Une application de suivi calorique, promue par un raton laveur virtuel sur les réseaux sociaux, suscite l’inquiétude des nutritionnistes. Son succès grandissant, notamment auprès des adolescents, pourrait favoriser le développement de troubles du comportement alimentaire.
Baptisée BitePal, cette application d’intelligence artificielle se présente comme une solution simple et ludique pour perdre du poids : il suffit de photographier son repas pour que l’application estime le nombre de calories ingérées. L’abonnement annuel est abordable, ce qui contribue à son attrait.
« La première question à se poser est de comprendre pourquoi ces personnes cherchent de l’aide auprès d’une application plutôt que de faire confiance à un professionnel, » explique Araceli Vallone, nutritionniste. « Il arrive qu’elles craignent le jugement d’un spécialiste et se tournent vers ces alternatives en ligne. Il est donc essentiel d’en parler aux jeunes. »
Mme Vallone souligne également la méthode de comptage calorique employée par l’application est discutable. Se concentrer uniquement sur les calories, sans tenir compte de la valeur nutritionnelle des aliments, n’est pas bénéfique pour l’organisme.
L’application encourage le téléchargement via des notifications et un message accrocheur : « Construisez votre santé en mangeant. C’est facile et amusant. » Mais réduire l’alimentation à un simple jeu, comparable à Candy Crush, présente des risques.
« Les problèmes commencent avec la restriction, » prévient la nutritionniste. « Les calories sont un nombre absolu. On peut consommer 1 500 calories (environ 570 grammes) en biscuits ou en sucreries, mais aussi en fruits, légumes ou viandes. Ces applications ne tiennent pas compte du fait que nous ne sommes pas des machines. »
« Que se passe-t-il si l’utilisateur dépasse son quota calorique ? La culpabilité s’installe, car il a l’impression de ne pas faire les choses correctement. Et cela est particulièrement dangereux à l’adolescence, où, sous certaines conditions, cela peut déclencher un trouble du comportement alimentaire, » ajoute-t-elle.
Lors de l’inscription, BitePal collecte des informations personnelles telles que la taille, le poids, l’âge et le niveau d’activité physique afin d’estimer l’indice de masse corporelle (IMC). L’application demande ensuite à l’utilisateur son objectif : perdre, prendre ou maintenir du poids. En cas de choix pour la perte de poids, elle permet même de définir un objectif de perte et une échéance.
« Il est impossible d’exiger du corps qu’il atteigne un objectif dans un délai arbitrairement fixé par l’utilisateur, » insiste Mme Vallone. « Une personne ayant un poids et une composition corporelle normaux ne pourra pas perdre du poids en utilisant ces applications. » Elle précise que l’application peut favoriser un objectif à court terme, mais que celui-ci ne sera pas bénéfique s’il est atteint par des méthodes malsaines.
L’application envoie des rappels et des messages d’orientation via des notifications. Elle propose également des outils de suivi pour observer l’évolution du processus, comme les changements de poids et la régularité des repas.
« Dans l’alimentation, il est important d’être conscient, mais pas de contrôler, » explique la nutritionniste. « Le contrôle implique de juger ce qui est bon ou mauvais, ce qui est autorisé ou interdit. Ce sont des termes liés à une vision restrictive. Il est préférable d’être conscient de ce que l’on mange et de faire des choix éclairés. »
Un repas qui ne correspond pas aux critères d’une alimentation saine ne doit pas automatiquement compromettre le reste de la journée. La clé, selon Mme Vallone, est de choisir en fonction de l’observation et non de la culpabilité. Il ne faut pas penser qu’un aliment considéré comme « mauvais » justifie de sauter le dîner ou de se limiter à un fruit pour compenser. Cette logique de punition est contraire à l’approche qui consiste à enregistrer et à comprendre ses habitudes alimentaires.
Concernant la lecture des étiquettes et des étiquettes d’avertissement, un phénomène similaire se produit. Chez certaines personnes, elles peuvent générer de l’obsession ou un mal-être, plutôt que d’informer. Acheter un produit portant ces étiquettes nécessite un niveau d’éducation alimentaire qui n’est pas toujours garanti.
« Les étiquettes sont un outil à double tranchant. Bien utilisées, elles peuvent être utiles, mais certaines personnes sont susceptibles de développer des comportements alimentaires malsains, non pas par leur propre décision, mais en raison d’un problème mental sous-jacent difficile à gérer, » précise-t-elle.
Qu’elles intègrent ou non ces étiquettes, les applications mettent l’accent sur la quantité et la fréquence de consommation. Consommer occasionnellement un yaourt riche en sucre n’est pas la même chose que d’engloutir un paquet entier de biscuits. La différence réside non seulement dans le produit, mais aussi dans le rapport que chacun entretient avec cet aliment.
« Je ne recommanderais pas l’utilisation de ce type d’application, ni pour la population générale, ni même pour les personnes de plus de 21 ans, » conclut Mme Vallone. « Cela ne signifie pas qu’un adulte ne peut pas souffrir de troubles alimentaires, mais je ne voudrais pas que les enfants soient exposés à ce type de manipulation. »