Publié le 2024-10-27 14:35:00. Une chirurgie bariatrique, bien que destinée à améliorer la santé physique, peut être associée à un risque accru de troubles mentaux tels que la dépression, l’anxiété et les comportements suicidaires, soulignant la nécessité d’un suivi psychologique adapté.
- Les patients ayant subi une chirurgie bariatrique présentent un risque plus élevé de dépression et de comportements suicidaires, parfois même avant de constater les effets positifs de la perte de poids.
- La stigmatisation liée au poids et les attentes irréalistes concernant les résultats de la chirurgie peuvent contribuer à ces problèmes de santé mentale.
- Un accompagnement psychologique complet, tenant compte des facteurs psychosociaux et des effets hormonaux de la chirurgie, est essentiel pour assurer le bien-être des patients.
La chirurgie bariatrique, une option thérapeutique pour l’obésité sévère, est de plus en plus pratiquée. Cependant, au-delà des bénéfices physiques attendus, une étude révèle que cette intervention peut avoir des conséquences importantes sur la santé mentale des patients. Des recherches récentes mettent en évidence une augmentation des taux de dépression, d’anxiété, de troubles de l’alimentation, d’automutilation et même de tentatives de suicide après une chirurgie bariatrique.
Si certaines études montrent une amélioration de l’état dépressif après l’opération, d’autres rapportent des résultats mitigés, voire une aggravation des troubles mentaux. Une étude suédoise menée en 2024 sur des adolescents ayant subi une chirurgie bariatrique n’a révélé aucune amélioration de leur santé mentale dix ans après l’intervention, malgré une perte de poids significative.
« Il est important que les professionnels de santé s’assurent que les patients comprennent que ces interventions chirurgicales affectent les niveaux d’hormones et l’absorption des médicaments, ce qui peut modifier l’efficacité des traitements, y compris les médicaments psychiatriques, et contribuer à l’augmentation de la dépression et des tendances suicidaires chez les patients subissant une chirurgie de perte de poids. »
Lisa Du Breuil, assistante sociale clinicienne agréée
Pour mieux comprendre ces enjeux, Conseiller en psychiatrie a interrogé Lisa Du Breuil, assistante sociale clinicienne spécialisée dans le suivi des patients après une chirurgie bariatrique, et Rachel Millner, psychologue spécialisée dans les troubles de l’alimentation. Lisa Du Breuil souligne l’existence de preuves claires d’une augmentation des taux de dépression et de comportements suicidaires après une chirurgie bariatrique. Une étude canadienne a notamment révélé une augmentation d’environ 50 % des comportements d’automutilation dans les trois années suivant l’opération, par rapport à la période précédant l’intervention.
Rachel Millner met en garde contre le biais potentiel des études financées par des entreprises ayant un intérêt commercial dans la chirurgie bariatrique. Elle insiste également sur la nécessité de prendre en compte la stigmatisation liée au poids, qui peut influencer les résultats observés. Selon elle, l’amélioration des symptômes dépressifs constatée chez certains patients pourrait être liée à une diminution de cette stigmatisation plutôt qu’à la chirurgie elle-même.
« Premièrement, une quantité importante de recherches sur la chirurgie bariatrique et d’autres méthodes de perte de poids sont financées par des entreprises et des chercheurs qui profitent de ces méthodes. Il existe donc une motivation pour présenter les résultats d’une manière qui présente la chirurgie bariatrique sous un jour positif. »
Rachel Millner, psychologue agréée
Les facteurs de risque de troubles mentaux après une chirurgie bariatrique sont multiples. Les patients peuvent avoir des difficultés à se projeter dans leur nouvelle vie et à gérer les changements physiques et émotionnels. L’abus d’alcool, qui survient généralement plusieurs années après l’opération, est également une préoccupation majeure. De plus, la chirurgie bariatrique est souvent envisagée comme une solution de dernier recours après des années de régimes infructueux, ce qui peut engendrer un sentiment de désespoir en cas d’échec.
Rachel Millner souligne que l’incidence du divorce est également plus élevée après une chirurgie bariatrique. Elle rappelle également que de nombreux patients ne sont pas dépistés pour des troubles de l’alimentation préexistants, qui peuvent s’aggraver après l’intervention, ou en développer de nouveaux. Compte tenu du fait que les régimes sont un facteur de risque majeur de troubles du comportement alimentaire, le risque augmente significativement après une chirurgie bariatrique.
Les troubles mentaux peuvent affecter les résultats à long terme et la qualité de vie des patients après une chirurgie bariatrique. La gestion de la douleur, la malnutrition et les restrictions alimentaires peuvent également être sources de stress et de frustration. Il existe peu de preuves disponibles dans la littérature sur les résultats à long terme ; cependant, il est raisonnable de s’attendre à ce que les patients souffrant de dépression ou d’autres problèmes de santé mentale avant la chirurgie puissent continuer à ressentir les mêmes symptômes après la chirurgie.
Les professionnels de santé doivent donc aborder ces questions avec sensibilité et proposer un accompagnement psychologique adapté. Lisa Du Breuil recommande de se former aux approches tenant compte du poids, comme la Santé à toutes les tailles®, et de consulter des cliniciens spécialisés dans le suivi des patients ayant subi une chirurgie bariatrique. Elle suggère également de se référer au répertoire de l’Association pour la diversité des tailles et la santé et au site Considérations sur la chirurgie de perte de poids.
Rachel Millner insiste sur la nécessité pour les professionnels de santé mentale de lutter contre leur propre stigmatisation liée au poids afin de mieux soutenir les patients. Elle recommande également de proposer des soins axés sur la confiance corporelle (Confiance corporelle®) et de tenir compte des préjugés systémiques liés au poids. Il est également important de rappeler aux patients que la reprise de poids est fréquente après une chirurgie bariatrique et de les accompagner dans cette éventualité.
En conclusion, la chirurgie bariatrique est une intervention complexe qui nécessite une prise en charge globale, incluant un suivi psychologique attentif et une approche respectueuse des patients. L’ Association pour une médecine inclusive du poids et de la taille est une ressource supplémentaire pour les cliniciens.