Publié le 18 février 2026. L’analyse des textes de chansons du Festival de Sanremo révèle une évolution constante, marquée par l’ascension de la parole et des rythmes verbaux, tout en témoignant d’une diversité linguistique reflétant les tendances actuelles de la musique italienne.
- L’importance du texte demeure fondamentale pour le succès d’une chanson, oscillant entre références culturelles et originalité.
- La chanson d’auteur et les genres plus récents comme le hip-hop et le rap ont redonné une place prépondérante à la dimension verbale.
- Le Festival de Sanremo, autrefois associé à une chanson « jetable », est devenu un tremplin pour des artistes et des titres qui aspirent à une longévité accrue.
Si l’analyse textuelle ne saurait à elle seule rendre compte de la richesse d’une chanson – elle doit impérativement s’intégrer à l’écoute de la musique et à la performance globale de l’artiste – elle reste un élément essentiel de l’appréciation et du succès d’un titre. Un équilibre subtil se joue entre le « noto », c’est-à-dire la présence d’échos, de citations et de références au répertoire de Sanremo et à la culture musicale en général, et le « nouveau », facteur déterminant de l’attrait, de la mémorisation et de la capacité d’une chanson à être chantée.
Dans le passé, le texte était souvent subordonné aux impératifs de la musique, servant de « masque » musical. Les paroles devaient alors s’adapter à la « cage » de la mélodie, donnant naissance à une véritable « grammaire » de la chanson classique, caractérisée par des troncations, des rimes en distiques, des accentuations spécifiques et des figures rhétoriques. On parlait alors d’un « italien pour la musique » distinct de la langue courante.
Avec l’émergence de la chanson d’auteur dans les années 1960, puis de la musique indépendante, le texte a gagné en liberté. Cette évolution s’est accompagnée d’une comparaison croissante avec le domaine de la poésie, qui conserve néanmoins son autonomie.
Aujourd’hui, on assiste à un retour en force de la « puissance de la parole », notamment avec l’essor du hip-hop, du rap et du trap. Dans ces genres, la dimension verbale occupe une place prépondérante, tandis que la musique joue souvent un rôle plus discret. Le rythme verbal, la vitesse de diction, l’intonation – parfois controversée avec l’utilisation de l’autotune par les jeunes chanteurs – et le flow, c’est-à-dire la manière dont les mots s’articulent avec la musique, sont autant d’éléments clés.
La cohabitation de différents genres musicaux, comme on l’a vu lors des dernières éditions du Festival de Sanremo, notamment sous la direction d’Amadeus puis de Carlo Conti, a conduit à une multiplication des tendances linguistiques, rendant l’événement particulièrement intéressant pour les observateurs de la langue italienne contemporaine.
La « chanson typique » de Sanremo a-t-elle disparu, comme certains le suggèrent ? Peut-être. Quoi qu’il en soit, Sanremo n’est plus seulement un lieu dédié à la chanson « jetable », conçue uniquement pour la durée du festival. Les chansons présentées sont désormais pensées pour perdurer au-delà du mois de février, voire jusqu’à la saison estivale, grâce à la diffusion radio, aux plateformes de streaming et aux réseaux sociaux. Le festival connaît même un regain d’intérêt auprès des jeunes, qui semblaient s’en être éloignés. Tous ces éléments doivent être pris en compte lors de l’évaluation des chansons en compétition.
Il est donc légitime de s’intéresser aux textes du point de vue linguistique et stylistique, et d’observer « ce que fait la langue » à Sanremo 2026. Il convient toutefois de garder à l’esprit que les analyses textuelles, en l’absence des autres éléments indispensables au jugement, ne sont pour l’instant qu’un exercice préliminaire.
- Arisa – Conte de fées magique
- Poupées de chiffon – Reste avec moi
- Chiello – je pense toujours à toi
- Dargen D’Amico – Ai Ai
- Ditonellapiaga – Comme c’est ennuyeux !
- Eddie Brock – Vautours
- Elettra Lamborghini – Voilà
- Enrico Nigiotti – Chaque fois que je ne sais pas voler
- Ermal Méta – Petite étoile
- Fedez et Marco Masini – Un mal nécessaire
- Francesco Renga – Le meilleur de moi
- Des éclairs – Stupide pas de chance
- O-Oui – Pack de démarrage Italie
- LDA et alias 7even – Poèmes clandestins
- Léo Gassmann – Naturel
- Levant – C’est toi
- Luché – Labyrinthe
- Malika Ayane – Animaux nocturnes
- Mara Satteï – Les choses que tu ne sais pas sur moi
- Marie-Antoinette et Colombre – Le bonheur et c’est tout
- Michele Bravi – Tôt ou tard
- Non – Avant
- Patty Pravo – Opéra
- Raf – Maintenant et pour toujours
- Salle Da Vinci – Pour toujours oui
- Geai samouraï – Obsession
- Sayf – Je t’aime beaucoup
- Serena Brancale – qui avec moi
- Thomas Paradiso – Les romantiques
- Treize Pierre – Homme qui tombe
Les quatre nouvelles propositions
- Angélique Bové – Brique
- Nicolò Filippucci – Lagune
- Aveugle, El Ma et Soniko – Dans mes DM
- Mazzariello – Manifestation d’amour
* Lorenzo Coveri a enseigné la linguistique italienne en tant que professeur ordinaire à l’Université de Gênes et est correspondant académique de l’Accademia della Crusca. Ses principaux thèmes de recherche concernent la dialectologie ligure et la sociolinguistique de l’italien contemporain, avec une attention particulière à la communication des jeunes et à la linguistique des médias (cinéma, radio et télévision, chanson). Depuis des années, il participe à l’analyse linguistique des paroles des chansons du Festival de Sanremo.
Par Lorenzo Coveri