Les marchés de taux européens affichent une sérénité déroutante face aux turbulences
Alors que les indicateurs économiques déçoivent et que les tensions géopolitiques s’intensifient, les marchés de taux d’intérêt européens semblent étonnamment impassibles. Cette complaisance soulève des questions, mais elle pourrait perdurer le temps que les projecteurs se tournent vers des données américaines cruciales.
Les marchés évoluent actuellement dans des fourchettes étroites, avec une perception du risque particulièrement modérée. Les récentes publications de données ont été décevantes, un constat d’autant plus surprenant au vu des ambitieux plans de dépenses. La mise en œuvre concrète de ces programmes d’investissement et de réforme continue de se heurter à des obstacles politiques et pratiques importants. En début de semaine, les chiffres français ont également laissé entrevoir des difficultés, se traduisant par un élargissement des écarts de rendement entre les obligations d’État françaises et les Bunds allemands.
Malgré ces éléments, la stabilité du marché reste remarquable, y compris sur le prix de la Banque centrale européenne (BCE). Les marchés anticipent toujours une probabilité d’environ 40 % de baisses de taux au cours de l’année à venir, maintenant le taux directeur juste au-dessus des 2 %. Plus loin sur la courbe, le rendement à 10 ans des Bunds oscille autour de 2,75 % depuis plusieurs jours. Bien que légèrement plus cher que les swaps, il se négocie encore environ 4 points de base au-dessus de ce dernier, reflétant une attitude globalement indulgente face au risque. Les indicateurs de volatilité implicite, tant pour les actions que pour les taux, affichent des niveaux très bas, suggérant une faible perception du risque imminent.
Il est légitime de se demander si les marchés ne font pas preuve d’une complaisance excessive face aux multiples risques existants. La France, malgré une situation politique encore volatile, semble avoir habitué les investisseurs à ses turbulences. L’insensibilité persistante aux évolutions géopolitiques, même face à des incursions russes dans l’espace aérien de l’OTAN plus audacieuses et des réactions de plus en plus tendues de l’Alliance, est également notable.
Pour l’heure, cette apparente sérénité pourrait s’expliquer par l’attente de nouveaux signaux en provenance des États-Unis, où la situation reste également en attente de données supplémentaires pour définir une direction claire.
Notre scénario de référence demeure une orientation baissière des taux swaps en euros, mais de nombreux risques pourraient rapidement inverser cette tendance. Notre analyse de la BCE ne repose pas sur une amélioration continue de la croissance, une hypothèse qui demeure fragile. Par conséquent, la diversification des risques, notamment via les obligations d’État allemandes à courte échéance, continue de présenter un intérêt.
Événements du jour et perspectives de marché
La journée de jeudi sera marquée par la publication de données américaines et les interventions de membres de la Réserve fédérale (Fed). La troisième et dernière lecture des données du deuxième trimestre sera connue, tandis que des indicateurs plus contemporains, reflétant les évolutions d’août et surtout hebdomadaires, seront également attendus. Les intervenants de la Fed représenteront un large spectre d’opinions, de la frange plus « faucon » avec Schmid et Logan, en passant par des positions plus centrales avec Daly et Barr, jusqu’à des membres plus « colombes » tels que Williams, Bowman et Goolsbee.
Sur les marchés primaires, le Royaume-Uni procédera à des appels d’offres pour des gilts à 13 ans, d’un montant total pouvant atteindre 2 milliards de livres sterling. Plus tard dans la journée, le Trésor américain mettra en vente 44 milliards de dollars de bons du Trésor.