À Saint-Herblain, en banlieue nantaise, la lassitude grandit face au vacarme incessant des rodéos motorisés. Malgré une accalmie saisonnière, les habitants de cette commune de Loire-Atlantique expriment leur exaspération face aux cavalcades de motos et de voitures modifiées qui sillonnent leurs rues et espaces verts, semant le trouble et l’insécurité.
Depuis près de trois ans, ce manège infernal empoisonne le quotidien des riverains. Motos pétaradantes, voitures aux échappements retentissants dévalent à toute allure, de jour comme de nuit, à travers le bourg, sa coulée verte et les marais voisins. Les saisons passent, mais le phénomène, bien que fluctuant, persiste. Les témoins impuissants de ces nuisances, privés de leur tranquillité, ne sourient plus. Le sentiment d’impunité de ces conducteurs alimente la peur d’un accident tragique.
« Les gens sont fous de colère. Ces engins font un bruit extraordinaire et circulent en toute liberté. On se croirait dans une zone de non-droit », déplore Pierrick Guisnel, président du collectif « Les habitants ont la parole ». Les quartiers de Pelousière, Bourgonnière et Solvardière sont particulièrement touchés par ces nuisances sonores intermittentes. « Quand on leur fait des remarques, les conducteurs nous menacent. Les habitants sont à bout de nerfs », témoigne David, dont le domicile est proche d’un accès à l’espace vert prisé par ces « virées sauvages ». « Certains vivent avec le chant des cigales, nous, c’est avec le bruit des motocross », constate-t-il, résigné.
Au-delà du bruit, les dégradations matérielles sont constatées : panneaux renversés, poteaux écrasés. L’insécurité routière est également une préoccupation majeure. David raconte avoir vu une moto frôler une personne âgée près de l’école de la Pelousière. Julie, arrivée en août 2024 avec sa famille, a quant à elle évité de peu une collision il y a quelques mois : alors qu’elle circulait avec ses deux enfants, une motocross est apparue en sens inverse à vive allure, conduite par une personne cagoulée. L’intervention rapide de la Brigade Anti-Criminalité (BAC) n’a pas empêché la peur dévorante de s’emparer de la jeune mère, contrainte de freiner brutalement pour éviter le choc.
Police et municipalité sont conscientes du problème. Une réunion publique tendue s’est tenue le 2 juillet, révélant un fossé entre le ressenti des habitants et l’analyse des autorités. Pour la police nationale, il s’agit de « troubles mineurs à l’ordre public », de nature « cyclique et saisonnière ». Éric Eudes, directeur adjoint de la police en Loire-Atlantique, tempère : « Comme ce secteur résidentiel est d’ordinaire très calme, le moindre écart est durement ressenti ». Le commissariat de Saint-Herblain nuance : « Des motocross non homologuées qui traversent l’agglomération en faisant du bruit, c’est une nuisance sonore, pas un rodéo ». Néanmoins, une « légère augmentation » des plaintes pour incivilités et troubles à l’ordre public a été enregistrée depuis 2024.
Plusieurs actions ont été menées depuis février dans le quartier de Pelousière, incluant des descentes et des opérations avec l’appui de drones et du CRS 82. La police estime la délinquance locale globalement maîtrisée depuis la fin de l’été. Cependant, pour Pierrick Guisnel, « une accalmie n’est pas une disparition ». Il craint un retour du phénomène au printemps, tant « les accès au marais restent ouverts et les jeunes sont toujours là ».
Dans l’opposition, Matthieu Annereau (Renaissance) critique l’exécutif socialiste de Saint-Herblain, dénonçant un « blocage idéologique ». Selon lui, la mairie refuse de développer la vidéoprotection, d’interdire les regroupements ou de modifier l’urbanisme pour freiner ces nuisances. À ce jour, seule une réfection de carrefour est prévue pour lutter contre les regroupements. Les chemins d’accès aux espaces naturels restent ouverts, alors que la police avait suggéré de les bloquer aux deux roues. Les élus locaux n’ont pas donné suite à ces propositions. La mairie de Saint-Herblain n’a pas répondu aux sollicitations du Figaro.