Publié le 2024-07-17 10:30:00. Les États-Unis et leurs alliés lancent un partenariat stratégique pour sécuriser l’approvisionnement en minéraux essentiels à la transition énergétique, tout en soulevant des questions sur les pratiques environnementales et sociales des pays producteurs. Cette initiative vise à diversifier les chaînes d’approvisionnement mondiales face à la domination de certaines puissances.
- Le Partenariat pour la Sécurité Minière (Mineral Security Partnership, MSP), lancé en 2022 par le Département d’État américain, réunit 14 pays et l’Union Européenne pour accélérer les investissements dans des chaînes d’approvisionnement minérales responsables.
- L’initiative met l’accent sur des minéraux critiques comme le lithium, le cobalt, le nickel et les terres rares, indispensables aux technologies d’énergie propre et aux systèmes de défense.
- Les pays participants s’engagent à respecter des normes environnementales strictes et à promouvoir les droits des communautés locales, sous peine d’être exclus des financements et transferts technologiques mondiaux.
L’objectif principal du MSP est de sécuriser l’accès aux minéraux nécessaires à la transition énergétique mondiale, tels que le lithium, le cobalt, le nickel, le manganèse, le graphite, les éléments de terres rares et le cuivre. Ces ressources sont fondamentales pour la fabrication de batteries de véhicules électriques, de systèmes de stockage d’énergie, d’aimants pour éoliennes, ainsi que pour les technologies de défense avancées. Le partenariat, qui compte actuellement 14 pays membres dont l’Australie, le Canada, le Japon et l’Allemagne, ainsi que l’Union Européenne, vise à encourager les investissements publics et privés dans des chaînes d’approvisionnement mondiales « responsables ». Les pays majeurs producteurs ou transformateurs comme la Chine, la Russie, l’Argentine, le Chili et la Malaisie n’en font pas partie. L’Inde, bien que prétendument membre, exprime régulièrement des réserves reflétant les préoccupations des pays en développement.
Le MSP fonctionne par le biais de groupes de travail dédiés à des projets spécifiques. Ces groupes évaluent la viabilité des projets, leur conformité aux normes environnementales, sociales et de gouvernance (ESG), ainsi qu’aux objectifs stratégiques du partenariat. Les gouvernements membres coordonnent leurs efforts à travers leurs diverses agences (affaires étrangères, économie, énergie, commerce, financement du développement). Actuellement, plus d’une douzaine de projets miniers mondiaux sont examinés, incluant des initiatives de transformation et de recyclage. Le soutien apporté peut être financier, diplomatique ou d’une autre nature.
La stratégie du MSP s’inscrit dans un contexte géopolitique où la Chine exerce une domination considérable sur la transformation de nombreux minéraux critiques. Selon la « Revue du marché des minéraux critiques 2023 » de l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE), la Chine traite 65 % du lithium mondial, 17 % du nickel, 42 % du cuivre et 74 % du cobalt, et contrôle même 90 % de la production d’éléments de terres rares et 100 % de celle de graphite. L’Indonésie, en particulier, est un acteur majeur dans la production de nickel, représentant 43 % du marché mondial.
Dans ce cadre, le sous-secrétaire d’État américain à la croissance économique, à l’énergie et à l’environnement, José Fernandez, s’est rendu en Indonésie à la mi-juillet 2024. Il a abordé les pratiques environnementales indonésiennes, la participation des communautés locales et l’influence des entreprises chinoises. Fernandez a souligné l’intérêt de l’Indonésie à rejoindre le MSP, promettant des investissements bénéfiques pour les communautés locales, le respect des lois du travail et des réglementations environnementales. L’Indonésie est également considérée comme un hub potentiel pour les semi-conducteurs.
Le gouvernement indonésien, représenté par le ministre coordinateur de l’Économie, Airlangga Hartarto, a exprimé son désir de coopération bilatérale, à l’instar de celle entre les États-Unis et le Japon. L’Indonésie dispose d’un levier de négociation important grâce à ses ressources en cuivre et cobalt. Le pays s’est doté de cadres réglementaires solides, tels que les évaluations d’impact environnemental (AMDAL) et l’obligation de participation communautaire prévues par la loi sur la protection et la gestion de l’environnement (Loi n° 32/2009), ainsi que des dispositions sur les bonnes pratiques minières et la protection environnementale dans la loi sur l’extraction de minéraux et de charbon (Loi n° 3/2020). L’Indonésie adhère également à l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE), prônant une exploitation minière responsable.
L’approche du président élu Prabowo Subianto, qui a adopté une position diplomatique indépendante en se rendant à la fois en Chine, en Russie, en Turquie, tout en maintenant des liens avec les États-Unis et l’UE, est perçue comme un signal positif. Le MSP, en tant que partenariat, doit reposer sur l’égalité, l’équilibre, le dialogue et la volonté d’écoute mutuelle, et non sur l’imposition unilatérale de conditions. C’est dans cet esprit que l’Indonésie, les États-Unis et les autres nations visent à collaborer pour un avenir énergétique plus sûr et plus durable.