Publié le 2025-10-03 20:04:00. Un rapport mondial alarmant, fruit d’une collaboration internationale d’experts, révèle qu’une alimentation saine pour l’homme et la planète n’est adoptée que par une infime minorité. Cette transition alimentaire pourrait pourtant sauver des millions de vies et réduire significativement notre impact environnemental.
- Moins de 1% de la population mondiale suit un régime alimentaire bénéfique pour la planète et sa propre santé.
- Un changement alimentaire pourrait prévenir 15 millions de décès prématurés par an et diminuer les émissions de gaz à effet de serre de 20%.
- La production alimentaire actuelle menace cinq systèmes terrestres essentiels à la survie humaine.
C’est le constat dressé par le rapport de la Commission Eat-Lancet 2025, fruit de l’expertise combinée de nutritionnistes, climatologues, économistes, médecins, spécialistes des sciences sociales et agriculteurs issus de plus de 35 pays. L’étude a analysé les répercussions de nos systèmes alimentaires sur la santé humaine et l’environnement, soulignant que la production alimentaire actuelle met en péril cinq piliers vitaux pour l’humanité : le climat, la qualité des sols, l’eau, les cycles de l’azote et du phosphore, ainsi que la pollution anthropique (pesticides, microplastiques).
Cependant, le rapport propose une voie d’amélioration significative : une transition vers des régimes alimentaires plus sains. Selon les scientifiques, une adoption généralisée de ces recommandations pourrait non seulement restaurer ces systèmes écologiques à un niveau sûr, mais aussi améliorer considérablement la qualité de vie humaine.
« Si tout le monde adoptait une alimentation saine, nous pourrions nourrir 10 milliards de personnes en 2050 en utilisant 7 % de terres en moins qu’aujourd’hui. Jamais dans l’histoire de la production alimentaire humaine, nous n’avons utilisé une ressource aussi limitée pour nourrir davantage de personnes. »
Dr Fabrice DeClerck, directeur scientifique chez Eat
Le rapport estime que 6,9 milliards de personnes consomment trop de produits animaux, laitiers, sucrés et ultra-transformés, tandis que 3,7 milliards peinent à accéder à une alimentation saine. Pour remédier à cela, l’étude préconise d’adopter le « Régime de Santé Planétaire » (RSP). Ce modèle met l’accent sur la consommation de fruits, légumes, noix, légumineuses et céréales complètes.
Concrètement, une assiette idéale selon le RSP serait composée de 50% de légumes, fruits et noix, 30% de céréales complètes, et le reste provenant de sources de protéines, privilégiant les légumineuses. La viande, le poisson et les produits laitiers sont optionnels, avec des limites fixées. Par exemple, il serait possible de consommer jusqu’à 200 grammes de bœuf par semaine sans dépasser les recommandations.
Le Dr DeClerck a tenu à préciser que ce régime est adaptable aux cultures et préférences individuelles. « Les régimes traditionnels sont souvent de meilleurs exemples de santé », a-t-il souligné.
Concernant le faible pourcentage de personnes suivant déjà ces recommandations, les chercheurs restent discrets sur leur localisation géographique précise, reconnaissant une grande diversité au sein des pays. Néanmoins, ces populations se trouvent dans des sociétés où les salaires sont décents et l’accès à une alimentation saine est garanti. Le Dr DeClerck a mentionné que les exemples les plus probants proviennent souvent de pays à revenu intermédiaire, notamment dans les régions méditerranéenne, indienne et d’Asie du Sud-Est. Le défi pour ces régions est de préserver leurs traditions alimentaires face à l’influence des régimes occidentaux.
« C’est une solution qui n’est pas seulement bonne pour votre santé individuelle, c’est aussi une contribution massive à notre santé planétaire collective. »
Dr Fabrice DeClerck
Le Professeur Johan Rockström, coprésident de la Commission et directeur de l’Institut de recherche sur l’impact climatique de Potsdam, a renforcé ce message :
« Les preuves sont indéniables : la transformation des systèmes alimentaires n’est pas seulement possible, elle est essentielle pour garantir un avenir sûr, juste et durable pour tous. »
Prof Johan Rockström
La justice sociale a également été un point central du rapport, qui a révélé que les 30% les plus riches de la population sont responsables de plus de 70% des impacts environnementaux liés à l’alimentation. « Ceux d’entre nous qui sont trop gourmands, malsains, empruntent les droits des autres d’avoir un environnement sûr », a conclu le Dr DeClerck.
Face à ces constats, le rapport appelle à une action urgente pour transformer le système alimentaire mondial, dans l’intérêt de la santé humaine, de la justice et de l’environnement.