Publié le 2025-10-11 07:58:00. Des chercheurs de l’Université McGill et de l’Institut Douglas ont identifié deux types de cellules cérébrales spécifiquement touchées par la dépression, une découverte qui pourrait ouvrir la voie à de nouveaux traitements ciblés.
- L’étude a révélé des altérations dans l’activité génétique de neurones régulant l’humeur et le stress, ainsi que dans des cellules immunitaires du cerveau (microglie).
- Cette avancée, publiée dans *Nature Genetics*, s’appuie sur l’analyse d’un millier de cellules cérébrales individuelles issues d’une banque de dons post-mortem.
- Elle vient confirmer que la dépression a des bases biologiques concrètes, loin d’une simple détresse émotionnelle.
Une percée significative dans la compréhension de la dépression a été réalisée par une équipe de scientifiques des universités McGill et Douglas. Ces chercheurs ont réussi à identifier précisément deux populations distinctes de cellules cérébrales dont l’activité est modifiée chez les personnes atteintes de cette maladie dévastatrice, qui affecte plus de 264 millions de personnes dans le monde et constitue une cause majeure d’invalidité.
La recherche, détaillée dans la revue *Nature Genetics*, offre des indices précieux pour le développement de nouvelles thérapies. Elle apporte un nouvel éclairage sur les mécanismes complexes de la dépression.
« C’est la première fois que nous parvenons à identifier quels types de cellules cérébrales spécifiques sont affectés par la dépression en cartographiant l’activité des gènes ainsi que les mécanismes qui régulent le code ADN », a souligné le Dr Gustavo Turecki, auteur principal de l’étude. Professeur à McGill, clinicien-chercheur à l’Institut Douglas et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur le trouble dépressif majeur et le suicide, il ajoute : « Cela nous donne une image beaucoup plus claire de l’endroit où les perturbations se produisent et des cellules impliquées. »
Une banque de cerveaux rare à la base de la découverte
Pour mener à bien ces travaux, l’équipe a exploité une ressource d’une valeur inestimable : la banque de cerveaux Douglas-Bell Canada. Il s’agit de l’une des rares collections au monde à contenir des tissus cérébraux post-mortem provenant de personnes ayant souffert de troubles psychiatriques. L’analyse génomique unicellulaire de pointe a permis d’examiner l’ARN et l’ADN de milliers de cellules cérébrales individuelles. Cette approche a révélé les différences d’expression génique chez les personnes déprimées par rapport aux sujets de contrôle, permettant de relier ces variations à des séquences d’ADN spécifiques. L’étude a porté sur les tissus de 59 personnes souffrant de dépression et de 41 autres.
Les conclusions révèlent des modifications dans l’activité des gènes de deux types cellulaires clés : une catégorie de neurones excitateurs, essentiels à la régulation de l’humeur et de la réponse au stress, et un sous-type de microglie, les cellules immunitaires du cerveau qui jouent un rôle dans l’inflammation. Dans ces deux types cellulaires, de nombreux gènes présentaient une expression altérée chez les personnes déprimées, suggérant des perturbations potentielles dans des circuits neuronaux fondamentaux.
En identifiant les cellules spécifiques touchées, cette étude contribue à démystifier la dépression et à combattre les visions simplistes de la maladie. « Cette recherche renforce ce que les neurosciences nous disent depuis des années », a affirmé le Dr Turecki. « La dépression n’est pas seulement émotionnelle, elle reflète des changements réels et mesurables dans le cerveau. »
Les scientifiques envisagent désormais d’approfondir l’étude de l’impact de ces changements cellulaires sur le fonctionnement cérébral, et d’explorer si leur ciblage pourrait mener à des traitements plus efficaces.
À propos de l’étude
L’article intitulé « Le profil d’accessibilité de la chromatine à noyau unique identifie les types de cellules et les variantes fonctionnelles contribuant à la dépression majeure » par Anjali Chawla, Gustavo Turecki et al. a été publié dans *Nature Genetics*. L’étude a été financée par les Instituts de recherche en santé du Canada, la Fondation Brain Canada, le Fonds de recherche du Québec – Santé, et l’initiative Cerveaux en santé de l’Université McGill.