Le prix Nobel de physiologie ou médecine 2025 récompense trois immunologues pour leurs découvertes fondamentales sur les mécanismes de défense du corps. Leurs travaux ont mis en lumière le rôle crucial des cellules T régulatrices dans la prévention des attaques du système immunitaire contre les propres tissus de l’organisme, ouvrant la voie à de nouvelles pistes thérapeutiques.
- Trois immunologues – Mary E. Brunkow et Fred Ramsdell (États-Unis), ainsi que Shimon Sakaguchi (Japon) – ont été distingués pour leurs recherches sur la tolérance immunitaire périphérique.
- Leurs découvertes éclairent le fonctionnement des cellules T régulatrices, garantes de l’équilibre immunitaire et garantes contre les maladies auto-immunes.
- Ces travaux ouvrent des perspectives pour le traitement de maladies auto-immunes, de cancers et pour améliorer les greffes d’organes.
Le comité Nobel a annoncé ce lundi ses lauréats pour le prix de médecine, distinguant cette année des recherches menées dès les années 1980 et 1990. Le montant du prix, fixé à 11 millions de couronnes suédoises (environ 9,1 millions de dollars de Hong Kong), sera partagé à parts égales entre les trois scientifiques. Cette distinction souligne que les avancées majeures peuvent avoir des origines anciennes et que leur reconnaissance prend parfois du temps.
Au cœur de leurs travaux se trouve le concept de « tolérance immunitaire périphérique ». Il s’agit d’un mécanisme de protection secondaire, distinct de la « tolérance centrale » qui s’opère lors du développement des cellules immunitaires dans le thymus. Alors que la tolérance centrale vise à éliminer les cellules T agressives avant qu’elles ne quittent le thymus, la tolérance périphérique assure une surveillance continue pour éviter que des cellules potentiellement dangereuses ne déclenchent des réactions indésirables.
Le système immunitaire, notre rempart contre les agents pathogènes, peut parfois mal fonctionner et attaquer les propres cellules de l’organisme, provoquant des maladies auto-immunes telles que le lupus érythémateux ou la sclérose en plaques. Les recherches primées ont permis d’identifier les acteurs clés de cette régulation : les cellules T régulatrices (Treg).
Le « chef d’escouade » du système immunitaire : cellules T régulatrices
Ces cellules Treg agissent comme les « chefs d’orchestre » du système immunitaire, veillant à ce que les autres cellules immunitaires ne s’emballent pas et n’attaquent pas les tissus sains. Sans leur action régulatrice, le corps humain serait exposé à un risque d’autodestruction.
Le professeur Shimon Sakaguchi, immunologiste japonais de 74 ans, a joué un rôle pionnier dans cette découverte. Ses travaux, publiés en 1995, ont mis en évidence l’existence d’une population de cellules T, identifiées par les marqueurs protéiques CD4 et CD25, capables d’inhiber les réponses immunitaires. Il les a baptisées « cellules T régulatrices ». Bien que controversées à leurs débuts, ces recherches ont ouvert un nouveau champ d’investigation en immunologie.
Découverte de gènes clés pour soutenir la théorie de Sakaguchi
Parallèlement, les chercheurs américains Mary E. Brunkow et Fred Ramsdell ont suivi une piste différente dans les années 1990. En étudiant une souche de souris mutante souffrant de graves troubles immunitaires, ils ont identifié en 2001 un nouveau gène, baptisé Foxp3. Ils ont découvert que des mutations sur ce gène entraînaient chez l’homme une maladie auto-immune rare et souvent fatale, le syndrome IPEX, qui se manifeste généralement chez les nourrissons de sexe masculin.
Cette découverte a apporté une confirmation essentielle aux travaux du professeur Sakaguchi. En 2003, son équipe a ainsi pu confirmer que le gène Foxp3 était le facteur déterminant dans la production et le fonctionnement des cellules T régulatrices. L’équilibre immunitaire de l’organisme est donc étroitement lié à l’activité de ce seul gène.
Une nouvelle ère pour les traitements
Les avancées de ces trois scientifiques ont révolutionné la compréhension de l’immunologie et ouvert des perspectives thérapeutiques prometteuses. Depuis la publication de leurs recherches, plusieurs pistes de recherche se sont développées.
Dans le domaine des maladies auto-immunes, des essais cliniques explorent l’utilisation de la thérapie par microdosage d’interleukine-2 (IL-2) pour stimuler la croissance des cellules T régulatrices. L’objectif est d’inhiber les réactions immunitaires excessives et de proposer de nouvelles options pour des maladies comme le lupus ou le diabète de type 1.
En oncologie, l’immunothérapie se heurte parfois à des tumeurs qui s’entourent de cellules Treg, formant une barrière protectrice. Les scientifiques cherchent à affaiblir cette barrière pour renforcer l’efficacité des traitements comme les inhibiteurs de PD-1.
Enfin, dans le domaine des transplantations d’organes et des thérapies par cellules souches, les cellules T régulatrices jouent un rôle clé pour prévenir le rejet. Des recherches visent à isoler et cultiver ces cellules pour les réintroduire chez les patients, réduisant ainsi les risques de complications immunitaires post-transplantation.
« La découverte de ces trois lauréats nous éclaire sur les raisons pour lesquelles la plupart des gens ne souffrent pas de maladies auto-immunes graves, et offre également aux médicaments la possibilité d’inverser ces atteintes. »
Olle Kämpe, président du comité Nobel