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perte de votre bébé après une naissance prématurée

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Publié le 02/11/2025. En France, le congé de deuil après une fausse couche avant 24 semaines de grossesse est un sujet qui gagne du terrain, porté par des initiatives citoyennes et politiques. Le parcours de Judith ten Bokkel, qui a vécu la perte de sa fille Jasmijn à 22 semaines de gestation, met en lumière le besoin criant de reconnaissance légale de ce deuil souvent invisible.

Une douleur ineffaçable, une tristesse méconnue

La perte prématurée d’un enfant, qu’elle survienne avant ou après 24 semaines de grossesse, laisse une cicatrice indélébile dans la vie des parents. Pourtant, aux Pays-Bas, la loi n’accorde un congé de deuil qu’à partir de 24 semaines de grossesse, laissant dans l’ombre la détresse des familles confrontées à une naissance extrêmement prématurée, comme celle de Judith ten Bokkel, 34 ans, et son compagnon Frank. Leur histoire, celle d’une première grossesse interrompue à 22 semaines, est un témoignage poignant de cette douleur silencieuse.

Judith et Frank sont aujourd’hui parents d’une petite Lara, âgée de 2 ans, mais leur second parcours de grossesse a été marqué par l’incertitude, les visites médicales angoissantes et la peur constante de revivre le drame.

Cette démarche, loin d’être une simple retranscription, vise à éclairer un aspect méconnu du deuil périnatal et à plaider pour une reconnaissance sociétale et légale plus juste.

## Un pressentiment lancinant et un appel ignoré

En 2021, Judith, enceinte de son premier enfant, ressent une appréhension inhabituelle. « Je cachais un peu mon ventre », confie-t-elle. « Comme si je voulais le faire disparaître. Peut-être qu’inconsciemment, je me disais : si les choses tournent mal, au moins je n’aurai pas trop marqué le coup. » Malgré des échographies rassurantes et des symptômes de grossesse classiques, un vague sentiment d’inquiétude persiste. « Comme si je savais au fond de moi que quelque chose n’allait pas. »

Les premiers signes, une douleur abdominale, sont minimisés par le corps médical. Un appel à la sage-femme suscite une réponse lénifiante : « Cela fait partie de la grossesse ». Pourtant, le pressentiment de Judith s’intensifie. Après avoir perdu du sang et un importants bouchon muqueux, elle retourne consulter. La sage-femme, sans échographe, constate un rythme cardiaque normal, mais Judith quitte le cabinet avec le sentiment diffus de ne pas être entendue.

## La nuit de l’effroi et l’attente angoissante

Le soir même, sous la douche, le saignement s’intensifie. « C’est faux », réalise-t-elle. Une nouvelle visite de la sage-femme confirme la présence du battement cardiaque, mais recommande un transfert à l’hôpital pour enfants Wilhelmina (WKZ). Le trajet jusqu’à l’hôpital est une épreuve silencieuse pour Judith et Frank, unis par la peur et l’impossibilité de trouver les mots justes.

À l’hôpital, une échographie révèle un fœtus en bonne santé, ravivant brièvement l’espoir. Mais cinq minutes plus tard, un examen interne sonne le glas de cet espoir : Judith est déjà dilatée de deux centimètres, les membranes sont bombées. Le regard désespéré de Frank, figé dans l’incrédulité, reste gravé dans la mémoire de Judith. Ils sont propulsés dans un cauchemar éveillé, submergés par des émotions dévastatrices.

## Un cocon de compassion face à la tragédie

Transfert dans une chambre privée du WKZ, au sein d’un service spécialisé, Judith et Frank découvrent un environnement empreint de chaleur humaine. « Tout le monde a été d’une gentillesse incroyable », témoigne Judith. « Médecins, infirmières, tous ont fait preuve d’une grande humanité et d’une compréhension profonde. Ils nous ont vraiment vus, au-delà de la situation médicale. » Un lien particulier se tisse avec certains soignants, témoins privilégiés de leur douleur. Cette prise en charge « affectueuse » a marqué une étape cruciale dans leur processus de deuil.

## L’insuffisance cervicale, une cause méconnue

Face à la situation critique, les médecins évoquent une insuffisance cervicale, une faiblesse du col de l’utérus qui peut entraîner un accouchement prématuré. Une intervention d’urgence, le cerclage, est envisagée, mais les chances de succès sont minces. Le risque d’infection, potentiellement dangereuse pour le bébé et Judith, plane également. Face à ces incertitudes, Judith s’accroche à des récits de grossesses menées à terme malgré des diagnostics similaires, espérant atteindre au moins 25 semaines de gestation.

« L’insuffisance cervicale est une faiblesse du col de l’utérus, une des causes possibles d’un accouchement (extrêmement) prématuré. Le col peut s’ouvrir trop tôt, souvent sans symptômes évidents, créant une connexion ouverte avec l’extérieur, propice au gonflement des membranes et au déclenchement prématuré du travail. »

Source : Radboud UMC

La nuit venue, les contractions débutent naturellement. Pour Judith, le lien profond avec le bébé qu’elle porte se manifeste par une prise de conscience étrange : « Alors voilà ce que c’est. »

## Une naissance douce, un adieu déchirant

La naissance de Jasmijn, bien que prématurée, se déroule dans une atmosphère paisible et empreinte d’amour. Judith et Frank forment une équipe soudée, vivant ce moment ensemble. Jasmijn, née naturellement, est petite mais complète. Elle a le nez de sa mère et les longues jambes de son père. Trois heures durant, Judith a le droit de la serrer contre elle, de l’entendre émettre de doux sons. Une expérience « tellement spéciale ».

