Publié le 2024-02-29 14:35:00. Une étude de l’Université de Cambridge révèle un lien inattendu entre des niveaux élevés de testostérone chez les hommes et un risque accru de maladies cardiaques, remettant en question les pratiques de supplémentation hormonale en plein essor.
- Les hommes présentant une prédisposition génétique à des taux de testostérone plus élevés ont un risque de développer une maladie coronarienne supérieur de 17 %.
- La consommation de suppléments de testostérone, particulièrement populaire chez les jeunes, est de plus en plus préoccupante en raison du manque d’informations sur les risques à long terme.
- L’étude souligne l’importance d’une réglementation plus stricte concernant la vente et l’utilisation de ces suppléments.
Des chercheurs de l’Université de Cambridge ont mis en évidence une corrélation significative entre des niveaux élevés de testostérone dans le sang et un risque accru de maladies coronariennes chez les hommes. L’étude, publiée dans le Journal d’endocrinologie clinique et du métabolisme, s’appuie sur l’analyse de données provenant de plus de 400 000 adultes participant à la UK Biobank et d’un million d’individus issus du consortium CARDIOGRAMplusC4D.
L’équipe du Conseil de recherches médicales a utilisé une technique de randomisation mendélienne, qui permet d’établir des liens de causalité entre des facteurs biologiques et des maladies en s’appuyant sur des variations génétiques. Les résultats indiquent que le risque de développer une maladie coronarienne augmente de 7,3 % dans la population générale, mais grimpe à 8,5 % chez les hommes présentant des niveaux élevés de testostérone. Cette différence, bien que subtile, est considérée comme significative pour la santé publique.
Une partie de cette augmentation du risque serait liée à l’impact de la testostérone sur la pression artérielle. L’étude révèle que les hommes ayant des concentrations hormonales plus élevées ont tendance à présenter des valeurs plus élevées de cet indicateur, un facteur de risque cardiovasculaire bien connu.
Cette découverte intervient dans un contexte d’augmentation de la consommation de suppléments destinés à modifier les taux hormonaux, en particulier chez les jeunes hommes. Ces derniers sont souvent à la recherche d’un regain d’énergie, d’une amélioration de leur physique ou d’un renforcement de leur confiance en soi. Cependant, les risques potentiels à long terme liés à cette pratique restent largement méconnus.
Selon l’Université de Cambridge, les études observationnelles antérieures auraient pu être biaisées, car le diabète et l’obésité sont souvent associés à la fois à une baisse du taux de testostérone et à un risque accru de problèmes cardiovasculaires, ce qui complique l’interprétation des résultats.
« De plus en plus d’hommes se tournent vers les suppléments de testostérone, poussés par les tendances et la promotion, sans connaître les risques révélés par notre étude. »
Emilie Morbey, doctorante à l’Université de Cambridge
L’utilisation de testostérone est médicalement justifiée dans le cas de l’ hypogonadisme – un trouble caractérisé par une carence hormonale accompagnée de fatigue et de dysfonctionnement sexuel – mais sa consommation à des fins esthétiques ou de performance est en augmentation. Bien que la testostérone puisse apporter des bénéfices spécifiques sous contrôle médical, tels qu’une augmentation de la masse musculaire ou de l’énergie, les effets indésirables potentiels d’une utilisation non médicale restent incertains.
La réglementation concernant l’utilisation de la testostérone suscite des inquiétudes. Si la Food and Drug Administration (FDA) américaine a émis des avertissements concernant les risques cardiovasculaires potentiels liés à l’hormone, le Royaume-Uni ne dispose pas de directives nationales spécifiques en la matière.
Le professeur Ken Ong, auteur principal de l’étude, insiste sur la nécessité d’établir des avertissements clairs et cohérents concernant la consommation de suppléments hormonaux, et déplore le manque de directives réglementaires dans de nombreux pays.
L’équipe de recherche n’a pas trouvé de lien significatif entre des niveaux élevés de testostérone et le risque de maladies coronariennes chez les femmes, soulignant la nécessité de mener des études supplémentaires pour mieux comprendre la situation dans la population féminine et évaluer les effets à long terme d’une consommation non médicale de l’hormone.
L’Université de Cambridge recommande une utilisation responsable de la testostérone, uniquement sous justification clinique, et plaide pour une réglementation plus stricte des suppléments hormonaux. Les spécialistes soulignent que les bénéfices de la testostérone ne dépassent les risques que dans des cas de nécessité médicale, tandis que son utilisation récréative pourrait entraîner des dangers cardiovasculaires qui doivent être clairement communiqués au public.