De plus en plus de patients souffrant de troubles psychiatriques pourraient en réalité être atteints de la maladie cœliaque, une affection auto-immune souvent associée à des problèmes digestifs, mais qui peut se manifester par des symptômes neurologiques et émotionnels insoupçonnés. Une meilleure reconnaissance de ces manifestations atypiques est essentielle pour un diagnostic précoce et une prise en charge adaptée.
Longtemps considérée comme une maladie strictement intestinale, la maladie cœliaque se révèle de plus en plus complexe. Des études épidémiologiques récentes montrent que près de la moitié des adultes diagnostiqués ne présentent pas les symptômes gastro-intestinaux classiques tels que la diarrhée, les douleurs abdominales ou la perte de poids. Ils souffrent plutôt de fatigue, d’anémie, d’ostéoporose, voire de troubles neuropsychiatriques.
Le diagnostic est souvent retardé chez ces patients, parfois de plusieurs années. Pendant ce temps, l’inflammation chronique et la malabsorption des nutriments peuvent affecter le fonctionnement du cerveau, l’énergie, l’humeur et les capacités cognitives. « L’intestin peut être à l’origine du problème, mais il ne s’agit pas toujours de l’organe le plus bruyant de la pièce », souligne Carrie Friedman, infirmière praticienne psychiatrique et familiale.
Dans sa pratique, Mme Friedman a récemment rencontré plusieurs jeunes hommes adultes présentant des symptômes psychiatriques – mauvaise humeur, brouillard cérébral, manque de motivation, anxiété, problèmes de mémoire – sans pour autant souffrir de troubles digestifs apparents. Des analyses ont révélé des carences nutritionnelles subtiles et des anticorps positifs évoquant la maladie cœliaque.
Ces cas illustrent l’importance d’envisager la maladie cœliaque chez les patients souffrant de troubles mentaux, même en l’absence de symptômes gastro-intestinaux. Lorsque l’intestin ne parvient pas à absorber correctement le fer, la vitamine B12, la vitamine D et d’autres micronutriments essentiels, le cerveau en subit les conséquences. La synthèse des neurotransmetteurs, la production d’énergie et la régulation de l’humeur en sont directement affectées.
Il ne s’agit pas de symptômes « psychosomatiques », insiste Mme Friedman, mais bien de conséquences neurobiologiques d’une maladie systémique. La prévalence de la maladie cœliaque semble d’ailleurs augmenter, probablement en raison d’une combinaison de facteurs génétiques et environnementaux.
Le dépistage de la maladie cœliaque doit idéalement être effectué avant l’instauration d’un régime sans gluten, car celui-ci peut masquer les marqueurs sérologiques et rendre le diagnostic plus difficile. Les recommandations actuelles préconisent une confirmation par biopsie de l’intestin grêle après un test sérologique positif, bien que des taux élevés d’anticorps puissent être très évocateurs.
En psychiatrie fonctionnelle, l’approche consiste à contextualiser les traitements psychopharmacologiques et psychothérapeutiques en tenant compte des facteurs systémiques qui peuvent influencer la santé mentale. Comme le dit son mentor, le Dr James Greenblatt : « Nous avons un cou ». Autrement dit, le cerveau n’est pas isolé du reste du corps, et ce qui se passe en aval a un impact sur ce qui se passe en amont.
La maladie cœliaque n’est donc pas seulement une question de gastro-entérologie, mais une maladie auto-immune systémique aux conséquences neuropsychiatriques significatives. Il est crucial pour les cliniciens d’être attentifs aux facteurs systémiques lorsque les symptômes psychiatriques ne s’expliquent pas entièrement par des causes psychologiques.