Les salles opératoires, par leur concentration d’oxygène, de produits inflammables et de sources d’ignition, présentent un risque d’incendie spécifique. Une évaluation rigoureuse et continue des risques, ainsi que des protocoles d’urgence adaptés, sont essentiels pour garantir la sécurité des patients et du personnel.
Bien que rares, les incendies chirurgicaux peuvent avoir des conséquences graves. Une analyse des données de la FDA a recensé 565 incidents sur une période de 20 ans ayant entraîné des blessures pour les patients ou le personnel soignant, soulignant l’importance d’une approche proactive.
« Les salles d’opération sont des environnements dynamiques qui nécessitent une évaluation régulière de la sécurité », explique Richard Parker, directeur associé, environnement physique et sécurité des personnes à la Commission d’accréditation des soins de santé (ACHC). « Le niveau de risque varie en fonction de la procédure, du matériel utilisé et même des personnes présentes. Ce qui est acceptable dans un cas peut devenir dangereux dans un autre. »
L’ACHC recommande quatre bonnes pratiques pour renforcer la prévention des incendies chirurgicaux :
Commencer par une évaluation des risques réaliste
Une prévention efficace repose sur une évaluation continue et approfondie des risques. Les salles opératoires, contrairement à d’autres zones d’un établissement de santé, exigent une attention particulière car un incendie peut se déclarer directement sur le patient.
Ces évaluations doivent prendre en compte les équipements électriques, les appareils utilisant de l’énergie (électrochirurgie, lasers), les méthodes d’administration d’oxygène et la présence de substances inflammables. Il est également crucial de mettre à jour régulièrement ces évaluations pour tenir compte des nouvelles technologies, des procédures modifiées et des changements de personnel.
« Trop souvent, les évaluations des risques se limitent à une simple formalité », déplore José Domingos, président-directeur général de l’ACHC. « Les organisations les plus performantes prennent le temps d’examiner l’évolution des conditions et d’adapter leurs mesures de contrôle en conséquence. »
L’évaluation permet également de s’assurer que les hôpitaux disposent d’extincteurs appropriés. Si les extincteurs à poudre chimique sont courants, leur utilisation à proximité d’un patient peut présenter des risques supplémentaires. De nombreux établissements privilégient donc les extincteurs à brouillard d’eau ou au dioxyde de carbone à l’intérieur des salles d’opération, réservant les extincteurs à poudre chimique pour l’extérieur.
Contrôler les agents inflammables et les matériaux combustibles
Les préparations cutanées inflammables, les germicides et les antiseptiques sont souvent à l’origine des incendies chirurgicaux. Les solutions à base d’alcool, y compris les désinfectants pour les mains en aérosol, nécessitent une manipulation prudente et des procédures clairement définies.
Il est recommandé d’éviter l’accumulation de liquides inflammables, de laisser suffisamment de temps pour le séchage avant le drapage et de retirer les compresses imbibées de solution avant d’utiliser des appareils énergétiques tels que des cautères ou des lasers. Les établissements doivent également évaluer les interactions potentielles entre les agents inflammables et d’autres matériaux combustibles, comme les champs opératoires, les blouses et les instruments chirurgicaux. L’intégration de ces considérations dans les protocoles de vérification préopératoire permet de prendre en compte les risques avant le début de l’intervention.
« La prévention des incendies chirurgicaux repose sur une coordination efficace », souligne Parker. « Lorsque les équipes comprennent comment ces éléments interagissent, elles sont mieux préparées à prévenir un incident. »
Élaborer des procédures d’urgence spécifiques à la salle d’opération
Les plans d’intervention en cas d’incendie conçus pour les bâtiments ne sont pas toujours adaptés aux salles opératoires. Les procédures d’urgence chirurgicales doivent tenir compte de la sécurité des patients, de l’arrêt des équipements et de la gestion immédiate des dangers spécifiques à l’environnement chirurgical.
Ces procédures doivent couvrir l’activation de l’alarme, l’arrêt des équipements et la gestion des situations secondaires telles que les déversements de produits chimiques ou les incendies de rideaux. Il est essentiel que le personnel connaisse ses responsabilités et sache comment réagir en cas d’incendie impliquant un patient.
La formation à l’utilisation des extincteurs est également cruciale. Le personnel doit savoir quels types d’extincteurs conviennent aux différentes classes d’incendies et comprendre l’impact de leur utilisation sur la sécurité des patients.
Renforcer la préparation grâce à des formations et des exercices réguliers
Même le plan d’intervention en cas d’incendie le plus détaillé est inefficace sans une formation régulière. Les programmes d’intégration doivent inclure des instructions générales sur la sécurité et une formation spécifique à la prévention des incendies en salle d’opération. La formation continue permet de renforcer les attentes et de maintenir la sécurité au premier plan.
Des exercices d’incendie annuels, spécifiques à la salle d’opération et distincts des exercices généraux, permettent aux équipes de mettre en pratique leurs rôles et d’identifier les lacunes dans les procédures ou la communication. Ces exercices, qui ne doivent pas impliquer de patients, doivent simuler des conditions d’urgence réalistes, afin que le personnel puisse réagir avec confiance sous pression.
« La formation et les exercices valident les compétences individuelles et la préparation organisationnelle », explique Domingos. « Ils garantissent que la formation accréditée se traduit par des performances cohérentes et réelles, renforçant ainsi la sécurité des patients en confirmant que les équipes, les équipements et les procédures fonctionnent comme prévu lorsque chaque seconde compte. »
Les établissements doivent analyser tout incident ou quasi-accident lié à un incendie et mettre à jour les procédures en conséquence. Les plans de prévention des incendies doivent être révisés annuellement ou à chaque modification de l’équipement, du personnel ou des processus, afin de maintenir une approche proactive.