En Belgique, le tabagisme continue de faucher des vies, avec 9 000 décès annuels directement attribuables à sa consommation. Une réalité alarmante qui fait du tabac la première cause de mortalité évitable dans le pays, responsable de 30% des cancers et de 90% des cancers du poumon, tout en engendrant de nombreuses affections chroniques.
Malgré des décennies d’efforts visant à dissuader les non-fumeurs de commencer et à encourager les fumeurs à arrêter, l’industrie du tabac déploie des stratégies pour saper les politiques de santé publique. Les chiffres récents de Sciensano témoignent cependant de l’efficacité de ces mesures : la proportion de fumeurs en Belgique a chuté de 27,8% en 2004 à 17,6% en 2023-2024. Cette baisse encourageante ne doit cependant pas masquer la nécessité de maintenir et de renforcer ces actions.
L’industrie du tabac tente régulièrement d’influencer le débat politique en agitant des arguments tels que l’inefficacité des mesures, le commerce illégal, les achats transfrontaliers, ou encore la liberté individuelle. Pourtant, une analyse rigoureuse des faits réfute ces affirmations. Dans les pays européens où la réglementation est plus stricte, la consommation de tabac recule, tandis que l’usage des nouveaux produits nicotiniques, comme la cigarette électronique, connaît une hausse. Un exemple probant concerne les sachets de nicotine : la Belgique, en interdisant leur vente en 2023, a réussi à limiter leur usage chez les jeunes à seulement 0,7%, selon une enquête de la VAD. À l’inverse, des pays moins vigilants voient leur situation se dégrader, comme en Suède où près d’un enfant sur trois consomme des produits nicotiniques oraux.
Concernant le commerce illégal, l’industrie tend à en exagérer l’ampleur pour discréditer l’augmentation des taxes sur le tabac. Or, la corrélation entre le prix des produits du tabac et le marché noir est limitée. Des pays à bas prix peuvent connaître un marché illégal conséquent, tandis que d’autres, avec des prix élevés, y sont moins confrontés. Le commerce illégal est plus souvent le symptôme d’une politique de lutte insuffisante que d’une taxation trop élevée. Il ne saurait donc constituer un prétexte pour renoncer à des mesures dont l’efficacité est prouvée.
De même, l’industrie du tabac minimise l’impact du commerce transfrontalier, qui reste majoritairement concentré dans les zones limitrophes. L’effet dissuasif des prix plus élevés, particulièrement sur les jeunes, est bien plus significatif que les quelques achats effectués par des frontaliers. Les jeunes, cible privilégiée des stratégies marketing, ne sont pas ceux qui traversent massivement les frontières pour acquérir du tabac.
Alors que les hausses de taxes sont reconnues comme le levier le plus efficace pour réduire le tabagisme, diminuer les inégalités de santé et protéger les jeunes, certaines voix s’élèvent aujourd’hui pour réclamer une baisse de ces accises. L’Alliance pour une Société sans Tabac dénonce cette tentative d’influence de l’industrie, rappelant que le secteur du tabac, par sa nature mortifère, ne peut être considéré comme un secteur économique ordinaire. Le droit international lui-même exclut son interférence dans les politiques de santé.
La Belgique, en ratifiant en 2005 la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT) de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), s’est engagée juridiquement à protéger ses politiques des ingérences de l’industrie du tabac. Il est impératif de rappeler que cette industrie, dont le modèle économique repose sur la maladie et la mort, doit être tenue à l’écart de toute décision politique.