Publié le 12 février 2026 à 11h17. Face à une conjoncture internationale de plus en plus instable, marquée par la guerre en Ukraine et l’évolution imprévisible de la politique américaine, la Norvège renforce sa coopération européenne et nordique pour garantir sa sécurité, tout en appelant à un réalisme quant à une issue pacifique du conflit ukrainien.
- Le Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre alerte sur une dégradation de la situation géopolitique mondiale, notamment en raison de l’attitude de certains pays puissants.
- La Norvège s’inquiète particulièrement des changements intervenus dans la politique étrangère américaine, notamment sous l’administration Trump, et de leur impact sur les alliances traditionnelles.
- Oslo réaffirme son engagement envers l’OTAN tout en privilégiant une coopération accrue avec ses partenaires européens, en particulier ceux du Nord.
Lors d’une déclaration de politique de sécurité devant le Storting (Parlement norvégien), Jonas Gahr Støre a dressé un tableau sombre de la situation internationale. « En regardant au-delà, il y a beaucoup de choses qui sont sombres », a-t-il déclaré, soulignant la poursuite de la « guerre brutale » menée par la Russie contre l’Ukraine et l’émergence d’une tendance à remettre en question le droit international et la coopération multilatérale.
Le Premier ministre a mis en évidence une influence croissante des pays autoritaires sur la scène mondiale, ainsi qu’une volonté accrue de recourir à la force, tant militaire qu’économique. Il a également souligné les tensions croissantes avec les États-Unis, en particulier depuis le retour de Donald Trump à la présidence, et les conséquences de sa politique isolationniste et protectionniste.
Støre a dénoncé les « attaques rhétoriques constantes » contre l’Europe, qu’il attribue à la vision du monde du mouvement « maga ». Il a cité l’exemple des propos tenus par Trump à l’ONU, où il avait déclaré à ses alliés européens : « Vos pays vont en enfer ». Il a également critiqué l’adoption de droits de douane arbitraires et leur utilisation à des fins de chantage commercial, même envers les alliés.
« L’imprévisibilité » est désormais clairement établie comme l’une des principales caractéristiques de l’administration américaine. Il s’agit d’une évolution très exigeante et qui crée une grande incertitude.
Jonas Gahr Støre, Premier ministre norvégien
Le Premier ministre norvégien se rendra vendredi à la conférence sur la sécurité de Munich, accompagné de quatre de ses ministres. Cette conférence avait déjà marqué un tournant l’année dernière, lorsque l’Europe avait pris conscience de l’ampleur des changements en cours dans la politique de sécurité américaine.
Støre a insisté sur le fait que la Norvège ne compterait pas uniquement sur les États-Unis pour assurer sa sécurité. Il a réaffirmé l’importance de la coopération avec les alliés européens, en particulier les pays nordiques, dans le cadre d’une « stratégie de garde » visant à renforcer la dissuasion et la présence alliée dans les zones stratégiques.
Concernant la guerre en Ukraine, Støre a souligné que la Russie se préparait à une confrontation durable avec l’Europe. Il a toutefois précisé que, selon les informations du gouvernement norvégien, la Russie ne considère pas actuellement la Norvège, membre de l’OTAN, comme une cible directe. Il a néanmoins insisté sur la nécessité de se préparer à une Russie plus agressive et moins prévisible, qui a déjà lancé une guerre à grande échelle contre un pays voisin.
« Près de la moitié du budget de l’État russe est désormais utilisée à des fins de défense », a-t-il précisé. « Pour la Norvège, la Russie reste la plus grande menace pour la sécurité. Il faut dissuader une Russie plus agressive et plus prudente de menacer notre sécurité et celle de nos alliés. »
Le Premier ministre a également évoqué les pourparlers en cours avec l’Ukraine, les États-Unis et les alliés européens sur la recherche d’un cessez-le-feu et d’un accord de paix. Il a estimé que les dirigeants ukrainiens étaient ouverts à des solutions réalistes, tout en soulignant que la Russie semblait vouloir poursuivre la guerre plutôt que de la mettre à terme.
Enfin, Støre a souligné l’importance de renforcer la défense de la Norvège contre la guerre hybride et les cyberattaques, ainsi que de préserver les relations avec les États-Unis, tout en développant la coopération avec les autres alliés européens.