En raison des restrictions sanitaires liées au COVID-19, la famille et la Fondation Still ne peuvent être présents. Les infirmières compensent en prenant des photos et des vidéos, habillant Jasmijn d’un petit bonnet, lui demandant son nom. « Ils nous ont donné le sentiment d’être devenus parents », confie Judith.

Une naissance est qualifiée d’extrêmement prématurée lorsqu’elle survient avant 28 semaines de grossesse. Aux Pays-Bas, la limite de viabilité se situe autour de 24 semaines. Les nouveau-nés nés avant ce terme ont une très faible probabilité de survie, selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

## Un corps en décalage, un cœur brisé

Le corps de Judith réagit comme lors d’un accouchement « normal » : les hormones s’affolent, la lactation commence, tout un mécanisme se met en place pour accueillir et prendre soin d’un bébé. « Votre corps pense qu’il y a un bébé », explique-t-elle, la voix empreinte d’émotion. « Votre corps déborde d’amour, mais vos bras sont vides. Il n’y a pas de bébé à ramener à la maison. » La perte de Jasmijn est aggravée par une complication post-accouchement : le placenta ne se détache pas, nécessitant une intervention chirurgicale et entraînant une hémorragie de plus de deux litres. Cette perte de sang, conjuguée à la perte de sa fille, ébranle sa confiance en son propre corps, marquant le début d’une longue convalescence, physique, émotionnelle et mentale.

« Et puis vient le moment le plus difficile : quitter l’hôpital et vous laisser derrière vous. Frank pousse le fauteuil roulant à travers le couloir. Mon estomac est vide – ça ne me semble pas bien. Dans ma tête, je suis toujours enceinte. Sur mes genoux se trouve une valise gris clair avec des étoiles blanches. Elle contient des moulages en plâtre de vos mains et de vos pieds, le chapeau que vous portiez et quelques documents. Vous restez au WKZ. Cela semble être la bonne décision, mais c’est insupportable. Je n’ai pas de bébé dans les bras, pas de Maxi-Cosi sur mes genoux. Juste cette mallette. Je le considère comme mon bien le plus précieux. »

Extrait du journal de Judith

## La reconnaissance légale, un chemin vers le deuil

Malgré le temps écoulé, la douleur reste vive pour Judith. « J’ai accouché. Elle a vécu. Jasmijn a fait de nous des parents pour la première fois. Elle fait partie de nos vies. Peu importe qu’un enfant pèse quatre kilos ou six cents grammes : elle était là. »

La seconde partie de ce témoignage explorera le parcours de Judith et Frank après cette épreuve, ainsi que les initiatives visant à faire évoluer la législation sur le congé de deuil. L’histoire de Judith soulève une question sociétale essentielle : « Comment pouvons-nous, en tant que société, gérer le deuil en cas de perte prématurée ? »

## L’appel à un congé de deuil pour les pertes précoces

Juliet Broersen, conseillère municipale à Amsterdam pour Volt, et Lian Heinhuis, conseillère du parti PvdA, militent pour l’instauration d’un congé de deuil après une fausse couche avant 24 semaines de grossesse. Leur engagement a été déclenché par l’expérience d’une membre de leur équipe, confrontée à une fausse couche précoce.

Une pétition, initiée par la journaliste indépendante Fidessa van Rietschoten et le docteur Renée Out, demande l’instauration de deux semaines de congé de deuil légal en cas de perte précoce de grossesse. Cette pétition, soumise au Parlement néerlandais le 9 septembre, a recueilli plus de 6 000 signatures.

Pétition pour un congé de deuil légal après une perte précoce en grossesse

## Le deuil reconnu, le chagrin autorisé

Pour Juliet Broersen, « la perte est une perte, et le chagrin est un chagrin ». La reconnaissance légale de ces pertes, quel que soit le stade de la grossesse, envoie un message fort : « votre tristesse peut exister ». Cette légalisation contribue à briser le tabou entourant le deuil périnatal. En affirmant publiquement l’importance de ce deuil, la société encourage une parole plus libre et une prise en charge plus humaine, loin du recours à l’arrêt maladie qui stigmatise et invisibilise la douleur.

Les initiatives comme celles de Broersen et Heinhuis contribuent à faire évoluer les mentalités, démontrant que le congé de deuil après une perte précoce n’est pas un luxe, mais une nécessité pour les parents endeuillés, les employeurs bienveillants et une société qui choisit d’accompagner plutôt que de juger.

Actuellement, une motion a été adoptée aux Pays-Bas pour introduire un congé de deuil après une fausse couche avant 24 semaines. Concrètement, les employées de la municipalité d’Amsterdam bénéficient déjà d’un congé payé. Les négociations collectives devraient prochainement intégrer ce congé pour les deux parents au niveau national.

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