Publié le 2026-02-19 14:35:00. De l’Himalaya à Bali, plusieurs destinations touristiques prisées sont confrontées à une crise de l’eau exacerbée par l’afflux massif de visiteurs, mettant en péril les ressources locales et la durabilité du tourisme.
- L’augmentation soudaine de la demande en eau due au tourisme est le principal facteur de stress hydrique dans ces régions, plutôt que des contraintes hydrologiques absolues.
- Les spécificités géographiques de l’Himalaya, telles que le stockage limité de l’eau et les risques climatiques, amplifient la vulnérabilité des systèmes d’approvisionnement.
- Des solutions intégrées, incluant une gestion axée sur la demande et des plafonds de visiteurs, sont nécessaires pour assurer un tourisme durable et résilient.
De Shimla en Inde à Bodrum en Turquie, en passant par Bali en Indonésie et Le Cap en Afrique du Sud, les paradis touristiques du monde entier sont de plus en plus confrontés à des pénuries d’eau, en particulier pendant les périodes de forte affluence. Contrairement à une idée reçue, la cause première de ces difficultés n’est pas toujours un manque de ressources hydriques intrinsèque, mais plutôt une pression soudaine et intense sur les infrastructures existantes, due à l’augmentation spectaculaire du nombre de touristes.
Dans l’Himalaya, la situation est particulièrement préoccupante. Les contraintes liées au terrain montagneux, comme la capacité de stockage limitée, la nécessité de transporter l’eau sur de longues distances, la dépendance énergétique et l’exposition aux aléas climatiques (glissements de terrain, crues éclair, effondrements de glaciers – appelés GLOF) fragilisent considérablement les systèmes d’approvisionnement en eau. Les glissements de terrain et les crues éclair, de plus en plus fréquents, aggravent encore la situation.
L’Himalaya, en tant que plus jeune chaîne de montagnes plissée, abrite environ 15 000 glaciers dont la fonte alimente les principaux fleuves d’Asie, notamment l’Indus, le Gange, le Brahmapoutre, le Mékong et le Yangtsé, assurant la subsistance d’environ 1,3 à 1,5 milliard de personnes. Cependant, l’urbanisation rapide, l’intégration de la région dans les circuits touristiques mondiaux et le boom démographique saisonnier exercent une pression croissante sur ces ressources.
Entre janvier 2022 et mars 2025, les États himalayens indiens ont été frappés par une série d’événements météorologiques extrêmes, 822 jours sur 1 186 ayant été marqués par des catastrophes naturelles, causant la mort de 2 863 personnes. Malgré cela, le tourisme a continué de croître, l’Himachal Pradesh accueillant près de 20 millions de visiteurs chaque année, mettant à rude épreuve ses services d’approvisionnement en eau. Cette situation illustre une polycrise où les extrêmes climatiques, la déforestation, la diminution des nappes phréatiques, l’urbanisation rapide, le surtourisme et le manque de services de base se renforcent mutuellement.
L’analyse des données touristiques en Himachal Pradesh révèle un pic d’affluence pendant les mois d’été, période d’évasion de la chaleur, et lors des festivals locaux, qui ne coïncident pas toujours avec les cycles naturels de précipitations et de recharge des nappes phréatiques. Ces afflux coïncident de plus en plus avec des épisodes météorologiques extrêmes, exacerbant les vulnérabilités existantes. La croissance du tourisme a conduit à une amélioration de l’accès et de la connectivité routière, à la promotion de destinations touristiques et à une expansion des hôtels économiques, mais il est légitime de se demander si cette croissance s’est faite de manière durable, en tenant compte des limites écologiques et des investissements infrastructurels nécessaires.

Source: Illustration de l’auteur utilisant les données des statistiques touristiques.
La situation n’est pas limitée à l’Inde. Au Népal, des villages entiers sont déracinés dans le Haut Mustang en raison de la raréfaction des sources d’eau. Katmandou est confrontée à des pénuries fréquentes et à une mauvaise qualité de l’eau potable, due à une surexploitation des nappes phréatiques et à des problèmes de gouvernance. Même le Bhoutan, qui dispose d’une estimation de 80 milliards de mètres cubes d’eau disponible (80 km³), est confronté à des pénuries chroniques en raison de problèmes d’infrastructure et de planification.
Ces exemples convergent vers une conclusion : la pénurie d’eau n’est pas seulement une conséquence du changement climatique, mais aussi une crise de planification, d’allocation et de résilience. Une approche intégrée, incluant une gestion axée sur la demande, des plans directeurs unifiés tourisme-eau-déchets au niveau municipal et des plafonds de visiteurs basés sur la capacité d’accueil des régions, est essentielle.
Le modèle bhoutanais, qui collecte des frais de développement durable pour les réinvestir dans la conservation et le développement communautaire, pourrait servir d’exemple. De même, une diversification des destinations touristiques et une promotion du tourisme hors saison pourraient contribuer à atténuer la pression sur les ressources hydriques. La résilience doit devenir un pilier central de la stratégie touristique dans la région himalayenne.
Soma Sarkar est chercheuse associée au programme d’études urbaines de l’Observer Research Foundation.
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