Un rapport scientifique international, paru le 3 octobre 2025, appelle à une révolution des systèmes alimentaires mondiaux. Il met en lumière le rôle crucial du poisson dans une alimentation durable, tout en soulignant l’urgence de pratiques de pêche responsables pour préserver les océans. L’Allemagne, quant à elle, consomme bien moins de poisson que la recommandation établie pour un régime planétaire sain.
Comment nourrir une population mondiale croissante tout en respectant les limites écologiques de notre planète ? C’est la question centrale à laquelle répond le nouveau rapport de la Commission EAT-Lancet, une synthèse scientifique majeure qui prône une transformation radicale de nos modes de production et de consommation alimentaires. Le document alerte : les pratiques actuelles mettent en péril notre santé, la sécurité alimentaire mondiale, le climat et la biodiversité. La production alimentaire est responsable d’environ 30 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.
Le rapport, baptisé « Régime de santé planétaire », propose des pistes concrètes pour une alimentation à la fois saine et écologiquement viable. Il privilégie une base végétale, tout en autorisant une consommation ciblée et durable de produits d’origine animale. Parmi ces derniers, le poisson et les fruits de mer occupent une place de choix. Ils constituent les seuls aliments d’origine animale dont la consommation devrait augmenter dans certaines régions, afin d’atteindre les objectifs nutritionnels et écologiques fixés pour 2050.
La recommandation quotidienne s’établit à environ 30 grammes de poisson par personne, soit l’équivalent de deux portions par semaine. Une quantité qui reste largement hors de portée pour de nombreuses populations. En Allemagne, la consommation moyenne s’élève à seulement 14,7 grammes par jour, bien en deçà de ce seuil. Pour mettre en œuvre ce « Régime de santé planétaire » à l’échelle mondiale, une augmentation annuelle de 46 % de la production mondiale de poisson serait nécessaire.
Le poisson est plébiscité pour ses qualités nutritionnelles, notamment sa richesse en acides gras oméga-3, en protéines et en micronutriments essentiels. Son avantage écologique est particulièrement marqué pour le poisson sauvage : une ressource naturelle renouvelable qui ne requiert ni terres agricoles, ni engrais, ni pesticides, ni aliments d’appoint. Cependant, l’exploitation des ressources marines atteint déjà ses limites. Selon les données actuelles de la FAO, près de 37,7 % des stocks de poissons marins sont considérés comme surexploités, une tendance préoccupante qui s’est accentuée ces dernières années.
« Nos océans, fleuves et lacs, qui couvrent 71 % de la planète, ne nous fournissent actuellement qu’environ 5 % de notre alimentation », rappelle Kathrin Runge, responsable du programme DACH au Marine Stewardship Council (MSC). « Le rapport EAT-Lancet met en évidence l’immense potentiel de ces milieux pour nourrir la population mondiale. Mais cela n’est possible qu’à une condition : agir de manière responsable. La pêche et l’aquaculture non durables compromettent gravement les écosystèmes marins. »
Garantir un approvisionnement en poisson équitable et durable exige des réglementations claires, une volonté politique forte et une collaboration étroite entre les secteurs de la pêche et du commerce, la communauté scientifique, les ONG et les consommateurs. Choisir des produits portant le label bleu du MSC est un acte concret qui soutient une pêche respectueuse de l’environnement et contribue ainsi à la protection des océans et à la sécurité alimentaire mondiale.