Publié le 23 octobre 2025. La deuxième saison de Personne ne veut ça, disponible sur Netflix, met en lumière un défi récurrent des comédies romantiques : maintenir l’intérêt une fois le couple formé. Mais cette année, la série se heurte à un écueil plus fondamental : un manque criant de réalisme dans la représentation d’un privilège ostentatoire.
Le genre de la comédie romantique télévisuelle est souvent qualifié de « traître ». L’attraction entre les personnages sert généralement de moteur pour captiver le spectateur et développer leurs personnalités. Cependant, une fois le couple réuni, la série peine à conserver son élan et son étincelle initiale. Ce constat, déjà évoqué par le passé, s’applique particulièrement à la deuxième saison de Personne ne veut ça. Au-delà de ce défi intrinsèque au genre, la nouvelle salve d’épisodes met en lumière un autre thème, plus pressant : le privilège omniprésent, dont les personnages semblent pourtant ignorer la portée.
Le synopsis des nouveaux épisodes, diffusés jeudi dernier sur Netflix, promettait : « D’abord vient l’amour, puis vient la vie ». L’agnostique Joanne, animatrice d’un podcast centré sur elle-même avec sa sœur, est tombée sous le charme de Noah, un rabbin moderne et séduisant. À la fin de la première saison, le couple avait décidé de tenter l’aventure, malgré les incertitudes liées à une relation interconfessionnelle. Désormais, la « vie » est censée suivre son cours. Mais comment cette vie peut-elle se déployer lorsque Personne ne veut ça évolue dans une bulle d’inconsistance flagrante ?
Certes, le petit écran n’est pas tenu de respecter la logique du monde réel. Les fantasmes à l’écran ont toujours eu leur place, à l’instar de Carrie Bradshaw pouvant s’offrir un appartement new-yorkais avec le salaire d’une chroniqueuse hebdomadaire, ou Emily Cooper vivant une vie idyllique à Paris peuplée d’hommes charmants et de garde-robes magiquement renouvelées.
Toutefois, même ces œuvres fantaisistes affichaient une certaine cohérence. Dans Sex and the City, les Manolo Blahnik avaient un prix, et Miranda devait se résoudre à vivre à Brooklyn faute de pouvoir louer un trois-pièces à Manhattan. Dans Emily in Paris, bien que la majorité des personnages soient aisés, Emily elle-même habite un logement exigu et sans ascenseur. Personne ne veut ça, en revanche, semble dénué de tout contexte économique, ce qui rend la vie de ses protagonistes invraisemblable.
Prenons l’exemple de Joanne. Elle vit seule dans ce qui semble être une immense maison dans un quartier huppé de Los Angeles. Sa façon de se déplacer ne suggère pas qu’elle soit une célébrité mondiale, à la manière d’une Alex Cooper, podcasteuse renommée aux États-Unis. Pourtant, un épisode de la nouvelle saison la voit en conflit avec sa sœur, les poussant à cesser la production de leur série commune. À aucun moment, leurs finances ne sont évoquées : comment géreraient-elles l’arrêt de leur activité, les plaintes d’abonnés ou de sponsors ? Ces questions restent en suspens.
Il en va de même pour Noah, le rabbin « tendance ». Durant cette saison, il est amené à réfléchir aux conséquences d’une éventuelle perte de son emploi à la synagogue. Il réside lui aussi seul, dans une maison au design épuré, mais aucune explication n’est fournie quant à sa capacité à maintenir ce train de vie ou aux répercussions financières d’une cessation de salaire. S’agit-il d’un soutien familial ? Est-il subventionné, à l’instar de Joanne ? Même dans Friends, une sitcom décomplexée avec des appartements new-yorkais aux dimensions généreuses, une explication minimale était donnée sur la situation économique de chaque personnage et sur la manière dont ils parvenaient à subvenir à leurs besoins.
Cette bulle fictionnelle, bien qu’initialement distrayante, élimine toute nuance et potentiel narratif. Par exemple, l’idée que la mère de Noah puisse le faire chanter pour maintenir son soutien financier serait une piste intéressante, mais elle est éludée au profit d’une richesse injustifiée. De même, les enjeux géopolitiques liés à l’occupation de Gaza par Israël sont absents, dans un univers où tout semble fantasmé. Il convient de préciser que la critique ne vise pas à transformer Personne ne veut ça en un drame social abordant la crise du logement ou l’épidémie de fentanyl aux États-Unis. L’objectif est simplement de pouvoir appréhender une quelconque réalité derrière les personnages.
Noah et Joanne apparaissent comme deux individus vivant dans une aisance inexplicable, évoluant dans une sorte de vide spatio-temporel où les jours semblent s’écouler sans conséquence. Ils pourraient presque lancer, à la manière d’une comtesse veuve de Downton Abbey, « Qu’est-ce qu’un week-end ? », ne distinguant les jours qu’à travers le sabbat. Dans ce contexte privilégié mais jamais justifié, ils se révèlent fades et invraisemblables, rendant une saison déjà souffrant de conflits répétitifs encore plus creuse. Même Justine Lupe et Jackie Tohn, dans leurs rôles de sœur et belle-sœur, bien qu’apportant une touche comique indéniable, ne peuvent redresser la barre.
Il est possible que cette approche trouve son explication dans l’ascendance de la créatrice, Erin Foster. Fille du musicien David Foster, lauréat de 16 Grammy Awards et producteur emblématique de feu Whitney Houston, elle est également la demi-sœur de Gigi et Bella Hadid. Si la connaissance de l’identité d’Erin Foster et de ses origines éclaire sa vision, il est paradoxal que celle de ses personnages demeure aussi opaque.