Le Pérou est à nouveau plongé dans l’incertitude politique avec la nomination surprise de José María Balcázar au poste de président par intérim, quelques jours après la destitution de José Jerí, pris dans un scandale de corruption. Cette décision intervient dans un contexte de profonde instabilité institutionnelle, le pays ayant connu huit présidents en dix ans.
José María Balcázar, avocat et ancien magistrat, succède à José Jerí, renversé mardi par le Parlement avec 75 voix pour, 24 contre et trois abstentions. Jerí, qui n’était resté en fonction que quatre mois, était accusé de trafic d’influence dans le cadre d’un marché public de 112 millions de soles (environ 28,5 millions d’euros) pour l’acquisition de 8 000 caméras de vidéosurveillance.
L’affaire, surnommée « Chifa-gate » en référence à un restaurant chinois de Lima, a éclaté après la diffusion d’images montrant Jerí entrant dans l’établissement cagoulé pour rencontrer l’entrepreneur chinois Zhihua Yang. Jerí a reconnu son erreur, présentant ses excuses pour cette entrée discrète, mais a nié tout acte répréhensible. Le Congrès n’a pas été convaincu, soulevant des doutes sur une possible modification du règlement du marché public.
La nomination de Balcázar, membre du parti Perú Libre, fondé par l’ancien président Pedro Castillo, destitué en 2022 et condamné en novembre dernier à 11 ans de prison pour rébellion, a suscité l’inquiétude.
« Perú Libre est de retour au pouvoir et Balcázar a promis d’accorder la grâce à Castillo, annulant ainsi tout le travail accompli pour qu’il aboutisse là où il est », a dénoncé Martha Moyano, députée du parti fujimoriste Fuerza Popular.
Initialement, María del Carmen Alva, ancienne présidente du Parlement (2021-2022) et membre du parti de centre-droit Acción Popular, était considérée comme la favorite pour le poste. Le CV de Balcázar est également entaché de controverses, notamment une plainte constitutionnelle pour échange présumé de faveurs avec l’ancienne procureure générale Patricia Benavides, et sa défense d’une législation autorisant le mariage à partir de 14 ans.
Par ailleurs, les États-Unis expriment de vives inquiétudes quant à l’influence croissante de la Chine au Pérou. Le Bureau des affaires de l’hémisphère occidental du Département d’État américain a averti que « l’argent chinois coûte la souveraineté ». La nomination de Bernie Navarro, un entrepreneur proche des États-Unis, comme nouvel ambassadeur américain à Lima, témoigne de la volonté de Washington de retrouver sa position de principal partenaire commercial du Pérou, perdue au profit de la Chine.
« Nous sommes ravis de commencer à considérer le pays comme notre nouveau foyer, en mangeant bien sûr chifa », a déclaré Navarro, en référence ironique au scandale qui a touché Jerí.
José María Balcázar dirigera le Pérou jusqu’aux prochaines élections présidentielles, prévues le 12 avril, et quittera ses fonctions le 28 juillet. Son mandat, comme celui de son prédécesseur, s’annonce donc de courte durée, dans un pays où l’instabilité politique semble être la seule constante.