Publié le 25 février 2026. La visite du Premier ministre indien Narendra Modi en Israël, marquée par un soutien affirmé à la politique israélienne à Gaza, illustre un rapprochement stratégique croissant entre les deux pays, suscitant des inquiétudes à Islamabad quant à un réalignement géopolitique régional.
Quelques jours avant l’arrivée de Narendra Modi à Tel Aviv le mercredi 25 février, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a dévoilé un projet de « Hexagone des alliances » régional, plaçant l’Inde au centre d’un réseau incluant la Grèce, Chypre et plusieurs États arabes et africains, dans le but de contrer les « axes radicaux » qu’il identifie comme des menaces pour la sécurité régionale.
L’Inde est désormais le premier client d’armes d’Israël, et les discussions cette semaine portent sur la défense, l’intelligence artificielle, l’informatique quantique et la cybersécurité. Un nouveau cadre classifié devrait faciliter les exportations israéliennes de matériel militaire vers l’Inde, notamment le système laser de défense Iron Beam (100 kW) et une possible coopération pour la production locale du système antimissile Iron Dome.
Selon Masood Khan, ancien ambassadeur du Pakistan aux États-Unis et aux Nations Unies, cette visite pourrait aboutir à la signature d’un accord stratégique spécial entre l’Inde et Israël, comparable à celui conclu entre le Pakistan et l’Arabie saoudite en septembre 2025. L’accord saoudien-pakistanais a marqué un tournant dans la géopolitique régionale.
Les liens de défense entre l’Inde et Israël ne sont pas uniquement unidirectionnels. Une enquête d’Al Jazeera a révélé que des entreprises indiennes d’armement ont fourni des roquettes et des explosifs à Israël pendant la guerre à Gaza en 2024.
L’alignement croissant de l’Inde avec Israël a des implications directes pour le Pakistan. Masood Khalid, ancien ambassadeur du Pakistan en Chine, souligne que les deux pays renforcent leur coopération stratégique dans les domaines de la défense, de la lutte contre le terrorisme, de la cybersécurité et de l’intelligence artificielle. Il rappelle également que l’Inde a utilisé des plateformes d’origine israélienne lors des affrontements aériens avec le Pakistan en mai 2025.
La proposition de Netanyahu d’un « Hexagone » vise à contrer ce qu’il considère comme deux « axes radicaux » : l’axe chiite, qu’il affirme avoir affaibli, et un « axe sunnite radical émergent ». Les analystes suggèrent que ce dernier pourrait inclure la Turquie et les pays qui ont renforcé leurs liens avec Riyad et Ankara, comme le Pakistan.
Umer Karim, chercheur associé au Centre King Faisal pour la recherche et les études islamiques, estime que l’Inde et Israël ont conclu un partenariat stratégique, d’autant plus important que les deux gouvernements ont été critiqués pour leurs actions. Le Premier ministre Netanyahu a accueilli Narendra Modi avec une cérémonie officielle à l’aéroport Ben Gourion.
Les décideurs pakistanais doivent évaluer si les liens avec l’Arabie saoudite et la Turquie sont suffisants pour contrebalancer le partenariat indo-israélien. L’Inde et Israël partagent une doctrine de sécurité axée sur la lutte contre ce qu’ils qualifient de « radicalisme islamique ».
Le Pakistan doit également tenir compte de ses relations économiques avec les pays du Golfe, notamment l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar et le Koweït, tout en cherchant à renforcer la coopération régionale avec l’Asie centrale, la Turquie et l’Iran. La géoéconomie, par le biais du commerce et de la connectivité, devrait être au cœur de cette coopération.
Dans un contexte régional tendu, le Pakistan s’efforce également de jouer un rôle d’apaisement, notamment en ce qui concerne l’Iran, face aux menaces d’action militaire de Washington et aux pressions israéliennes pour un changement de régime à Téhéran.