transport Authority (LTA), un groupe de passionnés qui fournit régulièrement des informations à l’autorité. Il affirme que des agents de la LTA ont reconnu son travail et exprimé leur appréciation. Il se réjouit également des améliorations apportées par la LTA en matière d’orientation, citant notamment les nouveaux affichages numériques testés à la station MRT Serangoon pour aider les voyageurs en cas de perturbations.
« C’est une victoire pour la ville », a-t-il déclaré. Au-delà des panneaux d’orientation, il plaide pour des directives de conception standardisées pour les pistes cyclables et une meilleure intégration du vélo dans les plans d’urgence en cas d’interruption du MRT. Il suggère également de rendre les données sur les transports publics plus accessibles, notamment les horaires des trains en temps réel, et espère voir émerger une communauté plus large dédiée à l’amélioration de l’orientation. « À long terme, cela ne peut pas être uniquement moi », a-t-il conclu. « Nous jouons tous un rôle dans notre quartier. »